Tiré de Reporterre.net
12 juin 2026
Par Vincent Lucchese
Le changement climatique s’aggrave, cette aggravation s’accélère et le réchauffement atteint un rythme sans précédent. La température planétaire monte au rythme d’environ 0,27 °C par décennie. À comparer à la moyenne de 0,18 °C par décennie mesurée sur cinquante ans. Au total, le climat de la Terre, mesuré sur la moyenne des dix dernières années, a atteint +1,26 °C par rapport à l’ère préindustrielle.
C’est le constat dressé par un consortium international de 73 chercheurs, issus de 56 instituts dans 17 pays, dans leur rapport annuel sur les Indicateurs du changement climatique planétaire (IGCC — Indicators of Global Climate Change). Publiés dans la revue Earth System Science Data le 11 juin, leurs résultats sont le fruit d’une vaste analyse de plus de 40 ensembles de données mondiaux. Et leurs conclusions alarmantes ne sont malheureusement pas surprenantes puisque les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont, elles aussi, continué à augmenter.
1,5 °C de réchauffement désormais inévitable
Ce rapport annuel sur les « indicateurs clés de l’état du système climatique » est une initiative lancée en 2023 par les scientifiques pour éclairer les choix des décideurs politiques. Le réchauffement évolue si vite qu’il leur paraissait nécessaire de mettre à jour régulièrement ces indicateurs depuis le dernier cycle de rapports du Giec, publiés en 2021 et 2022.
Premier de ces indicateurs : notre budget carbone fond comme neige au soleil. Ce « budget » correspond à la quantité de gaz à effet de serre maximum que l’on peut encore émettre dans l’atmosphère tout en conservant 50 % de chance de limiter le réchauffement à 1,5 °C. De 500 milliards de tonnes de CO2 (GtCO2) en 2020, il n’est plus que de 130 GtCO2 début 2026.
« Ce budget carbone sera épuisé avant 2030 aux niveaux actuels d’émissions de CO2. Il est désormais inévitable que le réchauffement planétaire dû aux activités humaines atteigne puis dépasse 1,5 °C », en concluent les auteurs du rapport. Maigre signe d’espoir : si les émissions continuent d’augmenter, le rythme de cette hausse diminue. Dit autrement, les émissions augmentent moins vite que dans les années 2000.
D’autres indicateurs clés mesurent les conséquences de ces émissions. C’est le cas de l’élévation du niveau des mers, qui ne cesse de s’accentuer. En 2025, cette élévation atteint presque les 23 cm par rapport au niveau de 1901, contre à peine 20,2 cm en 2018. Le niveau continuera de monter inexorablement et de plus en plus vite. Sur la période 2006-2025, le rythme atteignait la vitesse moyenne inédite de 3,7 mm par an.
Le rapport IGCC version 2026 intègre aussi un nouvel indicateur : le nombre annuel de jours de vagues de chaleur marines. Celui-ci a plus que triplé entre 1991 et 2025, notent les scientifiques. L’année 2025 a été particulièrement touchée, enregistrant 65 jours de vagues de chaleur marines.
Ces canicules marines ont des effets dévastateurs sur la biodiversité et perturbent tout l’écosystème marin. Avec par exemple comme autre effet délétère, une possible baisse de la capacité de l’océan à capter le CO2. En moyenne, sur la décennie écoulée (2016-2025), les chercheurs comptabilisent environ 58 jours de vagues de chaleur marines par an, contre 36 sur la décennie précédente, soit une hausse de 60 %.
L’accélération du réchauffement en question
Ces indicateurs qui explosent les compteurs témoignent de la récente accélération du réchauffement planétaire. Sur les cinq dernières années, la hausse a été de 0,17 °C, indique le rapport, ce qui est encore plus rapide que le rythme, déjà record, de 0,27 °C par décennie. L’année 2024 avait en particulier battu tous les records en devenant la première de l’histoire à dépasser le niveau de 1,5 °C. L’année 2025 se situe quant à elle à environ +1,39 °C, d’après les chercheurs de l’IGCC.
Les auteurs sont toutefois extrêmement prudents quant aux conséquences à tirer de cette accélération très récente : ces nouveaux records de chaleur sont incontestablement en partie dus à la hausse des gaz à effet de serre, ainsi qu’à la diminution des émissions de certains aérosols polluants, dont l’effet refroidissant masquait une partie du réchauffement. Mais la variabilité naturelle du climat peut aussi jouer un rôle et il est impossible de dégager une tendance climatique de long terme à partir d’une dynamique observée sur à peine quelques années.
Pour tenter d’appréhender ces changements en cours, un autre indicateur que la température est également mobilisé par les climatologues : le déséquilibre énergétique de la Terre. Mesuré par satellite, celui-ci calcule la différence entre l’énergie qui arrive sur la planète (via le rayonnement solaire) et l’énergie qui en ressort (le rayonnement solaire qui est réfléchi ainsi que le rayonnement infrarouge émis par la Terre).
Le gros problème de notre époque, c’est que l’énergie qui entre sur notre planète est plus élevée que celle qui en sort. Essentiellement à cause de l’accumulation des gaz à effet de serre qui piègent cette énergie. Mais ce déséquilibre énergétique ne se reflète pas immédiatement ni totalement dans l’évolution de la température de surface, car ce surplus d’énergie est aussi stocké ailleurs et notamment dans les océans. D’où l’explosion des jours de vague de canicules marines et l’accélération de la montée des mers, par exemple.
Encore douze ans pour éviter 1,7 °C
Mesurer ce déséquilibre énergétique est donc crucial pour saisir ce qu’il se passe dans le système climatique global. Or, ce déséquilibre augmente depuis les années 1970 et a même doublé depuis les années 2000. En sept ans, depuis le niveau retenu dans le dernier rapport du Giec, et celui observé par ce rapport IGCC, le déséquilibre a augmenté de 40 %.
Autrement dit, l’accumulation d’énergie, et donc de chaleur, se fait à un rythme sans précédent sur Terre. C’est la conséquence des perturbations humaines du climat (gaz à effet de serre, aérosols, déforestation, etc.) ainsi que de la réponse du climat à ces perturbations (fonte des surfaces glacées qui réfléchissent le rayonnement solaire, modification de la couverture nuageuse, etc.).
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La grande question, qui fait l’objet de beaucoup de débats parmi les climatologues, c’est à quel point ce déséquilibre énergétique peut s’accentuer et dépasser ce qu’anticipaient les modèles climatiques. La crainte étant que cela puisse être un signe précurseur d’un réchauffement plus intense que prévu.
« Ce déséquilibre énergétique commence à être à la limite de ce qu’on avait imaginé et de ce qui était simulé. Ce n’est pas encore une source d’inquiétude mais un élément de vigilance. L’évolution des températures reste, elle, parfaitement cohérente avec nos modèles », assure Aurélien Ribes, chercheur au Centre national de recherches météorologiques et coauteur du rapport IGCC.
La seule certitude absolue, c’est l’urgence de sortir des énergies fossiles et de réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre. Chaque dixième de degré de réchauffement évité limitant d’autant les catastrophes de l’atrocité climatique en cours. Les auteurs préviennent : le budget carbone restant pour conserver 50 % de chances de limiter le réchauffement à 1,7 °C est de 500 GtCO2. Soit douze années au rythme d’émissions actuel.
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