La Journée mondiale de l’océan, qui a eu lieu le 8 juin dernier, est la première depuis l’entrée en vigueur le 17 janvier du traité des Nations unies sur la protection de la haute mer. Le thème était Réimaginer : au-delà du monde que nous connaissons, une nouvelle relation avec notre océan.
Le message du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a été sans détour. En ces temps troublés, les océans nous rappellent que nos destins sont liés, affirme-t-il. Selon lui, les pays doivent de toute urgence tisser avec les océans de nouvelles relations fondées sur la science, encadrées par le droit international et bâties sur une responsabilité partagée pour promouvoir le développement durable.
Lancée en 1992, cette Journée met en lumière le rôle essentiel que joue l’océan dans la régulation du climat et le maintien de la vie à l’échelle mondiale. Les mers produisent au moins 50 % de l’oxygène de notre atmosphère, captent 90 % de l’excès de chaleur et absorbent un quart des gaz à effet de serre émis par les humains, ce qui en augmente l’acidification.
La dégradation des mers continue
Pendant cette journée, l’organisation intergouvernementale Mercator Océan a rendu publique la seconde édition de son baromètre créé par une équipe d’une trentaine d’experts provenant d’une quinzaine de pays. Si la première édition présentait des changements, dits alarmants, du système océanique, cette année, c’est l’accélération de phénomènes physiques majeurs qui était scrutée. Le réchauffement des mers aurait atteint un niveau record en 2025 et des vagues de canicules marines intenses en juin en auraient atteint 20 %. Il y aurait 84,4 % des 1 685 espèces marines menacées d’extinction, une augmentation de sept espèces par rapport à 2024, qui en aurait subi les effets. Le changement climatique serait maintenant une menace existentielle pour les récifs coralliens.
Les Nations unies ont aussi publié le 8 juin un rapport scientifique sur l’état des océans, auquel 550 scientifiques de 86 pays auraient œuvré de 2021 à 2025. On y apprend qu’en Arctique, les températures augmentent quatre fois plus vite que la moyenne mondiale. Le rythme d’élévation du niveau de la mer aurait augmenté d’un maximum de 1,9 millimètre par an jusqu’en 2015, jusqu’à 4,3 millimètres par an en 2023. En ce qui concerne les déchets plastiques, il y en aurait 52,1 millions de tonnes qui finiraient en mer chaque année, ce qui toucherait plus ou moins gravement environ 4 000 espèces marines.
Malgré l’opposition formulée par 40 pays à l’exploitation des abysses, plus d’une trentaine de contrats d’exploration minière dans les fonds marins auraient déjà été accordés.
La chercheuse à Mercator Océan, Mahé Butel, affirme que la transformation de l’océan crée des crises humaines dont les coûts grandissants nuisent à l’économie mondiale. Les dommages climatiques causés à l’économie maritime auraient été estimés à 48 dollars par tonne de CO₂, ce qui serait l’équivalent du total des coûts causé aux infrastructures, à l’agriculture et à la santé estime la scientiste.
Des filtres UV de crème solaire auraient été détectés dans la chaîne alimentaire des poissons, jusque dans des dauphins. Certains des ingrédients qu’ils peuvent contenir seraient classés cancérigènes et auraient provoqué une mortalité accrue, des perturbations biologiques et endocriniennes chez certaines espèces marines étudiées dans des aquariums. La chercheuse en écotoxicologie marine à l’Observatoire de Banyuls-sur-Mer, Maëva Giraudo, affirme que certains filtres affecteraient aussi des cultures cellulaires humaines.
Des améliorations malgré tout
D’un autre côté, le retour des grands cétacés montre qu’il est possible d’agir pour améliorer les choses. En un an, la couverture des aires marines protégées aurait passé de 8,3 % à 10 %.
La Polynésie française a annoncé ce 8 juin qu’elle va porter à 1,6 million de kilomètres carrés ses zones marines bénéficiant du plus haut niveau de protection. L’exploitation minière sous-marine est interdite sur l’ensemble de ses eaux. Le président Moetai Brotherson espère que cela puisse inspirer d’autres pays à mieux gérer leur relation à l’océan.
Si en juin 2025, 50 pays avaient ratifié le traité sur la haute mer (BBNJ), un cadre juridique de cet espace jugé jusque-là sans loi et couvrant la moitié de la planète, ce nombre est rendu aujourd’hui à 90 pays signataires. L’ambassadeur français pour les océans et les pôles, Olivier Poivre d’Arvor, affirme qu’il vise 120 pays pour la première COP de l’océan, en janvier prochain.
La ministre de la Transition écologique du gouvernement français, Monique Barbut, a aussi annoncé le 8 juin trois nouvelles aires de protection marine forte, soit dans les terres antarctiques et australes françaises, aux Antilles en Guadeloupe et sur la côte ouest en baie d’Audierne.
Encore beaucoup à faire
L’explorateur océanique et aquanaute Fabien Cousteau affirme que les océans supportent la vie sur la planète. Ils contiennent 97 % de l’eau présente sur Terre, occupent 70 % de sa surface et sont des régulateurs climatiques qui s’épuisent.
Un nouvel équilibre doit être établi pour protéger les océans en changeant les habitudes qui nuisent à leur santé. Au lieu de ne consommer que certaines espèces de grands poissons comme le thon ou le saumon, l’humanité doit en valoriser d’autres moins hautes dans la chaîne alimentaire comme la sardine ou le maquereau.
Il y aurait plus de 171 billions de morceaux de plastique qui flotteraient dans les océans ce qui en ferait la principale menace pour la vie marine, une situation qu’il faudrait corriger le plus rapidement possible.
La plus importante mesure à prendre pour aider les océans serait d’arrêter d’émettre des gaz à effet de serre, ce qui aurait bien été démontré cette année pendant cette journée mondiale. Sans cela, la surface de l’océan Arctique pourrait être libre de glace en été dans moins de 30 ans.
Michel Gourd
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