Édition du 17 septembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Débats

Pour un nouvel internationalisme en Europe

Chapitres 4 à 6

Nous continuons la publication du "Manifeste pour un nouvel internationalisme des peuples en Europe". Il compte 150 signataires dont Éric Toussaint, Esther Vivas, Catherine Samary, Costas Lapavistas, Stathis Kouvelakis, Tijana Osik, Nathan Legrand, Alexis Cukier, Jeanne Chevalier, Yayo Herrero.Retour ligne automatique
Nous publions cette semaine, le chapitre 4 -Travail, emploi et droits sociaux , le chapitre 5 - Écosocialisme et transition énergétique et le chapitre 6 - Féminisme .

Pour lire la première partie.

Pour lire la deuxième partie.

Chapitre 4 - Travail, emploi et droits sociaux

Nous défendons un projet de transformation éco-féministe, social et démocratique de l’économie. Ce chapitre met en discussion des analyses et des propositions de politiques publiques qui concernent le travail, l’emploi et les droits sociaux. Ces questions doivent être considérées dans une perspective large, fondée sur la compréhension du fait que le conflit entre le capital et le travail fait partie du conflit entre le capital et la vie. Cela signifie que la lutte ne consiste pas exclusivement dans un combat pour une répartition plus juste des richesses. Il s’agit d’un élément fondamental de la lutte, mais il est loin d’être le seul. Nos propositions sont orientées vers un changement radical du système économique et social, qui doit mettre en son centre la vie et le soin des individus et de la planète. Nous défendons ainsi un projet de transformation éco-féministe, social et démocratique de l’économie.

Pour réaliser cet objectif, les syndicats demeurent des instruments cruciaux, mais leur activité doit être centrée sur la contestation et la lutte plutôt que sur l’expertise institutionnelle et la co-gestion. Il est manifeste que les formes existantes du mouvement ouvrier sont plutôt sur le déclin en Europe, mises en difficulté par des politiques anti-syndicales mais aussi par la division néolibérale et l’organisation néomanagériale du travail. Cependant, un syndicalisme de lutte des classes – aux niveaux local mais aussi international – est aujourd’hui plus que jamais nécessaire. Son renouveau et son développement peuvent s’appuyer sur des alliances avec d’autres formes de mouvements sociaux, qui concernent le travail mais ne sont pas exclusivement ancrées dans l’entreprise, telles que les luttes sociales des travailleurs sans emploi et précaires, ainsi que les luttes féministes, écologistes et antiracistes. Les luttes féministes, notamment, sont d’une importance cruciale pour le syndicalisme, dans la mesure où elles relient l’antagonisme entre travail et capital aux enjeux de l’égalité et de la démocratie dans l’ensemble des domaines de la vie sociale. En ce qui concerne ces alliances, le syndicalisme de lutte des classes doit œuvrer à des convergences au-delà des revendications traditionnelles du mouvement ouvrier, au sujet notamment de la justice fiscale, des services publics, des droits des migrant-e-s, des circuits courts et de la relocalisation de l’économie, ainsi que de l’égalité entre hommes et femmes.
Les propositions et stratégies qui sont mises en discussion dans ce texte visent à la fois à améliorer la distribution des revenus, des richesses et du pouvoir social et à faciliter le changement radical du modèle. C’est dans cette perspective que nous estimons essentiel de repenser les formes de l’emploi et de l’autorité publique.

I. DIAGNOSTIC

L’Union européenne est un projet néolibéral dont les grandes lignes d’action sont notamment :

• La réduction des droits des travailleuses et des travailleurs. L’argument selon lequel leur protection génère des “rigidités” au sein du marché du travail qui elles-mêmes sont des causes de chômage s’est constitué en théorie, certes fausse mais sur laquelle ont pu s’appuyer les attaques permanentes et généralisées contre le droit du travail ces dernières décennies. Les quarante dernières années de réformes néolibérales constantes ont dégradé de manière inacceptable les conditions de travail et les droits sociaux.
• L’attaque du droit de négociation collective. La même théorie précédemment mentionnée a constitué l’alibi pour réduire les droits permettant la négociation collective et augmenter le pouvoir des grandes entreprises au détriment de la classe ouvrière. Les instruments de défense collective, et en premier lieu le droit de faire grève, font partie de ces éléments de la négociation collective qui sont particulièrement menacés.
• Les coupes dans les pensions de retraite ont été promues par les institutions européennes et mises en œuvre par les pays membres. Cela a conduit à des cycles successifs de réforme du système des pensions, qui ont imposé des coupes de trois manières : la diminution des nouvelles pensions, le report de l’âge de départ à la retraite et l’absence de garanties concernant le pouvoir d’achat des retraités. L’introduction du facteur dit de “stabilité” (par exemple en Allemagne, en Espagne, en Grèce, etc.)  [1] de même que le “Pacte budgétaire européen”  [2] ont visé à donner une apparence naturelle à des coupes à venir qui n’ont dès lors plus besoin de passer par voie législative.
• Les coupes dans les allocations de chômage et dans les autres droits sociaux. En prétendant constituer des encouragements dans la recherche d’un emploi, plusieurs coupes ont été imposées dans les revenus des chômeurs (concernant le montant, les conditions d’accès ou la durée des allocations).
• La réduction du rôle des services publics et leur ouverture à la participation d’entreprises privées de toutes sortes. La privatisation et la sous-traitance au privé ont également affecté les emplois relevant du service public. La mise en relation ou la formation à l’emploi sont considérées comme des secteurs au sein desquels les entreprises privées (tels que les agences de travail intérimaire) doivent jouer un rôle prépondérant, ce qui rend les emplois encore plus précaires et contribue à exclure toujours plus les groupes les plus défavorisés du marché du travail et de l’accès à des emplois de qualité.

Les objectifs macro-économiques de l’Union européenne sont le contrôle de l’inflation, du déficit public et de la dette publique, et l’augmentation de la compétitivité des grandes entreprises européennes sur le marché global, au détriment d’autres objectifs tels que l’amélioration des conditions de vie, d’emploi et de travail, l’égalité et le plein emploi. Il n’est donc pas surprenant qu’il en résulte une augmentation spectaculaire de la part prise par les plus riches dans la distribution des richesses, tandis que les revenus et les richesses des travailleurs et travailleuses sont drastiquement réduits. Corrélativement, le niveau de chômage atteint des niveaux élevés tandis que s’accroissent la précarité, la pauvreté et l’exclusion sociale en Europe.  [3]

Il existe des disparités très importantes entre les États européens en ce qui concerne l’emploi, les salaires et les droits sociaux. Un exemple clair consiste dans les fortes inégalités en termes de salaire minimum et de protection sociale, qui sont attestées par les données officielles de l’agence Eurostat. Par exemple, les salaires minimums en Allemagne, en France et en Belgique sont en moyenne entre dix et cinq fois supérieurs à ceux de la Bulgarie, de la Lituanie et de la Roumanie.  [4] Ces inégalités n’ont pas empêché les institutions européennes et les pays membres de persister dans la même orientation néolibérale ces deux dernières décennies.

Les politiques européennes sont clairement un facteur de dégradation des conditions matérielle de la vie de la grande majorité de la population en Europe :

• Non seulement ces politiques de l’UE génèrent de la pauvreté et du chômage, mais encore elles facilitent la domination économique et politique des grandes entreprises et des banques sur les institutions démocratiques. Avec le soutien actif des institutions européennes, les grandes entreprises ont profité de l’occasion de la crise pour approfondir leurs attaques contre les conquêtes sociales et démocratiques des travailleurs au 20e siècle, et pour continuer à étendre leur hégémonie sur les aspects publics comme privés de la vie des peuples européens.
• Les inégalités de genre sont fortement liées à l’exploitation capitaliste : les femmes subissent des écarts salariaux, une division du travail dans laquelle les femmes et en particulièrement les femmes migrantes racisées sont assignées au travail domestique, de soins (« care ») et au travail gratuit, des inégalités dans le montant de leurs pensions, etc.
• La croissance économique et l’accroissement de la consommation sont considérés comme la meilleure et unique méthode (« one best way »), ce qui signifie ignorer la nature insoutenable de cette voie, des conséquences désastreuses pour l’environnement, pour le futur de la planète et pour la reproduction de la vie humaine.
• Les privilèges du grand capital ont été constitutionnalisés au détriment des droits humains, économiques, sociaux, culturels et environnementaux. Des avancées ont été accomplies en direction d’un nouvel ordre mondial dans lequel, au moyen de la soi-disant « nouvelle génération » d’accords commerciaux (TAFTA, CETA, etc.), les intérêts du capital prévalent à titre de normes obligatoires, tandis que les droits humains, économiques, sociaux, culturels et environnementaux sont détruits.

De même, les traités de l’Union européenne font de l’Europe une forteresse contre les migrants, et méprisent le droit à la migration en vue d’une vie décente et à l’asile en vue d’échapper aux guerres et aux persécutions sociales ou politiques. À cela, il faut ajouter la responsabilité des politiques menées par les institutions européennes et par les gouvernements des pays membres à l’égard de l’appauvrissement de centaines de millions de personnes à travers le monde.

II. PROPOSITIONS

Un changement radical dans les politiques de l’emploi et les politiques sociales est nécessaire afin de garantir un emploi équitable, une vie décente et le droit à la démocratie économique pour toutes et tous. Dans cette perspective, il est nécessaire de mettre en œuvre une série d’initiatives et de mesures :

Les mouvements sociaux et citoyens :

Les revendications et initiatives des mouvements sociaux et citoyens constituent des préconditions pour sortir de la logique néolibérale. Ces initiatives devraient viser :

• L’annulation et l’inversion du processus de dégradation des droits sociaux ainsi que de démantèlement de la négociation collective et des droits sociaux mis en œuvre ces dernières années.
• L’établissement d’un salaire minimum de référence (comme l’expérience des 15 dollars horaires aux États-Unis, ou des 1200 euros mensuels au Pays basque, etc.).
• La réduction de la durée de la journée de travail, avec pour horizon 32 heures, et la garantie du droit au logement.
• Le droit de toute personne à migrer, et à bénéficier d’un accueil digne en lui garantissant la pleine citoyenneté.
• Le démantèlement du pouvoir des grandes entreprises et notamment des multinationales (au moyen par exemple de traités contraignants sur les entreprises transnationales et les droits humains) par le biais de leur socialisation et de leur régulation publique ; ainsi que la transformation sociale, écologique, démocratique et féministe du modèle économique capitaliste, au moyen de politiques promouvant le développement d’activités correspondant à ces critères et qui réduisent ou interdisent celles qui les contredisent (par exemple l’industrie des armes).

Les mesures immédiates d’un gouvernement populaire :
Un gouvernement populaire devrait d’abord adopter des mesures immédiates pour annuler les coupes effectuées ces dernières années dans le droit du travail, les droits sociaux et le droit de négociation collective. Il lui faudrait :

• rétablir les droits perdus dans le domaine de l’emploi ;
• rétablir la valeur de la négociation collective et augmenter le pouvoir de la classe ouvrière et des syndicats ;
• annuler et inverser les coupes imposées dans les pensions de retraites, les allocations de chômage et les autres allocations sociales ;
• garantir tous les droits à toutes les personnes forcées de migrer pour des raisons économiques, sociales et politiques ;
• annuler et s’opposer à la nouvelle génération de traités commerciaux.

Des gouvernements populaires devraient ensuite appliquer des mesures dans l’ensemble de ces domaines :

• La réduction de la semaine de travail à 35 heures, en guise de première étape pour une réduction plus importante, sans réduction de salaire. La réduction du temps de travail est une question décisive. Elle permettrait une amélioration importante des conditions de travail, et constituerait un premier pas vers une distribution plus juste des richesses, du temps et du soin dans la société.
• L’augmentation du salaire minimum, qui doit atteindre au moins 70 % du salaire médian dans chaque pays.
• L’abolition des restrictions existantes à l’amélioration des accords collectifs dans les divers espaces territoriaux et sectoriels (ou, pour le dire autrement, il s’agit de ne pas permettre que la négociation collective puisse être utilisée pour dégrader les conditions de travail ou empêcher leur amélioration) ; interdire les licenciements dans les entreprises qui génèrent du profit.
• L’abolition de l’inégalité de genre au travail, rendre effectif le principe de l’égalité des salaires entre hommes et femmes à qualification égale.
• L’établissement d’un nombre significatif d’heures minimales qui doivent être rémunérées dans les emplois à temps partiel.
• La démocratisation des établissements de travail et l’augmentation de la participation des travailleurs dans les processus de décision dans l’entreprise.
• L’augmentation de la protection sociale, ainsi que de la part de la richesse (en termes de PIB) qui est affectée à la santé, à l’éducation, aux prestations sociales, etc..
• Favoriser les expérimentations démocratiques au travail : coopératives, production auto-organisée de biens et de services, économie sociale et solidaire, etc.
• Création de nouveaux droits sociaux permettant de vivre dignement : accès au logement public ; droit au travail (qui est préférable au revenu de base) ; reconnaissance des situations de dépendance spécifique au moyen d’un système de soin et d’accompagnement public, universel et gratuit ; garantie de places disponibles et gratuites dans les crèches publiques ; création d’une « allocation d’autonomie » (ou salaire étudiant) permettant aux jeunes de financer leurs études à l’abri de la pression du marché de l’emploi, etc. Comme cela a été indiqué précédemment, ces mesures impliquent une augmentation des emplois de haute qualité dans les secteurs économiques socialement nécessaires et écologiquement soutenables.

Les mesures à moyen terme d’un gouvernement populaire  :

Accorder à toutes et tous un droit inaliénable au travail ainsi qu’à l’éducation et au logementÀ moyen terme, les mesures sociales et économiques d’un gouvernement populaire devraient :

• Rompre avec les mécanismes imposés par la logique des politiques d’alignement (critères budgétaires, limitation des dépenses publiques, etc.). Ces mécanismes constituent des violations de la démocratie, dans la mesure où ils visent à constitutionaliser les politiques néolibérales au service des grandes entreprises, au détriment de politiques publiques qui pourraient favoriser la prospérité de toutes et tous et la justice. La désobéissance ou la rupture avec ces mécanismes constitue une condition fondamentale pour mettre en œuvre les politiques économiques et sociales que nous défendons.
• Démocratiser l’économie : le droit des travailleurs à décider au sujet des conditions et de l’organisation de leur travail, ainsi que sur les moyens et les fins de leur activité, doit être reconnu comme un droit démocratique et social et doit être garanti par le droit du travail. Cela implique d’accorder à toutes et tous un droit inaliénable au travail ainsi qu’à l’éducation et au logement, et de concevoir autrement l’établissement de travail pour le transformer en une institution démocratique.

Les initiatives à moyen terme dans le domaine international :

Au-delà, dans le domaine international, nous devrions systématiquement promouvoir :

• Des initiatives en faveur de la transformation sociale, démocratique, écologique et féministe du travail. Cela signifie que toutes les institutions politiques et sociales doivent être mises au service du changement des manières de produire, de distribuer et de consommer, de la relocalisation des emplois dans les secteurs socialement et écologiquement nécessaires, et de l’établissement de conditions de travail justes et dignes.
• La transformation radicale des règles de la mondialisation, pour donner la priorité aux droits humains, économiques, sociaux et culturels. Cela implique de rompre avec la logique de ce qu’on appelle les “accords commerciaux”, qui constituent en réalité des systèmes de domination du grand capital et des multinationales. Cette voie a aussi manifestement des répercussions favorables concernant l’emploi et le niveau de protection sociale.

En ce qui concerne les questions stratégiques au niveau européen, la priorité devrait être :

• des grèves transnationales, afin de se confronter collectivement au pouvoir des multinationales dans une perspective de lutte des classes ;
• des campagnes européennes ou internationales menées par les syndicats et les mouvements sociaux au sujet de tous les enjeux précédemment mentionnés ;
• la pédagogie au sujet des effets désastreux de l’Union européenne concernant l’emploi, les inégalités et les droits sociaux ;
• l’opposition, la désobéissance et la lutte vis-à-vis de toutes les institutions du capitalisme néolibéral, y compris l’Union européenne, qui entravent l’application des droits sociaux des travailleurs et des citoyens.

Les questions d’emploi, de travail et de droits sociaux ne concernent pas seulement l’enjeu de la redistribution économique mais aussi fondamentalement de l’égalité et de la démocratie. C’est aussi pour cette raison que les syndicats et les mouvements sociaux devraient s’opposer clairement aux institutions européennes pro-capitalistes. À tous les niveaux économiques et territoriaux, nous devons favoriser des soulèvements démocratiques contre l’ordre néolibéral, en nouant des alliances entre les mouvements anticapitalistes, écologistes, féministes et antiracistes et avec toutes les luttes pour la justice sociale.

Chapitre 5 - Écosocialisme et transition énergétique

Satisfaire les besoins de la population en respectant les écosystèmes dans lesquels nous nous inscrivons. La soutenabilité de la vie et la reproduction sociale des êtres humains sont des facteurs élémentaires qu’il nous faut défendre à tous les niveaux d’action sociale et politique, aussi par un projet politique alternatif pour l’Europe qui soit soutenu par les classes populaires. La soutenabilité exige de satisfaire les besoins de la population en respectant les écosystèmes dans lesquels nous nous inscrivons, donc sans compromettre la capacité des générations à venir à satisfaire leurs besoins, en conciliant l’organisation économique avec la protection sociale et celle de l’environnement. Ces objectifs sont incompatibles avec notre système économique, particulièrement avec le mode de vie dans les pays riches et celui des classes dominantes dans les pays pauvres, avec le système capitaliste de production, d’échange et de consommation.

Le projet de changement politique doit donc viser la transition du capitalisme à un autre système économique soutenable, et cette transition radicale doit être démocratique. Elle doit de toute évidence inclure la défense des droits des écosystèmes (y compris les humains) et garantir un environnement sain et soutenable en luttant contre la pollution, préservant la biodiversité et protégeant les ressources naturelles. L’accès et la préservation de biens communs comme l’air, l’eau et les sols, qui sont la base même de la vie et de la production de nourriture, doivent être reconnus comme des droits humains élémentaires.

La défense d’une soutenabilité écologique implique de reconnaître que la nature n’est pas une source inépuisable de ressources et que par conséquent, l’organisation socio-économique doit reposer sur sa protection et son utilisation raisonnée.

Les limites physiques de la planète représentent un défi insurmontable face à l’exigence de croissance et d’accumulation infinie qui structure le capitalisme mondial et, spécifiquement, le projet néolibéral de l’Union européenne. Les écosystèmes planétaires ne peuvent plus fournir les matières premières dans des quantités et des conditions de rendement exigées par le capital, ni d’ailleurs absorber les déchets produits. À cet égard, si nous voulons avoir 50 % de chance de rester en dessous du plafond d’une augmentation des températures moyennes de 1,5°C sans recourir à des technologies d’émission négative et/ou à la géo-ingénierie, il faut que les émissions globales nettes de GES diminuent de 58 % de 2020 à 2030 et qu’elles soient réduites à rien pour 2050. Après cette date, il faudra que les émissions globales soient négatives…  [5]

Un engagement cohérent envers l’environnement ne peut se limiter à modifier le rapport entre l’humanité et la nature en général ; il faut en même temps exiger l’égalité sociale, qui garantit la satisfaction des besoins sociaux et protège les classes populaires : il s’agit de concilier la soutenabilité et la justice sociale, d’atteindre l’équité sociale en dehors du productivisme.

Bref, il nous faut un programme de décroissance anti-productiviste, écosocialiste et anticapitaliste. En Europe, cela signifie une rupture radicale avec l’UE capitaliste et ses « politiques climatiques », tout particulièrement les permis de polluer, les certificats verts et les cat bonds, ou plus généralement tout ce qui touche au « capitalisme vert »  [6] que la Commission européenne cherche à promouvoir. Les traités et les politiques écologiques des institutions européennes, liées aux lobbys notamment de l’énergie et de l’agro-industrie (voir les Monsanto papers), doivent être dénoncés et remplacés afin de permettre la transformation radicale de l’économie qu’il est urgent de mettre en œuvre.

I. PREUVES DE L’URGENCE
Les pièces à conviction portent sur le changement climatique mais aussi la perte de biodiversité, l’épuisement des ressources en carburants fossiles ainsi qu’en matières premières, sols arables et eau potable.

Changement climatique :

Plusieurs études scientifiques suggèrent que les conditions nécessaires au maintien de sociétés humaines ne sont garanties que si l’augmentation des températures moyennes ne dépasse pas le niveau préindustriel de plus de 1,5ºC  [7]. Il faut pour cela que la concentration de CO2 dans l’atmosphère se stabilise en dessous de 350 ppm (parts par million)  [8], or actuellement nous avons déjà dépassé 400 ppm.

Le changement climatique est provoqué par des agents responsables et produit des victimes. Son origine se trouve dans la logique productiviste d’une croissance infinie, nourrie par l’utilisation intense de carburants fossiles et son lot de pollution. Les intérêts financiers, les décisions des politiques et l’utilisation intensive des ressources par les plus riches (surtout dans les pays riches) sont les principaux responsables. Inversement, les régions les plus affectées sont celles où vivent les populations pauvres : les Nations unies estiment qu’il y a déjà près de 64 millions de déplacés climatiques et l’UNHCR considère que le réchauffement planétaire pourrait entraîner l’exil d’un milliard de personnes dans les prochaines décennies  [9]. La déforestation et les crises dans la production alimentaire affectent directement les populations rurales pauvres. Même la Banque mondiale reconnaît que 100 millions de personnes (surtout des paysans et des pêcheurs) pourraient tomber sous le seuil de pauvreté d’ici 2030 à cause du changement climatique  [10].

Épuisement des carburants fossiles :

Les carburants non-renouvelables restent la source principale d’approvisionnement du capitalisme mondial. Or nous avons atteint, sinon dépassé, le pic de leur disponibilité, au-delà duquel ces ressources sont disponibles en quantité et qualité moindres, en exigeant des investissements techniques financiers et en énergie de plus en plus élevés, et en entraînant des risques accrus pour les écosystèmes (plateforme en mer, gaz de schiste, etc.).

Depuis 2005, la capacité d’extraction de « pétrole conventionnel » à l’échelle mondiale (de bonne qualité et facilement accessible) stagne  [11] ; le pic du gaz est prévu entre 2020 et 2039  [12] ; celui du charbon est plus difficile à estimer, certaines études le situent entre 2025 et 2045.

Comme le pétrole joue un rôle fondamental dans l’extraction, la commercialisation et le transport des autres matières premières, sa raréfaction va entraîner le ralentissement de leur exploitation. Ceci entraînera une tendance à l’augmentation des prix, de la spéculation, et donc le besoin d’investissements aux rendements incertains. C’est ainsi que les limites économiques et géologiques annoncent des scénarios de rareté croissante des sources d’énergie fossiles.

Une reconversion drastique de la production qui réduit considérablement la consommation d’énergie. Le fonctionnement de l’appareil productif, mais aussi les conditions d’existence de la population, reposent sur une énergie abondante et bon marché. La raréfaction de ces sources d’énergie, dont tous les pays de l’UE sont importateurs, va avoir de graves conséquences sociales. Il faut mettre en place un processus de transition énergétique rapide basé sur un engagement politique de distribution socialement équitable de ses coûts et de ses bénéfices.

Dans ce cadre, il est essentiel de remplacer les énergies fossiles et nucléaire par des énergies renouvelables compatibles avec un modèle viable reposant sur une reconversion drastique de la production qui réduit considérablement la consommation d’énergie.

Perte de biodiversité :

Notre vie dépend profondément de la nature (nourriture, eau potable, air respirable, énergie, matières premières). Une organisation économique et sociale quelle qu’elle soit dépend de la présence de systèmes naturels sains et multiples pour la régulation et la purification de l’eau et de l’air, les conditions climatiques, la pollinisation, la dispersion des semences, le contrôle des nuisibles et des maladies, entre autres.

La sixième extinction massive d’espèces de l’histoire de notre planète est en cours  [13]. Partout sur la terre « les populations mondiales de poissons, d’oiseaux, de mammifères, d’amphibiens et de reptiles ont décliné de 58 % entre 1970 et 2012 ». Cette dynamique suppose un déclin annuel moyen de 2% dans les espèces animales. Au niveau planétaire, le taux d’extinction des espèces est actuellement 100 à 1000 fois plus élevé qu’aux époques préindustrielles  [14].

Raréfaction des matières premières, des sols arables et de l’eau :

Aujourd’hui la demande planétaire en minéraux dépasse de beaucoup leur disponibilité. Le développement technologique dépend de la disponibilité de ces matières de moins en moins disponibles, dont l’extraction exige de plus en plus d’énergie fossile, qui se raréfie elle aussi. Il faut ajouter les coûts sociaux et environnementaux énormes de systèmes d’extraction qui sont de plus en plus énergivores et destructeurs pour l’environnement et la population concernée. L’Union européenne dépend d’un approvisionnement extérieur pour ce type de matériaux : sur une liste de 45 éléments, il n’y en a que deux qui se trouvent dans un pays de l’UE – 40 % des réserves mondiales de strontium se trouvent en Espagne et à peu près 10 % des réserves de sélénium sont en Belgique. Tout le reste est importé de pays tiers.

Entre 1960 et 2010 les ressources renouvelables en eau par habitant de l’UE ont diminué de 24 %. Les sols et l’eau sont également des ressources essentielles qui sont actuellement menacées, pas seulement en termes de quantité mais aussi de qualité. 20 % des nappes phréatiques au niveau mondial sont surexploitées, et l’érosion combinée au changement climatique réduit considérablement la disponibilité de sols fertiles. Comme 70 % de l’eau est utilisée pour la nourriture et que nous vidons les nappes phréatiques, la production de nourriture sera irrémédiablement compromise. Entre 1960 et 2010 les ressources renouvelables en eau par habitant de l’UE ont diminué de 24 %, surtout dans le Sud du continent.

II. PROPOSITIONS

Il faut mettre en place des politiques structurelles pour faire face à la crise que nous venons de décrire. L’urgence est telle qu’il convient de les placer dans le cadre d’un plan d’urgence pour préserver la soutenabilité en même temps que la justice sociale. Vu la nature planétaire de l’impasse, des propositions programmatiques ne peuvent pas se limiter aux problèmes « environnementaux » mais doivent comprendre d’autres mesures dans les domaines de la production, de la finance, de l’urbanisme, de l’enseignement et de la culture. De toute façon, un gouvernement populaire devrait considérer comme prioritaire une stratégie visant ces objectifs, rendant primordiaux les droits de l’environnement (y compris à travers une éventuelle réforme constitutionnelle et la prise en compte de cette dimension dans les processus constituants en Europe) et développant un pôle public puissant pour planifier et promouvoir ces mesures.

Des initiatives citoyennes immédiates :

Les changements nécessaires pour faire face à la crise décrite ci-dessus ne pourront avoir lieu que s’ils jouissent d’un large soutien populaire, reposant sur des citoyens bien informés et disposés à promouvoir et à être coresponsables de ces transformations.

Il est donc nécessaire :
• d’encourager, de protéger et de développer des initiatives citoyennes déjà orientées vers une transition socio-écologique (coopératives de services publics, consommation agro-écologique, recyclage, restauration écologique, secteurs en cours de reconversion, etc.) ;
• de promouvoir la prise de conscience et le développement d’initiatives auto-organisées fonctionnant comme des laboratoires d’expériences à reproduire à plus grande échelle ;
• d’approfondir l’établissement d’alliances de communautés publiques, y compris la société organisée dans un processus de transition.

Mesures immédiates à prendre par un gouvernement populaire :

Nous sommes conscients qu’un programme écologique et énergétique pour les classes laborieuses d’Europe dépend du contexte macroéconomique actuel, de la situation géopolitique, du prix de l’énergie et de la crise de l’énergie, de l’évolution du changement climatique ainsi que des plans et politiques de la Commission européenne. Nous savons aussi qu’un programme comme celui que nous esquissons ci-dessous exige de recourir à une façon de procéder où les gens ordinaires et leurs institutions s’occupent activement de la gestion de l’énergie et de l’environnement.

Pour garantir un programme démocratique en faveur de la majorité, il nous faut d’urgence un contrôle public sur le secteur de l’énergie, c’est-à-dire l’expropriation des compagnies privées dans ce secteur et leur transfert à un secteur public socialisé de l’énergie. Il est également nécessaire d’établir un contrôle citoyen des moyens de production et des objectifs visés dans tous les secteurs, contrôle qui devrait être exercé par des personnes aussi proches que possible du domaine et des besoins concernés. Il faut établir de plus un contrôle démocratique au niveau de l’État sur des facteurs clés comme les infrastructures, les acteurs économiques, les mécanismes financiers, la planification stratégique et les secteurs associés.

Un programme de transition écologique et énergétique doit reposer sur les principes suivants :
• Les pouvoirs publics doivent contrôler les éléments principaux des structures socioéconomiques, seule façon de prendre des décisions démocratiques dans l’intérêt des classes populaires.
• Il faut entièrement transformer l’économie, en rupture totale avec le système capitaliste, en un mode de production démocratique organisé au plus proche de la population, afin de réduire drastiquement les conséquences socio-environnementales du cycle actuel de production et de consommation.
• Des mécanismes doivent être mis en place pour financer la transition ; il faut qu’ils soient compatibles avec les chapitres du Manifeste consacrés à la dette, au secteur bancaire et au système monétaire ainsi qu’aux droits sociaux et à l’emploi.
• Il nous faut donner une priorité stratégique aux mesures ayant l’impact le plus bénéfique pour la transition, qui vont largement dépendre de leur proximité par rapport aux structures systémiques et aux risques qui y sont associés.

S’il s’inscrit dans ces principes, le programme de transition écologique et énergétique en faveur des classes populaires en Europe devrait envisager des objectifs fixant des horizons temporels et liés juridiquement à des outils efficaces – systèmes d’indicateurs, méthodes de collecte de données, systèmes de mesure, meilleures pratiques, budgets, systèmes d’évaluation, etc. – qui permettent d’atteindre ces objectifs. Ces outils permettent d’établir des objectifs démocratiquement contraignants, ce qui est une nécessité.

Réduire les risques et retarder la phase d’échec devraient être les deux objectifs fondamentaux de la culture de la résilience, et pour les atteindre il sera nécessaire de planifier :
• la mise en place de structures permettant de générer de nouvelles connaissances et de développer des bonnes pratiques sur base des expériences réussies ;
• la mise en place de système d’indicateurs et d’une évaluation continue ;
• des protocoles d’urgence ;
• la création de nouvelles institutions et de dynamiques de vie en société favorisant la résilience ;
• la construction d’infrastructures adaptées.

La seule option efficace, rapide et démocratique pour guider une transition radicale (c’est-à-dire une révolution de l’économie) en faveur des classes populaires est de socialiser les secteurs clés de l’économie et d’augmenter les investissements publics pour stimuler l’économie dans la bonne direction.

Pour que le secteur public puisse remplir sa fonction de catalyseur de la transition et être financé sans la pression du marché capitaliste, il a besoin d’autonomie monétaire. À cette fin, les règles de l’Union monétaire européenne devraient être abandonnées et remplacées par d’autres formes de coopération financière en Europe.

Tant l’approche macroéconomique de l’investissement public que l’autonomie monétaire sont traitées de manière plus approfondie dans les trois premiers chapitres de ce manifeste.

De même, nous devrions créer les mécanismes et les outils de financement qui nous permettent de mobiliser les importantes sommes d’argent nécessaires pour garantir la transition. Pour la seule transition énergétique, on estime que des investissements de 280 milliards d’euros par an seront nécessaires dans l’UE jusqu’en 2050, ce qui équivaut à 2 % du PIB actuel de l’UE.

Des mécanismes de financement sont nécessaires pour que la transition énergétique soit stable, prévisible et soumise à un contrôle démocratique. Pour parvenir à une dynamique de financement adéquate et éviter la corruption et la création de réseaux clientélistes, l’argent doit parvenir entre les bonnes mains en quantité suffisante et être utilisé sans compromettre le développement d’autres aspirations légitimes des classes populaires. Pour cela, il faut développer une banque publique proche du niveau local et des classes populaires afin d’obtenir la plus grande efficacité avec des critères démocratiques.

Nous devons promouvoir un modèle de développement qui favorise la production locale, réduit l’impact socio-environnemental global et génère la prospérité locale, même sans croissance du PIB. Pour ce faire, il sera nécessaire de développer une industrie associée à la transition qui permette l’établissement de conditions monétaires favorables, ainsi que la réduction des dépendances externes et de la balance des paiements.

Le développement d’une industrie propre permettra de créer des emplois de qualité, d’intégrer des structures de formation dans les circuits de production et de financement, et de développer des dynamiques de recherche, développement et investissement qui génèrent une efficacité économique plus favorable aux travailleurs et aux nouveaux procédés de production ainsi que des infrastructures adaptées aux besoins de chaque territoire. Une fois que la capacité de décision sur les éléments stratégiques de la politique écologique et énergétique est entre les mains des pouvoirs publics, le modèle devrait être redessiné en fonction des besoins métaboliques des territoires.

À cet effet, il sera nécessaire de définir les critères de base permettant de reconfigurer les unités institutionnelles de gestion de l’énergie, de l’eau et de l’alimentation qui contribuent à améliorer la résilience et la durabilité environnementale et sociale, à partir d’un modèle énergétique décentralisé, et donc plus local que le modèle actuel.

L’ampleur des problèmes environnementaux exige d’énormes transformations socio-économiques sur un laps de temps très court. En plus des actions mentionnées ci-dessus, le gouvernement doit donc mettre en œuvre des mécanismes exceptionnels d’urgence pour soutenir des changements radicaux immédiats. On peut énumérer les mécanismes suivants, par secteur :

Préservation de la nature et de la biodiversité

Pour contribuer à la préservation de cycles et systèmes naturels essentiels, il faut concentrer nos efforts sur :
• le contrôle de l’urbanisation et de l’occupation des terres ;
• la mitigation et l’adaptation au changement climatique ;
• la correction de la surexploitation des écosystèmes ;
• le renforcement de la législation et des règlements pour réduire la pollution et les altérations dans les cycles biogéochimiques ;
• des initiatives pour contrer l’expansion d’espèces invasives ;
• la multiplication des mesures pour réduire les incendies ;
• la reforestation et le développement de l’agroforesterie.
Énergie / climat

Les initiatives suivantes sont nécessaires.
• Contrôle par la communauté :
◦ un plan de nationalisation / socialisation des moyens de production qui tienne compte d’éléments importants comme les compagnies dans le secteur de l’énergie, les infrastructures, les opérateurs et les systèmes de fixation des prix et des taxes ;
◦ une redéfinition du modèle étatique basée sur les besoins de relocalisation de l’économie (énergie), reposant sur la gestion des communs ;
◦ un plan d’urgence, ancré dans la culture de la résilience, fondé sur des études de sensibilité de l’économie aux variations des prix de l’énergie et d’autres variables.

• Financement :
◦ connexion et harmonisation entre la socialisation du secteur bancaire et l’autonomie monétaire ;
◦ un plan de financement énergétique qui comprend non seulement la garantie d’un financement national suffisant et de mécanismes efficaces, mais aussi des critères de priorités et de redistribution de la richesse.
• Industrie :
◦ réduction de la consommation d’énergie dans l’industrie ;
◦ développement d’un secteur de l’énergie socialisé, détenu par les pouvoirs publics et relocalisé et transformation de tous les secteurs de la production industrielle en utilisant des sources d’énergie renouvelables et non polluantes ;
◦ création d’un organe législatif démocratique qui oriente la demande industrielle dans la bonne direction ;
◦ création des structures de formation nécessaires à la transformation radicale des secteurs de l’industrie en fonction des objectifs de la transition écologique et énergétique.
• Ressources matérielles
◦ Interdire les techniques de fracturation hydraulique et fermer toutes les centrales nucléaires et les centrales thermiques fonctionnant au carburant fossile ;
◦ incorporer dans les droits humains l’épuration de l’eau, l’accès à l’eau potable, l’approvisionnement de base des ménages en énergie ;
◦ mettre en place des politiques de gestion des déchets visant à un recyclage intégral ;
◦ favoriser la décentralisation territoriale et la démocratisation organisationnelle du système économique ;
◦ établir des stratégies afin d’adapter le métabolisme urbain aux bio-capacités locales et au changement climatique ;
◦ augmenter la résilience et réduire notre empreinte écologique, énergétique et climatique pour atteindre un équilibre « presque zéro » carbone avant la moitié du siècle ;
◦ garantir la gestion publique des sols et empêcher ainsi qu’une dynamique spéculative détermine la configuration spatiale urbaine ;
◦ transformer la mobilité tant en zone urbaine qu’en zone rurale (en limitant l’utilisation de véhicules privés et en augmentant les services de transport public et leur électrification), ce qui permettra de retrouver un air de bonne qualité dans les villes ;
◦ imposer aux producteurs et distributeurs une réduction des emballages et recycler systématiquement les déchets urbains solides, en visant à réduire leur volume à ce qu’il était en 1990 ainsi qu’à réduire la production de gaz à effet de serre (GES) de plus de moitié avant la moitié du siècle.
• Nourriture et santé. Les objectifs suivants doivent être poursuivis :
◦ fournir non seulement à la population rurale mais aussi aux habitants des villes un accès à la terre et aux infrastructures nécessaires à la production (centres de transformation, machines partagées, etc.) et à la reproduction sociale (logements, écoles, dispensaires, etc.) ;
◦ promouvoir une agriculture sans pesticides ni engrais chimiques ;
◦ réduire rapidement les surfaces irriguées et remplacer les cultures par irrigation par des cultures qui dépendent de la pluie, donc une diversification et des espèces plus résistantes qui exigent moins d’eau ;
◦ augmenter les investissements de recherche et développement de systèmes de production agro-écologiques et récupérer d’anciens savoirs ;
◦ encourager la diminution de consommation de nourriture d’origine animale, surtout la viande ;
◦ encourager l’élevage extensif en pâturage (par opposition à l’élevage industriel), adapter l’élevage à la capacité des sols et restaurer la fertilité des sols pour la production de légumes et de céréales.

Mesures à moyen terme :

Décentralisation des activités économiques, intégration régionale des villes et suppression de la production de déchets non recyclables. À moyen terme, un gouvernement populaire qui s’engage à soutenir les classes populaires tout en visant la soutenabilité écologique doit redéfinir les principaux secteurs économiques. L’objectif général de cette restructuration est d’économiser l’énergie, de réduire les émissions de GES, d’éliminer toute production inutile, de réduire l’obsolescence de la production et de diminuer le temps de travail tout en optimisant les possibilités de créer des emplois décents. Selon les caractéristiques de chaque secteur, il faudra veiller à une décentralisation des activités économiques, à l’intégration régionale des villes et à la suppression de la production de déchets non recyclables.

Une partie fondamentale de la fourniture de biens et de services de qualité doit être assurée par un secteur économique socialisé, qui doit couvrir l’énergie, le transport, les communications, le logement, la santé et l’enseignement.

La restructuration de la production doit s’accompagner d’une réduction du volume global de l’économie pour l’adapter aux limites de soutenabilité. De plus, la diminution matérielle dans les sphères de la production et de la reproduction doit s’accompagner d’une distribution équitable de l’emploi, de la garantie d’une sécurité sociale pour tou-te-s et de l’accès gratuit aux services publics.

Il nous faudra aussi nous attaquer aux habitudes de consommation : promouvoir une approche collective (encadrée par certaines règles) plutôt que des achats individuels et déterminés par le marché.

Voici quelques mesures concrètes à mettre en œuvre :
• établir des objectifs et des stratégies à long terme, par la Constitution ou des lois ;
• créer des mécanismes démocratiques d’investissement et de financement d’une transition écosocialiste (par la socialisation des banques, mais aussi l’annulation des dettes publiques illégitimes, illégales, odieuses et insoutenables, etc.) ;
• redéfinir des unités de gestion de l’énergie, de l’eau et des sols avec une approche méthodologique métabolique ;
• mettre en place des systèmes d’indicateurs autres que le PIB qui permettent d’évaluer l’évolution dans son ensemble ;
• préserver les systèmes écologiques essentiels qu’il s’agisse des sols, des cours d’eau, des nappes phréatiques, des côtes ou des mers, en renforçant une gestion publique des communs ;
• éliminer les obstacles juridiques à la production agro-écologique en agriculture paysanne, développer des services publics en accès gratuit et facile pour tous, encourager la vie en zone rurale et le désengorgement des zones urbaines et augmenter l’autosuffisance des villes ;
• développer un nouveau modèle de gestion de l’énergie et garantir le contrôle des prix, améliorer la gestion des entreprises publiques, mieux règlementer la protection des données, penser de nouveaux types d’entreprises, etc. ;
• mettre en œuvre une stratégie qui permette de prévoir des conflits écologiques locaux et de leur trouver une solution démocratique, dans le cadre de la relocalisation économique.

Initiatives à moyen terme au niveau international :

Tenter de relever les défis socio-écologiques et énergétiques au niveau national est essentiel (ce qui peut amener des repositionnements sociaux et politiques intéressants), mais irréalisable si ces initiatives ne s’accompagnent pas de mesures au niveau international. Il s’agit essentiellement :

• de modifier les règlements européens : pour un véritable contrôle public, il nous faut nous débarrasser des règles de concurrence européennes et modifier les règles sur les marchés publics ; un changement radical du critère européen de stabilité et de la limite du déficit public est également indispensable si nous voulons garantir assez d’investissements dans la transition écologique (les restrictions monétaires européennes actuelles doivent être supprimées et remplacées si nous voulons mettre sur pied une économie distributive et démocratique) ;
• d’introduire des clauses contraignantes pour les sociétés et les investisseurs dans les stratégies de l’Union européenne pour la biodiversité, notamment en ce qui concerne la santé publique (réduction de la pollution de l’air, interdiction de pesticides pathogènes et polluants, etc.) ;
• d’abroger les traités multilatéraux (comme la Charte énergétique, les mécanismes de résolutions de différends par des tribunaux privés prévus dans les traités dits de « libre échange », etc.) et tous les traités qui sont en contradiction avec les objectifs poursuivis.

CONCLUSION
Garantir des conditions d’existence décentes pour les classes populaires aujourd’hui et demain exige une transition du modèle capitaliste duquel nous sommes prisonniers dans le cadre de l’UE à un modèle socialement et écologiquement soutenable, qui cherche à fournir un emploi décent à tous.

Pour réussir cette transition, les principes suivants sont essentiels :
• un contrôle public des éléments principaux dans les structures socioéconomiques, ce qui est la seule façon de prendre des décisions démocratiques dans l’intérêt des classes populaires ;
• la restructuration complète de l’économie en rupture nette avec le système capitaliste, pour passer à un mode de production organisé en lien étroit avec la population afin de réduire drastiquement les conséquences socio-environnementales du cycle actuel de production et de consommation.

An niveau européen, les mesures essentielles – déjà présentées plus haut et résumées ici – sont :
• la modification de règles de concurrence afin de garantir le développement d’un modèle économique soutenable et démocratique ;
• la création de nouvelles structures et institutions pour appliquer les plans de transition écologique et énergétique ;
• la préservation de systèmes écologiques essentiels qu’il s’agisse des sols, des cours d’eau, des nappes phréatiques, des côtes ou des mers, en renforçant une gestion publique des communs.

Et au niveau des États membres, les gouvernements populaires doivent :
• mettre en place un plan d’urgence pour la soutenabilité dans la justice sociale ;
• développer des plans pour la démocratisation et le contrôle public des principaux éléments de l’économie pour que la transition puisse s’effectuer rapidement, avec des conséquences limitées pour l’environnement, peu de risque pour les emplois et les droits sociaux, et suffisamment de ressources financières pour la mener à bien ;
• garantir l’accès des classes populaires à des biens de première nécessité en évitant abus et gabegie ;
• adapter les institutions et structures à cette nouvelle économie basée sur la satisfaction des besoins des classes populaires.

Il nous faut un plan radical de transition écosocialiste en Europe comme dans le reste du monde. A cette fin, dépasser le capitalisme n’est pas seulement une question d’égalité et de démocratie, mais aussi de survie et de reproduction des écosystèmes dans lesquels les humains s’inscrivent. Dans cette perspective, une rupture radicale avec les institutions et les traités européens actuels et leur remplacement par d’autres formes de coopération internationale sont une condition sine qua non.

Chapitre 6 - Féminisme

I. DIAGNOSTIC

Nous vivons une période de crise profonde qui a des conséquences particulièrement négatives sur la vie des femmes ainsi que sur celle de minorités comme les migrant-e-s, les handicapé-e-s ou les personnes LGBTQI+.

Depuis le début de la dernière crise économique du capitalisme en 2008, l’écart entre les taux d’emploi des hommes et des femmes a diminué dans la plupart des États membres de l’UE, mais les données varient, reflétant des différences entre les pays du Centre et de la Périphérie et les États extérieurs à l’UE, ainsi qu’entre chaque État  [15].

Cette diminution de l’écart s’explique par le fait que lors de la crise, ce sont principalement des secteurs masculins qui ont été frappés par des licenciements et des réductions budgétaires, tandis que les femmes restent majoritaires dans les secteurs professionnels plutôt féminisés, tels l’enseignement, les soins de santé, les emplois du secteur public en général. Ce n’est pas pour autant que les femmes ne subissent plus de discriminations et d’inégalités liées au genre en matière d’emploi, de salaires et de conditions de travail. Cette tendance se poursuit  [16]. Par exemple, l’écart salarial entre hommes et femmes, une caractéristique structurelle du système capitaliste, persiste partout sans exception. Au sein des pays de l’UE, l’écart salarial moyen lié au genre se situe autour de 16,2 % avec des différences significatives entre pays. L’écart salarial lié au genre varie également selon le secteur industriel et est en général plus important dans le secteur privé que dans le secteur public  [17].

Les femmes sont plus vulnérables, avec un risque plus élevé de tomber dans la pauvreté. Des recherches dans ce domaine montrent que malgré la réduction dans les chiffres du chômage, les femmes sont plus vulnérables, avec un risque plus élevé de tomber dans la pauvreté – une tendance qui persiste aussi. Les études confirment également que malgré la réduction de l’écart du taux de chômage entre les femmes et les hommes, avec une augmentation du taux de participation et du niveau d’instruction des femmes qui dans certains cas dépassent les hommes dans l’acquisition de diplômes de l’enseignement supérieur, les femmes n’en sont pas moins exposées aux risques de violence, de pauvreté et aux problèmes de santé.

On constate depuis longtemps qu’en période de crise, les femmes arrivent sur le marché du travail car elles représentent en général une main d’œuvre plus précaire et moins stable, avec un taux de participation global plus bas, et ainsi apportent plus de marge sous forme de substitution temporaire au modèle général du soutien de famille masculin [Voir (en anglais) Marion Cochard, Gérard Cornilleau et Hélène Périvier, « A gender analysis of the economic crisis on labour market in six European countries ». URL : http://www.euroframe.org/files/user_upload/euroframe/docs/2011/EUROF11_Cochard_Cornilleau_Perivier.pdf] ; (en anglais) Hélène Périvier, « Men and women during the economic crisis », Revue de l’OFCE, 2014/2 (n° 133). URL : https://www.cairn.info/revue-de-l-ofce-2014-2-page-41.htm#  ; (en anglais) Vicki Smith, « The Circular Trap : Women and Part-Time Work », Berkeley Journal of Sociology, Vol. 28, 1983. URL : http://berkeleyjournal.org/2016/03/from-the-archives-the-circular-trap-women-and-part-time-work/.]].

Les statistiques officielles de l’UE confirment, par exemple, que les femmes sont plus susceptibles que les hommes d’accepter des emplois à temps partiel [Voir (en anglais) European Institute for Gender Equality (EIGE), Gender equality and economic independence : part-time work and self-employment, Rapport, octobre 2014. URL :https://eige.europa.eu/rdc/eige-publications/gender-equality-and-economic-independence-part-time-work-and-self-employment-report.]]. Depuis l’éclatement de la crise et le début de la désintégration des systèmes de protection sociale, on a assisté à une réduction importante des subventions pour l’éducation, la santé et les services sociaux, due à la discipline budgétaire entraînant des coupes dans les dépenses sociales et les fonds publics en général. Ici encore, on observe des différences entre les pays de l’UE de la Périphérie et ceux du Centre, et des États extérieurs à l’UE.

La charge de la reproduction sociale est tombée sur les familles, les femmes en particulier. Par conséquent, la charge de la reproduction sociale est tombée sur les familles, les femmes en particulier. Ainsi les femmes sont obligées de prendre des emplois à temps partiel afin de couvrir une partie des dépenses et de contribuer au budget familial tout en se consacrant aux enfants et aux personnes âgées. Cela signifie que certains services qui se payaient antérieurement sont remplacés, à l’heure actuelle, par du travail intensif de femmes, surtout dans le domaine des tâches ménagères. Des mères célibataires en particulier sont plus vulnérables et souvent plus exposées à diverses formes de pauvreté et à d’autres désavantages sociaux : « certains groupes de femmes se caractérisent par une tendance plus élevée à travailler à temps partiel, à savoir celles dans les classes d’âge les plus jeunes et les plus âgées, et les mères de jeunes enfants »  [18].

D’ailleurs, « les emplois à temps partiel sont souvent de qualité inférieure, payés à des taux horaires plus bas, avec moins de possibilités de formation continue ou de carrière, et à long terme, des droits à la retraite moindres (…). Bien plus de femmes travaillent à temps partiel que d’hommes. En 2015, la moyenne pour l’UE était de 8,9 % d’hommes qui travaillaient à temps partiel, contre 32,1 % de femmes »  [19]. Le travail intérimaire sert aussi à promouvoir la « flexibilité du marché », et dans certains pays, notamment l’Italie, la Grèce et l’Espagne, les femmes sont plus susceptibles d’occuper sur le long terme des emplois à temps partiel. De manière plus générale, sous l’emprise du Conseil de l’Union européenne, on détruit progressivement le droit du travail, on impose des accords d’entreprises à la faveur d’accords de secteur, ce qui permet aux employeurs d’imposer aux femmes des conditions de travail flexibles et d’assouplir les règles de protection, d’hygiène et de sécurité.

Dans son rapport Les migrants, les minorités et l’emploi. Exclusion et discrimination dans les 27 États membres de l’Union européenne. Mise à jour 2003 – 2008 publié en 2011, l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) déclare :

« Les données disponibles indiquent que les femmes issues de l’immigration et de groupes minoritaires occupent les emplois les plus mal payés et les moins qualifiés dans les segments les plus marginalisés du marché de l’emploi. Leurs possibilités de travail se limitent souvent aux emplois domestiques, avec un risque élevé d’insécurité et, souvent, des conditions de travail irrégulières. Par ailleurs, les expériences de discrimination des femmes issues de l’immigration et de groupes minoritaires varient selon leur position sociale et juridique et en fonction des attitudes de la population majoritaire à leur égard »  [20].

Les États des Balkans, qui ne sont pas encore tous membres de l’UE, montrent des traits similaires. Dans la période dite « de transition » après l’éclatement de la Yougoslavie, presque tous ces pays se sont retrouvés confrontés à de graves problèmes économiques et sociaux que la crise actuelle ne fait qu’exacerber. La désindustrialisation globale, ainsi que les taux de chômage élevés et la croissance basée sur l’endettement qui en découlent, suivis par des programmes d’ajustement structurel imposés par le FMI, la BCE et l’UE ont eu des effets dévastateurs sur des sociétés entières et les femmes en particulier. Dans presque tous ces pays la différence de taux de participation au travail entre hommes et femmes persiste en raison de plusieurs facteurs, allant du fait d’avoir des enfants et d’apporter des soins aux membres de la famille (et souvent de la famille élargie) combiné au manque de soutien de l’État et d’institutions de soins pour les enfants et les personnes âgées, jusqu’aux discriminations pratiquées par les employeurs moins enclins à embaucher des femmes.

Dans certains pays comme la Bosnie-Herzégovine, le taux d’analphabétisme adulte approche les 3 %, la majorité de cette population analphabète étant composée de femmes. Le taux d’analphabétisme fonctionnel  [21] est plus élevé, et le taux « d’illettrisme informatique » (incapacité à utiliser des outils numériques ou informatiques de la vie courante) atteint près de 40 %  [22]. Tous ces pays se sont vus contraints d’adopter le programme économique néolibéral, de changer leur droit du travail, d’offrir des incitations à investir au grand capital en introduisant des taux d’impôt forfaitaires très bas et diverses formes de taxation régressive indirecte, et de libéraliser leurs marchés.

Bien que les statistiques officielles de l’UE indiquent que le taux de pauvreté dans ces pays a baissé suite à l’élargissement ou à la signature d’accords de stabilisation et d’association, il n’en est pas moins vrai que tous ces pays connaissent actuellement un tsunami d’émigration qui reste inexpliqué. En termes économiques, ce phénomène ressemble aux vagues d’émigration depuis les pays de la Périphérie de l’UE : on exporte de la main d’œuvre pour couvrir des déséquilibres commerciaux et pour rembourser des dettes publiques et privées.

En résumé, selon les statistiques officielles européennes, environ 24 % de la population de l’Europe est exposée aux risques de la pauvreté et de l’exclusion. Environ un Européen sur quatre connaît une forme de pauvreté, sans parler des États non membres de l’UE où ces taux sont encore plus élevés  [23]. Comme déjà mentionné, les femmes sont plus susceptibles de connaître diverses formes d’exclusion, de pauvreté et de violence, aussi bien à la maison qu’au travail.

II. RENVOYÉES À LA CUISINE ? LE DOUBLE FARDEAU

La violence contre les femmes est en augmentation, des féminicides aux offensives contre leurs droits reproductifs et contre leurs conditions de vie en général. Devant la montée des mouvements racistes et d’extrême-droite, la gauche doit affronter des défis sur tous les fronts. La montée de l’idéologie dite « Alt-right »  [24] amène une nouvelle spécificité : elle s’attaque au féminisme et aux mouvements féministes qui avaient acquis une grande influence depuis les années 1960 et ont beaucoup contribué à la libération et à l’émancipation des femmes de par le monde. Le féminisme est de plus en plus souvent diabolisé par les mouvements et partis de droite et par des associations de la société civile d’extrême-droite, racistes et homophobes. La violence contre les femmes sous ses formes diverses est en augmentation, allant des féminicides à des offensives contre les droits reproductifs des femmes et contre leurs conditions de vie en général.

Les médias soutiennent le plus souvent le camp conservateur, présentant ainsi toutes ces questions sous l’angle d’un conflit de valeurs. Nous nous trouvons donc face au récit idéologiquement biaisé qui présente le féminisme et les valeurs féministes comme anti-famille et leur oppose les valeurs hétéro-normatives et patriarcales comme pouvant sauver le monde du féminisme. La vérité est tout autre.

Notre adversaire est en fait la crise qui résulte de l’effondrement des systèmes de protection sociale. Cet état des choses reporte sur les familles en général et sur les femmes en particulier, toute la charge de la reproduction sociale. Les femmes, qui subissent un écart salarial structurel lié au genre, sont obligées d’accepter encore plus de travail rémunéré d’une part, et doivent prendre en charge plus de travail reproductif, faire le ménage et s’occuper des enfants et des personnes âgées d’autre part. Elles s’occupent aussi de la famille étendue, particulièrement dans les pays de la Périphérie et ceux extérieurs à l’UE. L’idée d’un « retour à la famille », parfois présentée comme une aberration d’extrême-droite opposée au statu quo, est en réalité une tentative de naturaliser le capitalisme dans sa forme néolibérale.

L’idée qui sous-tend cette naturalisation, c’est que l’effondrement des systèmes de protection sociale dans les secteurs de l’enseignement et de la santé est nécessaire ; que les femmes doivent à nouveau être identifiées en tant que mères, éducatrices et préposées aux soins, que c’est là leur rôle naturel, le seul possible. Ce n’est ni le féminisme pour toutes (à distinguer du féminisme libéral qui s’adresse aux femmes les plus riches et les mieux payées) ni la gauche qui « compromettent la famille » mais, comme l’avaient déjà souligné Marx et Engels, c’est le capitalisme et ses crises qui provoquent la discorde au foyer, la violence contre les femmes, qui poussent les enfants dans la rue et isolent les êtres humains les uns des autres.

Et malgré tout, justement à cause de ces crises, pour un grand nombre de gens la famille apparaît comme le seul espace de sécurité, comme un mécanisme d’aide mutuelle contre la tyrannie de l’économie du marché. C’est là le socle matériel du soutien populaire pour les idées de la droite, en l’absence d’une alternative de gauche. C’est pour cela que certains milieux politiques et idéologiques s’attaquent au féminisme, essayant d’abolir les droits pour lesquels les femmes se battent depuis des siècles dans le cadre du mouvement féministe et ouvrier.

C’est pourquoi les mobilisations féministes à travers le monde nous semblent si pertinentes. De l’Amérique Latine à l’Inde en passant par l’Afrique, l’Amérique du Nord et l’Europe, les mobilisations féministes ont eu un impact extraordinaire pendant une période où rien de prometteur ne semblait poindre à l’horizon.

D’ailleurs, depuis 2015 le mouvement [Ni Una Menos  [25], né dans les mobilisations féministes de 2011 en Argentine, a gagné presque tous les continents. Depuis 2015, des groupes et des mouvements féministes ont organisé de nombreuses manifestations pour revendiquer l’égalité, pas seulement en termes juridiques. Il s’agit précisément de femmes organisées autour de divers groupes féministes qui ont mené des campagnes, par exemple en Pologne, contre l’interdiction de l’avortement ou, en Irlande, pour le référendum qui a réussi à obtenir le droit à l’avortement. Dans d’autres pays européens, les mouvements féministes sont les seuls actuellement à lutter contre le capitalisme et l’assaut global contre la vie (conditions de vie, destruction de l’environnement et des systèmes d’enseignement, de santé et des services sociaux). En 2018 a eu lieu la grève internationale des femmes, une des plus grandes vagues de protestation mondiale de femmes jamais vue. Peut-être pour la première fois, cette forme inédite de lutte, qui a mobilisé des millions de travailleuses en Espagne et en Italie dans des grèves générales, a rassemblé de larges masses de femmes ayant un travail salarié et de femmes travaillant au foyer, surmontant ainsi la séparation traditionnelle bourgeoise entre le public et le privé, séparation qui prend aussi la forme genrée de séparation entre sphères masculine et féminine.

Le succès de ces mobilisations féministes provient justement du fait qu’elles mettent en évidence que le problème ne relève pas d’un « conflit de valeurs », mais d’une tentative de transférer la charge entière de la reproduction sociale sur la famille et sur les femmes. C’est sur cette base, ainsi que grâce à la recherche de l’unité avec les syndicats, que ces mobilisations ont connu de forts succès.

Récemment, nous avons aussi pu observer un mouvement de protestation chez Google, où des travailleuses du monde entier ont organisé une campagne de « walk-out » ; quittant leurs bureaux afin de protester contre le harcèlement sexuel très répandu dans l’entreprise et les écarts salariaux liés au genre, elles ont exigé que l’entreprise tienne compte des accusations de harcèlement sexuel contre des cadres supérieurs et mette en place le principe de salaire égal à travail égal  [26].

De nombreuses expériences rapportées de partout dans le monde indiquent que ce sont les femmes qui sont en première ligne pour défendre les biens publics lorsque des investisseurs s’attaquent aux ressources des communautés locales. Cela est dû au fait que ce sont les femmes qui ressentent les premières les effets néfastes de la pénurie des ressources, les atteintes à l’environnement ainsi que les conséquences des politiques d’austérité.

Il ne suffit pas de prendre position contre la misogynie, mais aussi contre le nationalisme, le racisme, la xénophobie. Pour toutes ces raisons nous considérons qu’il ne suffit pas de prendre position seulement contre la misogynie la plus criante, mais aussi contre le nationalisme, le racisme, la xénophobie. Il faut intégrer ces luttes aux luttes pour l’égalité qui visent bien plus qu’une simple égalité juridique. L’assaut que constituent les mesures néolibérales, l’endettement, la marchandisation du logement et la crise de la protection sociale, a des répercussions lourdes partout sur la planète. Il nous faut un mouvement féministe plus large qui se joint aux luttes concernant le travail, les salaires, le logement, les services sociaux, l’éducation, la santé, aux luttes contre les attaques sur la vie et nos moyens de subsistance.

Toutes les recherches dans le domaine indiquent que nous avons atteint un seuil critique, que nous avons même atteint un stade irréversible. Le seul espoir est de lutter contre le grand capital afin de nous émanciper nous-mêmes et d’obtenir des conditions de vie dignes. Le mouvement Ni Una Menos présente l’un des meilleurs exemples de ce type de lutte, une vraie inspiration, car s’inspirer de Ni Una Menos signifie s’opposer à la violence et à ses nombreux aspects, comme un collectif de féministes l’a très bien résumé :

« La violence contre les femmes, telle qu’elles [les femmes de Ni Una Menos] la définissent, revêt de multiples facettes : elle comprend la violence domestique, mais aussi la violence du marché, de la dette, des relations capitalistes, la violence d’État ; la violence des politiques discriminatoires contre les femmes lesbiennes, trans et queer, la violence de la criminalisation étatique des mouvements migratoires, la violence de l’incarcération de masse, et la violence institutionnalisée contre le corps des femmes à travers l’interdiction de l’avortement et le manque d’accès à des soins de santé gratuits et à l’avortement gratuit. Leurs positions nourrissent notre détermination à combattre les attaques institutionnelles, politiques, culturelles et économiques contre les femmes musulmanes et migrantes, les femmes de couleur, les femmes qui travaillent et celles qui sont au chômage, les femmes lesbiennes, celles dont le genre est non conforme et les femmes trans »  [27].

III. PROPOSITIONS
Le secteur public socialisé pourra servir de levier pour amener des changements plus radicaux dans la structure sociale. Il faut que des gouvernements de gauche synthétisent les luttes de ces mouvements et aillent plus loin que de simples exigences d’égalité formelle, qu’ils mettent en cause la division genrée du travail et le caractère genré et privatisé de la reproduction sociale. Les racines de la forme contemporaine du patriarcat sont à chercher dans le caractère privé de la reproduction de la force de travail et dans la façon dont les femmes sont considérées comme responsables de la reproduction sociale de cette force de travail (c’est-à-dire son maintien en bonne santé, l’éducation des enfants – future force de travail –, etc.). Il existe une cohérence entre la définition de la force de travail comme marchandise et la division genrée du travail, l’idée du rôle et du travail des femmes dans la société, présente dans la séparation entre privé et public, famille et société, émotion et raison, les différentes formes de travail féminisé dans le domaine des soins et la production de valeur.

Ce sont ces séparations et aliénations, qui font de la famille un refuge dans un système en crise – un appui tout trouvé pour les idées réactionnaires qui veulent faire payer les femmes pour la crise du capital –, que nous devons combattre. Nous devons présenter des propositions crédibles pour un financement public de la socialisation de la reproduction sociale. Nous devons investir massivement dans des crèches communales, des laveries et des restaurants collectifs, en visant l’objectif à long terme de fournir ces services gratuitement. C’est de cette façon que nous créerons les conditions nécessaires à l’intégration des hommes et des femmes dans tous les secteurs économiques sur pied d’égalité et avec les mêmes salaires. Nous commençons à créer les conditions pour en finir avec le travail domestique et subalterne des femmes et ainsi transformer la division genrée du travail d’une manière qui soit véritablement égalitaire et libératrice. Pendant la période de transition, il nous faudra recourir à des quotas pour nous assurer que les femmes, et les femmes immigrées, soient correctement représentées dans les secteurs économiques de leur choix et particulièrement le secteur public. Au sein du secteur public, nous voulons créer des formes de flexibilité qui ne servent pas les intérêts du capital en assurant une reproduction de la force de travail à moindre coût dans la famille aux dépens des femmes, mais qui permettent aux femmes de choisir ou non d’avoir des enfants, de prendre ou non congé pour les élever, de poursuivre ou non leur carrière, d’avoir le droit de décider elles-mêmes de ce qu’elles font de leur vie et de leur épanouissement au travail et dans la société. C’est ainsi que le secteur public socialisé pourra servir de levier pour amener des changements plus radicaux dans la structure sociale. Notre objectif est de nous inscrire dans la lutte des mouvements de libération pour transformer la reproduction sociale par le bas à travers des initiatives de mouvements auto-organisés.

Les mouvements sociaux doivent donc tout mettre en œuvre, par des campagnes et des mobilisations, pour obtenir :
• l’égalité complète pour toutes et tous, la pénalisation de toute forme de violence et de discrimination fondées sur les constructions sociales de genre, de classe, de race ou d’âge ;
• la décriminalisation des protestations contre les politiques anti-migratoires et des actions de solidarité avec les migrant-e-s et les autres groupes vulnérables ;
• un salaire égal pour un travail égal ;
• la socialisation de la charge de la reproduction sociale : qu’on investisse dans des crèches collectives, des restaurants collectifs, des laveries collectives ;
• plus de participation citoyenne dans les décisions politiques au niveau local ;
• la protection des sources d’eau potable et de tout autre moyen de subsistance ;
• des victoires dans la lutte contre le poids de la grande finance, contre l’endettement et les politiques d’austérité ;
• les droits reproductifs à l’accès aux soins de santé reproductifs ;
• l’ouverture des frontières, le droit de circulation et d’installation ;
• la fin des guerres impérialistes, menées en particulier par la coalition de l’OTAN, qui détruisent des sociétés entières.

Les mesures concrètes à adopter par tout gouvernement de gauche :

• Imposer une taxation plus forte du grand capital pour financer une expansion massive du secteur public, y compris des emplois dans les domaines liés à la transition écologique et l’économie verte.
• Augmenter les emplois à plein temps pour les femmes dans le secteur public.
• Faire appliquer la législation sur le salaire égal pour un travail égal avec des mesures punitives pour les employeurs du secteur privé qui ne respectent pas la législation.
• Soulager les femmes de la charge complète de la reproduction sociale en augmentant l’offre en crèches collectives, restaurants collectifs et laveries collectives : initialement il faudrait subventionner fortement ces services, en vue d’en faire des biens communs.
• Veiller à ce que les emplois dans les secteurs de l’enseignement, de la santé et des services sociaux ne soient pas féminisés, afin d’avoir un juste équilibre entre travailleurs et travailleuses.
• Légiférer afin d’éviter les discriminations en termes de carrière envers les femmes qui retournent au travail après un congé de maternité ou parental.
• Légiférer et appliquer la législation existante pour la défense des droits civiques et du travail des populations LGBTQI+.
• Introduire une loi instaurant des quotas, pour permettre aux populations immigrées de trouver de l’emploi, à salaire égal, dans le secteur public.
• Compléter la législation pour l’égalité par des campagnes publiques et du soutien matériel en faveur des communautés et des mouvements qui combattent le racisme, l’oppression et la discrimination liées au genre.
• Réformer la législation existante pour soutenir les victimes de violence sexuelle et domestique, y compris les enfants : il faut soutenir la législation par des campagnes publiques et du soutien matériel pour les femmes qui résistent en se battant et pour les mouvements de jeunes qui formulent leurs propres demandes.
• Augmenter la participation citoyenne pour toutes les questions qui concernent notre vie quotidienne par l’introduction de mécanismes d’autogestion dans toutes les unités de travail du secteur public et des mécanismes d’autogestion communautaire pour aider aux processus de socialisation de la reproduction sociale.

CONCLUSION

L’égalité doit se conquérir par la lutte collective et la solidarité pour pouvoir nous émanciper et obtenir des conditions de vie décentes. Une position politique féministe cohérente exige que nous nous opposions à toute forme d’exploitation, de sexisme, d’expression du patriarcat et à toutes les formes de violence qui font que des personnes exploitées et vulnérables se tournent les unes contre les autres pendant que le capital continue à diviser nos luttes communes sans être inquiété. Notre force réside dans la solidarité. La solidarité contre le capital et l’UE qui impose des mesures d’austérité. La solidarité des opprimé-e-s, des femmes, des communautés LGBTQI+, des minorités, des personnes racisées et des travailleurs et travailleuses contre la tyrannie du marché et du capital. Contre les politiques inégalitaires qui dominent, nous lutterons pour l’égalité, mettant nos vies et l’avenir de la planète en haut de la liste de priorités dans tout débat politique, qu’il soit parlementaire ou extra-parlementaire. Quand nous exigeons l’égalité, il ne s’agit pas seulement d’une égalité juridique formelle mais d’une égalité qui refuse de se contenter des miettes du gâteau tandis que le système poursuit sa destruction méthodique de nos vies et de notre environnement.

Nous savons que l’égalité doit se conquérir par la lutte, que c’est seulement dans la lutte collective et la solidarité que nous pouvons nous émanciper et obtenir des conditions de vie décentes. Pas par des décisions de l’UE en matière de politique de genre, visant à répondre aux attentes du féminisme libéral et visant la réussite de certaines femmes – nous n’avons que faire que des femmes deviennent directrices de banques quand, dans le même temps, ces banques s’emparent de nos maisons et de nos vies. Nous refusons la politique du « moindre mal ». Nous ne voulons pas de femmes en politique simplement parce que ce sont des femmes – les femmes politiques qui votent des mesures d’austérité ne sont pas nos alliées. Celles et ceux qui votent ces mesures sont directement responsables de l’augmentation des violences faites aux les femmes, du sous-financement de logements corrects, de la dévalorisation du travail féminin par rapport au travail masculin.

Le féminisme pour lequel nous nous battons n’est pas le féminisme d’une infime minorité de femmes dans des positions de pouvoir dans les banques ou les entreprises au détriment des travailleuses, des migrantes, de toutes celles qui sont vulnérables et de nos enfants. Le féminisme pour lequel nous luttons est dirigé contre l’UE et ses mesures d’austérité dévastatrices. Au lieu de continuer à mener des politiques qui se soldent par la mort de milliers de femmes et l’exploitation de centaines de milliers d’autres, nous voulons lutter en ayant conscience que notre ennemi est le capital et qu’il est toujours chez nous.


[1Le « facteur de stabilité » (sustainability factor) constitue un principe du « Semestre européen » qui prescrit que les dépenses publique d’un pays membre de l’UE ne doivent pas menacer sa solvabilité à l’égard de ses créanciers. Voir par exemple, URL : https://ec.europa.eu/info/sites/info/files/european-semester_thematic-factsheet_public-finance-sustainability_en_0.pdf

[2 Le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire (aussi appelé TSCG ou « pacte budgétaire européen ») est entré en vigueur en janvier 2013.

[3Au sujet des évolutions de la distribution des richesses, des taux de chômage (notamment des jeunes et des femmes), de la précarité (emplois temporaires, non choisis, partiels, etc.) ainsi que des inégalités et de la pauvreté, on peut se référer aux statistiques des institutions européennes elles-mêmes. Voir par exemple pour le chômage : https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/Unemployment_statistics

[4Voir Eurostat, « Minimum wages statistics ». URL : https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/Minimum_wage_statistics

[5Voir (en anglais) Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), « Special Report : Global Warming of 1,5°C », octobre 2018.

[6Voir Daniel Tanuro, L’impossible capitalisme vert, La Découverte, 2012.

[7Voir (en anglais) James Hansen et alii, « Ice melt, sea level rise and superstorms : evidence from paleoclimate data, climate modeling, and modern observations that 2ºC global warming could be dangerous », 2016. URL : https://www.atmos-chem-phys.net/16/3761/2016/acp-16-3761-2016.pdf.

[8Voir (en espagnol) Iñigo Capellán Pérez et alii « Agotamiento de los combustibles fósiles y escenarios socio económicos : un enfoque integrado », 2014. UTL : http://www.eis.uva.es/energiasostenible/wp-content/uploads/2014/09/Capellanetall2014_esp.pdf.

[9Voir (en espagnol) José Bautista, « Refugiados climáticos : hablan las víctimas del calentamiento global », La Marea, 24 juin 2017. URL : https://www.lamarea.com/2017/06/24/refugiados-climaticos/.

[10Voir (en anglais) Banque mondiale, « The Impacts of Climate Change on Poverty in 2030 and the Potential from Rapid, Inclusive, and Climate-Informed Development », Working Paper, novembre 2015.

[11Voir (en anglais) International Energy Agency, World Energy Outlook 2015, OECD/IEA, 2015 ; (en anglais) Political Economist, « World Energy 2016-2050 : Annual Report », 2016 ; (en anglais) Minqi Li, « World Energy 2017-2050 : Annual Report », 2017.

[12 Voir (en anglais) Dennis Coyne, « World Natural Gas Shock Model », 2015.

[13Voir WWF, « Rapport Planète Vivante 2016 », 2016. URL : https://wwf.be/fr/living-planet-report-2016/.

[14 Voir Conseil d’Administration de l’Évaluation des Écosystèmes pour le millénaire, « Vivre au-dessus de nos moyens. Actifs naturels et bien-être humain », Déclaration du Conseil d’administration, mars 2005.

[16Ibid.

[17Voir par exemple le site Gender Pay Gap qui recense les écarts salariaux entre hommes et femmes : http://genderpaygap.eu/  ; voir aussi (en anglais) Eurostat, « Women in the EU earned on average 16% less than men in 2016 », Eurostat news release, 7 mars 2018. URL : https://ec.europa.eu/eurostat/documents/2995521/8718272/3-07032018-BP-EN.pdf/fb402341-e7fd-42b8-a7cc-4e33587d79aa  ; (en anglais) Veronika Hedija « Sector-specific gender pay gap : evidence from the European Union Countries », Economic Research-Ekonomska Istraživanja, 30:1, 2017. URL : https://www.tandfonline.com/doi/pdf/10.1080/1331677X.2017.1392886.

[18(Traduit de l’anglais) Ilona Kiaušienė, « Comparative assessment of women unemployment and poverty in European Union », Intellectual Economics, Volume 9, Issue 2, août 2015. URL : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1822801115300059  ; voir aussi (en anglais) Frédéric Salladarré et Stéphane Hlaimi, « Women and part time work in Europe », International Labour Review, Vol. 153 (2014), No. 2.

[19(Traduit de l’anglais) Commission européenne – Direction générale Emploi, affaires sociales et inclusion, « Part-time work : A divided Europe », News, 4 mai 2016. URL : http://ec.europa.eu/social/main.jsp?langId=en&catId=1196&newsId=2535&furtherNews=yes

[21La notion d’analphabétisme fonctionnel désigne une incapacité de comprendre ce dont il est réellement question. Cela concerne des personnes qui savent lire, écrire et compter mais qui, dans certaines situations, ne sont pas capables de comprendre des concepts plus complexes.

[22Voir les statistiques officielles de l’année 2013 pour la Bosnie-Herzégovine : http://fzs.ba/index.php/popis-stanovnistva/popis-stanovnistva-2013/konacni-rezultati-popisa-2013/. Pour des statistiques sur l’analphabétisme fonctionnel dans les pays développés de l’UE, voir Justyna Bednarz, « L’analphabétisme fonctionnel des adultes dans les pays riches de l’ouest », Plateforme électronique pour l’éducation et la formation des adultes en Europe (EPALE). URL : https://ec.europa.eu/epale/fr/blog/analfabetyzm-funkcjonalny-doroslych-w-krajach-bogatego-zachodu

[23Voir (en anglais) Luz Solano-Flórez, « 12 Facts About Poverty in Europe », The Borgen Project. URL : https://borgenproject.org/facts-about-poverty-in-europe/  ; Daniel Linotte, « Poverty in the Balkans », European Western Balkans. URL : https://europeanwesternbalkans.com/2017/01/24/poverty-in-the-balkans/.

[24Développée en particulier aux États-Unis sur le Web puis gagnant en dynamisme avec la campagne de Donald Trump en 2016, « l’Alt-right » se veut le nouveau visage, pour certains « présentable », du suprématisme blanc, chrétien et masculin.

[26Voir (en anglais) « Google walkout : global protests after sexual misconduct allegations », The Guardian, 1er novembre 2018. URL : https://www.theguardian.com/technology/2018/nov/01/google-walkout-global-protests-employees-sexual-harassment-scandals

[27(Traduit de l’anglais) Angela Davis, Barbara Ransby, Cinzia Arruzza, Keeanga-Yamahtta Taylor, Linda Martín Alcoff, Nancy Fraser, Rasmea Yousef Odeh et Tithi Bhattacharya, « Beyond Lean-In : For a Feminism of the 99% and a Militant International Strike on March 8 », Viewpoint Magazine, 3 février 2017. URL : https://www.viewpointmag.com/2017/02/03/beyond-lean-in-for-a-feminism-of-the-99-and-a-militant-international-strike-on-march-8/.

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