Édition du 20 janvier 2026

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Planète

Onze idées reçues fausses sur le changement climatique

Dans les différents discours sur le climat, on trouve une multitude d’idées reçues, répétées mille fois sous toutes les formes, qui constituent de fausses pistes et qui, volontairement ou non, conduisent à ignorer les véritables défis ou à croire en des pseudo-solutions. Je ne fais pas ici référence aux discours négationnistes, mais à ceux qui se qualifient eux-mêmes de verts ou durables. Il s’agit d’affirmations de nature très diverse : certaines sont de véritables manipulations, des fausses nouvelles, des mensonges, des mystifications ; d’autres sont des demi-vérités ou des vérités partielles. Beaucoup sont pleines de bonne volonté et de bonnes intentions, des matériaux qui, comme nous le savons, pavent la route de l’enfer. En fait, c’est sur cette route que nous nous trouvons : si nous continuons à faire comme si de rien n’était, même si c’est sous le couvert du vert, dans quelques décennies, nous nous retrouverons dans une situation bien pire que la plupart des cercles de l’enfer décrits par Dante Alighieri dans sa Divine Comédie.

https://vientosur.info/once-lugares-comunes-falsos-sobre-el-cambio-climatico/

26 décembre 2025

Les onze exemples suivants ne sont que quelques-uns des lieux communs à éviter.

1. Il faut sauver la planète.

On le trouve partout : sur les affiches, dans la presse, dans les magazines, dans les déclarations des dirigeants politiques, etc.

En réalité, c’est un non-sens : la planète Terre n’est absolument pas en danger ! Quel que soit le climat, elle continuera à tourner tranquillement autour du soleil pendant les millions d’années à venir. Ce qui est menacé par le réchauffement climatique, ce sont les multiples formes de vie sur cette planète, y compris la nôtre : celle de l’espèce Homo Sapiens.

Sauver la planète donne la fausse impression qu’il s’agit de quelque chose d’extérieur à nous, qui se trouve ailleurs et qui ne nous concerne pas directement. On ne demande pas aux gens de se soucier de leur vie ou de celle de leurs enfants, mais d’une vague abstraction : la planète. Il n’est pas étonnant que les personnes les moins politisées réagissent en disant : « Je suis trop occupé par mes problèmes pour me soucier de la planète ».

2. Faites un geste pour sauver la planète.

Ce lieu commun, infiniment galvaudé, est une variante de la formule précédente.

Il contient une demi-vérité : chacun·e doit contribuer personnellement à éviter la catastrophe. Mais il donne l’illusion qu’il suffit d’accumuler de petits gestes – éteindre les lumières, fermer le robinet, etc. – pour éviter le pire. Ainsi, on écarte – consciemment ou inconsciemment – la nécessité d’opérer des changements structurels profonds dans le mode actuel de production et de consommation ; des changements qui remettent en question les fondements mêmes du système capitaliste, basé sur un seul critère : la maximisation du profit.

3. L’ours polaire est en danger.

C’est une photo que l’on trouve partout, répétée à l’infini : un pauvre ours polaire qui tente de survivre au milieu de blocs de glace à la dérive. Il est vrai que la vie de l’ours polaire, et celle de nombreuses autres espèces des régions polaires, est menacée. Cette image peut éveiller la compassion de certaines âmes généreuses, mais pour la majorité de la population, c’est une question qui ne la concerne pas.

Cependant, la fonte des pôles est une menace non seulement pour le courageux ours polaire, mais aussi, à long terme, pour la moitié, voire plus, de l’humanité qui vit dans les grandes villes côtières. La fonte des immenses glaciers du Groenland et de l’Antarctique peut faire monter le niveau de la mer de plusieurs dizaines de mètres. Or, il suffit de quelques mètres pour que des villes comme Venise, Amsterdam, Londres, New York, Rio de Janeiro, Shanghai ou Hong Kong soient submergées. Certes, cela ne se produira pas l’année prochaine, mais les scientifiques ne peuvent que constater que la fonte de ces glaciers s’accélère... Il est impossible de prévoir à quelle vitesse elle se produira, car de nombreux facteurs sont difficiles à calculer pour l’instant.

En mettant uniquement en avant le pauvre ours polaire, on occulte le fait qu’il s’agit d’un sujet effrayant qui nous concerne tous et toutes...

4. Le Bangladesh risque de souffrir beaucoup du changement climatique.

Il s’agit d’une demi-vérité, pleine de bonne volonté : le réchauffement climatique affectera surtout les pays pauvres du Sud, qui sont les moins responsables des émissions de CO2.

Il est vrai que ces pays seront les plus touchés par les catastrophes climatiques, les ouragans, la sécheresse, la réduction des sources d’eau, etc. Mais il est faux de dire que les pays du Nord ne sont pas touchés, dans une large mesure, par ces mêmes dangers : n’avons-nous pas été témoins de terribles incendies de forêt aux États-Unis, au Canada et en Australie ? Les vagues de chaleur n’ont-elles pas fait de nombreuses victimes en Europe ? Les exemples pourraient être multipliés.

Si l’impression que ces menaces ne touchent que les populations du Sud persiste, seule une minorité d’internationalistes convaincus pourra être mobilisée. Or, tôt ou tard, l’humanité tout entière sera confrontée à des catastrophes sans précédent. Il faut expliquer aux populations du Nord que cette menace les concerne aussi, de manière très directe.

5. D’ici 2100, la température pourrait augmenter de 3,5 degrés (par rapport à la période préindustrielle).

Cette affirmation figure malheureusement dans de nombreux documents sérieux. Elle me semble doublement erronée :

D’un point de vue scientifique : nous savons que le changement climatique n’est pas un processus linéaire, mais qu’il peut connaître des sauts et des accélérations soudaines. De nombreux aspects du réchauffement ont des rétroactions dont les conséquences sont imprévisibles. Par exemple : les incendies de forêt émettent d’énormes quantités de CO2 qui contribuent au réchauffement, intensifiant ainsi les incendies de forêt. Il est donc très difficile de prédire ce qui se passera dans 4 ou 5 ans, comment prétendre prédire ce qui se passera dans un siècle ?

D’un point de vue politique : à la fin du siècle, vous serez tous mort·es, tout comme vos enfants et vos petits-enfants. Comment mobiliser l’attention et l’engagement des gens pour un avenir qui ne les concerne ni de près ni de loin ? Devrions-nous nous préoccuper des générations futures ? Noble pensée, longuement défendue par le philosophe Hans Jonas : notre devoir moral envers celles et ceux qui ne sont pas encore nés. Une petite minorité de personnes très respectables pourrait être touchée par cet argument. Pour le commun des mortels, ce qui se passera en 2100 n’est pas une question qui les intéresse beaucoup.

6. En 2050, nous atteindrons la neutralité carbone.

Cette promesse de l’Union européenne et de divers gouvernements européens et autres n’est ni une demi-vérité, ni une naïve bonne volonté : c’est une pure et simple mystification. Pour deux raisons :

Au lieu de s’engager dès maintenant, immédiatement, à mettre en œuvre les changements urgents exigés par la communauté scientifique (le GIEC) pour les 3 ou 4 prochaines années, nos dirigeant·es promettent des merveilles pour 2050. Il est évidemment trop tard. De plus, étant donné que les gouvernements changent tous les quatre ou cinq ans, quelle garantie avons-nous que ces engagements fictifs seront respectés dans 30 ans ? C’est une façon grotesque de justifier l’inaction actuelle par une vague promesse lointaine.

De plus, la neutralité carbone ne signifie pas une réduction drastique des émissions, bien au contraire ! Il s’agit d’un calcul trompeur basé sur les compensations, sur les mécanismes de compensation : l’entreprise XY continue d’émettre du CO2, mais plante une forêt en Indonésie, qui est censée absorber l’équivalent de ce CO2, si elle ne brûle pas.

Les ONG écologistes ont déjà suffisamment dénoncé la supercherie des compensations, je n’insisterai pas là-dessus. Mais cela montre bien la mystification parfaite que recèle la promesse de la neutralité carbone.

7. Notre banque (ou notre compagnie pétrolière, etc.) finance les énergies renouvelables et participe ainsi à la transition écologique.

Ce lieu commun du greenwashing est également trompeur et manipulateur. Il est vrai que les banques et les multinationales investissent également dans les énergies renouvelables, mais des études précises menées par ATTAC et d’autres ONG ont montré qu’il s’agit d’une petite partie – parfois infime – de leurs opérations financières : la majeure partie continue d’être consacrée au pétrole, au charbon, au gaz... C’est une simple question de rentabilité et de concurrence pour les parts de marché.

Tous les gouvernements raisonnables – contrairement à Trump, Bolsonaro et compagnie – jurent également leurs grands dieux qu’ils se sont engagés en faveur de la transition écologique et des énergies renouvelables. Mais dès qu’un problème survient dans l’approvisionnement en énergies fossiles – récemment avec le gaz, en raison de la politique agressive de la Russie –, on se tourne vers le charbon, en réactivant les centrales électriques au lignite, ou on implore la (sanglante) famille royale d’Arabie saoudite d’augmenter la production de pétrole.

Les beaux discours sur la transition écologique cachent une vérité déplaisante : il ne suffit pas de développer les énergies renouvelables. Tout d’abord, celles-ci sont intermittentes : le soleil ne brille pas toujours dans le nord de l’Europe... Il est vrai qu’il existe des avancées techniques dans ce domaine, mais elles ne peuvent pas tout résoudre. Et surtout, les énergies renouvelables nécessitent des ressources minières qui peuvent s’épuiser. Si le vent et le soleil sont des biens illimités, ce n’est pas le cas des matériaux nécessaires pour les exploiter (lithium, terres rares, etc.). Il faudra donc envisager une réduction de la consommation globale d’énergie et une décroissance sélective : des mesures inimaginables dans le cadre du capitalisme.

8. Grâce aux techniques de capture et de séquestration du carbone, la catastrophe climatique sera évitée.

Cet argument est de plus en plus utilisé par les gouvernements, et on le retrouve même dans certains documents sérieux (par exemple, ceux du GIEC). C’est l’illusion d’une solution technologique miracle qui sauverait le climat sans rien changer à notre mode de production (capitaliste) et à notre mode de vie.

Malheureusement, la triste réalité est que ces techniques miracles de capture et de séquestration du carbone atmosphérique sont loin d’être une réalité. Certes, quelques tentatives ont été faites et quelques projets sont en cours ici et là, mais pour l’instant, on ne peut pas dire que cette technologie soit efficace et opérationnelle. Elle n’a pas encore résolu les difficultés liées à la capture et au piégeage (dans des régions souterraines imperméables aux fuites). Et rien ne garantit qu’elle y parviendra à l’avenir.

9. Grâce à la voiture électrique, les émissions de gaz à effet de serre seront considérablement réduites.

Il s’agit là d’un autre exemple de demi-vérité : il est vrai que les voitures électriques sont moins polluantes que les voitures thermiques (essence ou diesel) et donc moins nocives pour la santé des citadins. Cependant, du point de vue du changement climatique, leur bilan est beaucoup plus ambigu. Elles émettent moins de CO2, mais contribuent à un désastre électrique. Or, dans la plupart des pays, l’électricité est produite à partir d’énergies fossiles (charbon ou pétrole).

Les faibles émissions des voitures électriques sont compensées par l’augmentation des émissions résultant de la consommation accrue d’électricité. En France, l’électricité est produite à partir de l’énergie nucléaire, autre impasse. Au Brésil, ce sont les méga-barrages qui détruisent les forêts et sont donc responsables d’un bilan carbone peu reluisant.

Si l’on veut réduire drastiquement les émissions, on ne peut pas échapper à une réduction significative de la circulation des voitures privées, grâce à la promotion de modes de transport alternatifs : transports publics gratuits, zones piétonnes, pistes cyclables. La voiture électrique entretient l’illusion qu’il est possible de continuer comme avant en changeant de technologie.

10. C’est grâce à des mécanismes de marché, tels que les taxes sur le carbone, les marchés des droits d’émission ou l’augmentation du prix des énergies fossiles, que l’on parviendra à réduire les émissions de CO2.

Pour les écologistes sincères, il s’agit d’une illusion ; dans la bouche des dirigeant·es, c’est une mystification.

Les mécanismes de marché ont partout démontré leur totale inefficacité pour réduire les gaz à effet de serre. Non seulement ce sont des mesures antisociales, qui visent à faire payer aux classes populaires le prix de la transition écologique, mais surtout, elles sont incapables de contribuer de manière substantielle à la limitation des émissions.

L’échec spectaculaire des marchés du carbone institués par les accords de Kyoto en est la meilleure illustration.

Ce n’est pas avec des mesures indirectes et incitatives, basées sur la logique du marché capitaliste, que l’on pourra freiner le pouvoir absolu des énergies fossiles, qui font fonctionner le système depuis deux siècles. Pour commencer, il faudra exproprier les monopoles capitalistes de l’énergie et créer un service public de l’énergie dont l’objectif sera de réduire drastiquement l’exploitation des combustibles fossiles.

11. Le changement climatique est inévitable, nous ne pouvons que nous y adapter.

Ce type d’affirmations fatalistes se retrouve dans les médias et parmi les responsables politiques. Par exemple, Christophe Bechu, ministre de la Transition écologique du nouveau gouvernement Macron, a récemment déclaré :

« Puisque nous ne pourrons pas éviter le réchauffement climatique, quels que soient nos efforts, nous devons en limiter les effets et nous y adapter ».

C’est une excellente recette pour justifier l’inaction, l’immobilisme et l’abandon de tout effort visant à éviter le pire. Cependant, les scientifiques du GIEC ont clairement expliqué que, même si le réchauffement a déjà commencé, il est encore possible de ne pas dépasser la ligne rouge des 1,5 degré, à condition de commencer immédiatement à réduire de manière très significative les émissions de CO2.

Il est vrai qu’il faut essayer de s’adapter. Mais si le changement climatique devient incontrôlable et s’accélère, l’adaptation n’est qu’une illusion. Comment s’adapter à des températures de 50 °C ?

Nous pourrions multiplier les exemples. Tous mènent à la conclusion que si nous voulons éviter le changement climatique, nous devons changer le système, c’est-à-dire le capitalisme, et le remplacer par une autre forme de production et de consommation. C’est ce que nous appelons l’écosocialisme. Mais c’est le sujet d’un autre texte...

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