Édition du 17 mai 2022

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Environnement

Protection du caribou forestier : un champ de compétence à reboiser

PESSAMIT, QC, le 21 avril 2022 - Le Conseil des Innus de Pessamit interpelle le ministre fédéral de l’Environnement et du Changement climatique, l’Honorable Steven Guilbeault, et lui donne trois mois pour appliquer l’article 61 de la Loi sur les espèces en péril. À échéance, le Conseil prendra toutes les dispositions nécessaires afin de forcer cette action.

Les taux de perturbations dans l’habitat essentiel du caribou forestier ne cessent de s’accroître réduisant de jour en jour nos probabilités de maintenir l’espèce, ainsi que le lien fondamental qui nous unit à Atiku.

Depuis près de 15 ans que nos membres font le sacrifice de suspendre leurs activités de chasse au caribou forestier, malgré les pertes culturelles inestimables que cela entraîne. Nous avons déployé des efforts considérables dans la protection de l’espèce et de notre culture qui sont intimement liées. Nous avons participé activement à tous les forums mis en place par le gouvernement du Québec, où nous y avons proposé des solutions dans un souci constant d’ouverture et de conciliation avec les divers usages de la forêt.

En contrepartie, le gouvernement du Québec reste volontairement inefficace face à l’urgence d’agir pour rétablir le caribou et refuse constamment nos invitations à dialoguer de Nation à Nation. Il nous renvoie plutôt à sa commission indépendante. Or, dans sa forme actuelle, la commission ne constitue pas un cadre qui permet au gouvernement du Québec de se décharger de son obligation de consulter de façon distincte notre Première Nation.

Champ de compétence ou champ d’incompétence ?

Les mesures misent en place par le gouvernement provincial ne permettent pas de freiner l’augmentation du taux de perturbation dans l’aire de répartition du caribou, puis elles ne contribuent pas au besoin urgent de restaurer son habitat. En 2020, le ministère et son ministre sont même allés jusqu’à lever leurs mesures de protection sur trois massifs caribou, dont celui de la Péribonka sous prétexte qu’il n’y avait pas de caribou. Or, leur propre inventaire réalisé la même année révélait la présence d’une harde de neuf individus dans le massif.

Quant à la commission indépendante sur les caribous forestiers et montagnards, elle ne constitue qu’un processus de plus au stratagème du gouvernement du Québec pour reporter à plus tard la prise de décisions.

Recul imminent de l’aire de répartition du caribou forestier vers le nord

La situation est critique pour le caribou forestier du Pipmuakan. En plus du taux de perturbation qui ne fait que s’accroître et le taux de recrutement constamment à la baisse, c’est le risque d’isolement qui guette maintenant la population. Sans action rapide, le caribou du Pipmuakan pourrait se retrouver dans la même situation que les populations de Val-d’Or et de Charlevoix, occasionnant un recul majeur de l’aire de répartition continue du caribou forestier vers le nord.

L’aire protégée Pipmuakan : une solution au rétablissement et à la réconciliation

En 2020, Pessamit a déposé au gouvernement du Québec un projet d’aire protégée d’initiative autochtone au Pipmuakan qui vise à protéger l’habitat du caribou et le patrimoine culturel innu. Le projet d’aire protégée Pipmuakan constitue une solution clé en main pour contribuer au rétablissement de l’espèce au Québec, ainsi qu’à la réconciliation entre nos peuples.

La Première Nation des Innus de Pessamit à bout de patience

Les gouvernements ne peuvent nier notre présence millénaire sur le territoire et l’importance pour nous de conserver notre lien à Atiku, afin d’assurer notre survie culturelle. Ils doivent honorer leurs engagements concernant la réconciliation, puis respecter leurs obligations constitutionnelles envers les Premières Nations, ainsi que leurs obligations légales relatives à la protection des espèces menacées.

Le grand duel du champ de compétence a assez duré, la bataille pour l’exclusivité du pouvoir de ne rien faire doit cesser, travaillons ensemble dans un esprit de réconciliation pour la protection du caribou et du patrimoine culturel innu.

Conseil des Innus de Pessamit

https://pessamit.org/

La réserve indienne de Pessamit est située à environ 50 km en amont de Baie-Comeau. En 2005, le conseil de bande de Betsiamites a été remplacé par le conseil des Innus de Pessamit et, le 6 novembre 2008, la Commission de toponymie acceptait le changement du nom Réserve indienne de Betsiamites pour celui de Réserve indienne de Pessamit. Les habitants d’un village montagnais ont été identifiés dès les premières explorations européennes. Champlain en rapporte en effet la présence sur sa carte de 1632 où il fait mention des Sauvages Bersiamiste. Sous le Régime français, un poste de traite était établi à l’embouchure de la rivière Betsiamites. Désigné sous le nom Pointe-des-Bersimites par Hocquart en 1733, on pense cependant qu’il était localisé sur la rive ouest de la rivière plutôt que sur la rive est où le village se situe actuellement. Les registres de la mission de Notre-Dame-de-Betshiamits s’ouvrent en 1845 et c’est probablement à cette époque que démarre l’évolution en parallèle des formes Betsiamites et Bersimis. Du côté des Montagnais et des missionnaires oblats dont Charles Arnaud et Louis Babel, c’est la première forme qu’on utilise. La seconde est cependant privilégiée par l’amiral Bayfield lorsqu’il fit les relevés hydrographiques du Saint-Laurent entre 1837 et 1848 et par la Compagnie de la Baie d’Hudson lorsqu’elle vint s’y établir en 1855. Par ailleurs, à partir de 1860 environ, un petit noyau industriel se développe sur la rive ouest et c’est là surtout que Bersimis acquiert sa popularité. Un bureau de poste y est établi sous ce nom en 1863 puis sous ceux Moulin-Bersimis, en 1910, et de Rivière-Bersimis, en 1945. Il faut se rappeler que, vers 1900, la population y est plus importante que du côté du village montagnais. Là, le bureau de poste porta le nom Notre-Dame-de-Betshiamits de 1881 à 1898. Remplacé par celui de Bersimis de 1898 à 1919, il reprit ensuite le nom Betsiamites quand les habitants en firent la demande et que la Commission de géographie du Québec réussit à convaincre son homologue fédéral du bien-fondé de cette position. Malgré cela et en dépit du fait que la réserve ait été établie sous le nom Betsiamites en 1861, l’usage administratif a, le plus souvent, favorisé Bersimis à tel point qu’Hydro-Québec y a exclusivement recours dans ses aménagements de la rivière dans les années 1950. C’est en 1981 que le conseil de bande entreprend de renverser la tendance en faisant la promotion de Betsiamites. L’anthropologue Frank G. Speck avançait en 1931 l’hypothèse que le nom pourrait signifier ceux qui arrivent par la rivière. Toutefois, la plupart des auteurs s’entendent pour accorder à ce toponyme montagnais « Pessamit » le sens de lieu où il y a des sangsues ou des lamproies ou anguilles de mer.

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