Édition du 13 avril 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Luttes sociales

Allemagne-France

Mobilisations anti-nucléaire massives

Depuis le mois d’avril de cette année, lorsque le gouvernement Merkel a décidé d’abandonner le soi-disant "compromis nucléaire" scellé sous le gouvernement rouge-vert précédent, les manifestations contre l’énergie nucléaire ont repris avec une énergie surprenante : 120.000 personnes participent le 24 avril à une chaîne humaine de 120 km entre Krümmel/Hamburg et Brunsbüttel le long de la Basse-Elbe ; suit une manifestation de 100.000 personnes à Berlin avec encerclement de la chancellerie et du Bundestag le 18 septembre, et une de 50.000 personnes le 9 octobre à Munich.

Vidéo du 7 novembre

Les quatre journées de lutte dans le "Wendland" (le pays des Wendes, ou des Slaves dans le nord-est de la Basse-Saxe, proche des frontières avec le Mecklenburg-Vorpommern, Brandenburg et Sachsen-Anhalt) ont marqué un grand pas en avant dans la lutte contre la prolongation de vie des centrales nucléaires. Depuis le mois d’avril de cette année, lorsque le gouvernement Merkel a décidé d’abandonner le soi-disant "compromis nucléaire" scellé sous le gouvernement rouge-vert précédent, les manifestations contre l’énergie nucléaire ont repris avec une énergie surprenante : 120.000 personnes participent le 24 avril à une chaîne humaine de 120 km entre Krümmel/Hamburg et Brunsbüttel le long de la Basse-Elbe ; suit une manifestation de 100.000 personnes à Berlin avec encerclement de la chancellerie et du Bundestag le 18 septembre, et une de 50.000 personnes le 9 octobre à Munich. Et maintenant, entre le 5 et le 9 novembre, des blocages et manifestations en différents endroits le long du chemin des "castors" entre Berg, proche de la frontière avec la France, et Celle en Basse-Saxe.

Tout au long des rails entre Dahlenburg et Gorleben (33 km) on a vu 50.000 personnes manifester le samedi 6 novembre, et les trois jour suivants entre 20 et 25.000 participer dans des blocages de toute sorte pour empêcher le train d’arriver au terminus. Les blocus les plus importants dureront 20 heures et plus, celui devant le centre des déchets à Gorleben aura duré pendant 45 heures.

"Nous voilà de retour" avaient titré les journaux sympathisants avec le mouvement en avril. Un retour en force. Pour différentes raisons : Parce que le gouvernement Merkel, qui a mis moins de 12 mois pour battre le record du gouvernement plus detesté dans l’histoire allemande depuis la guerre, s’est mis à plat ventre devant les monopoles de l’énergie qui veulent prolonger le temps d’activité des centrales parce que cela leur rapporte des profits supplémentaires de l’ordre de plusieurs milliards d’euros. Parce que ce gouvernement a défait sans sourciller un compromis difficile et précaire de ces mêmes monopoles avec le gouvernement antérieur. Parce que le secteur des énergie renouvelables est devenu un secteur important de l’économie allemande produisant aujourd’hui 16% de l’énergie primaire et employant près de 340.000 ouvriers.

L’Allemagne est un pays exportateur d’électricité qui pourrait percevoir 100% de son énergie de ressouces renouvelables d’ici 2050. Mais la fixation sur le charbon et le nucléaire bloque, pour des raisons techniques, une augmentation de la part des renouvelables dans les réseaux énergétiques - et donc dans les marchés de l’énergie.

A la peur d’une énergie qui menace le futur entier de l’humanité s’ajoute le débat sur le climat. Alors que le traitement du charbon et du nucléaire demande une technologie centralisée et une forte concentration du capital, et donc une structure monopoliste de la production énergétique, les énergies renouvelables marchent mieux dans des unités plus petites, décentralisées, moins coûteuses.

Un progrès technologique, écologique, économique et social qui se dessine à l’horizon est mis en cause parce que le gouvernement n’a pas le courage de s’opposer au pouvoir des monopoles. Il y a 40 ans, sur fond de guerre froide, le débat sur le nucléaire se nourissait de la peur de son potentiel destructif. Aujourd’hui il devient le symbole d’une chance ratée pour un futur digne d’être vécu. La lutte contre le nucléaire et le charbon va former et politiser à nouveau toute une génération.

Dans le Wendland la résistance contre le nucléaire fait partie d’une culture qui se transmet désormais à la 4ème génération ; sa colonne vertébrale est formée par des paysans, qui, de la grange au champ et au tracteur ont mis à la disposition de la lutte tout ce qu’ils avaient. Ils ont fourni le gros de l’infrastructure pour ces quatre journées de lutte, une infrastructure excellente et souvent bien supérieure à celle de la police.

Le gouvernement, une fois de plus, n’a pas bougé : le site de Gorleben est officiellement déclaré capable d’accueillir les déchets de forte radioactivité ; la prochaine livraison de "castors“ étant prévue pour 2011. Nous, les manifestants, nous avons des réserves, nous pouvons doubler nos effectifs. Mais les forces de l’ordre ont touché un plafond. 20.000 policiers ont été de service dans le Wendland, la plupart entre 25 et 30 heures d’affilée : le dimanche soir ils était tellement épuisés qu’ils ont demandé de négocier avec les manifestants. En outre, beaucoup d’entre eux sympathisent avec les manifestants. Il ne leur sera pas possible, avec les moyens utilisés jusqu’à présent, de libérer les rails du double de manifestants.

Mais il y a plus encore, l’étincelle de la lutte s’est répandue sur une grande parti du territoire : chaque centrale nucléaire, chaque nouvelle centrale de charbon rallume le débat. Et l’année prochaine nous offrira six élections régionales, dont une très importante au Bade-Wurttemberg. Dans les sondages, les partis au gouvernement à Berlin sont en chute libre.

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