Édition du 4 mai 2021

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Europe

Total, un pilier historique de l’impérialisme français

La géopolitique du pétrole français née avec la Première Guerre mondiale où la mécanisation des armées, fait du pétrole un enjeu majeur. La France est alors dépendante des Américains et Britanniques pour ces importations en carburants. Pour rompre la dépendance des trusts anglo-saxons, l’Etat français décide en 1924 de créer la Compagnie Française des pétroles -CFP- en associant de gigantesques capitaux d’Etat et capitaux privés.

Paru sur le site Révolution Permanente
2021-01-21

Cette nouvelle entreprise sera dédiée à l’accaparement et l’exploitation des ressources gazières et pétrolière dans le monde, pour le compte de l’État et des banques françaises. Quatre ans après sa création, la CFP effectua sa première découverte pétrolière en Irak avec le champ de Kirkouk.

Total, une machine de guerre pour l’exploitation des ressources des pays dominés

C’est en Algérie que la CFP va faire de la France une puissance pétrolière. En 1956, d’énormes gisements pétroliers estimés à 7 milliards de barils sont découverts dans le Sahara. Ils permettront à la France de passer du statut de pays importateur de pétrole à celui d’exportateur. La longue durée de la guerre d’Algérie s’explique en partie par la volonté de la bourgeoisie française de sauvegarder ses intérêts pétroliers au Sahara. Mais même après l’indépendance, CFP-Algérie conserve ces concessions d’exploitation grâce aux accords d’Evian dans lesquels les compagnies françaises obtiennent un droit de propriété du sol et du sous-sol dès lors qu’elles avaient une concession. En somme, la manne pétrolière algérienne reste largement aux mains des Français ; une situation qui perdure jusqu’à nos jours.

CFP qui deviendra Total, fut moins impliqué sur le reste du continent africain au cours du 20eme siècle ; mais l’entreprise a hérité des méthodes de la Françafrique largement utilisées par Elf, l’autre géant du pétrole français avant son rachat par Total. Elf Aquitaine a été créé en 1966 suite à la découverte de pétrole au Gabon puis a gangréné le pré-carré français pendant plusieurs décennies : financement de dictateurs comme au Cameroun, mascarades électorales au Gabon, coups d’État sanglants et guerres civiles au Congo-Brazzaville en 1997. La république a largement fait recours à une diplomatie parallèle en étroite collaboration avec l’armée pour assouvir les intérêts d’Elf sur le continent.

Après une série de scandales, Elf finit devant la justice sans pour autant que les enquêtes débouchent sur de véritables condamnations. En 2000, la firme est rachetée par Total qui hérite du système de corruption et du réseau.

Depuis, Total n’hésite pas à utiliser son nouveau réseau et son statut de monopole du pétrole français pour pratiquer l’ingérence dans le monde entier. Pour ne parler que des affaires les plus connues, l’affaire “Pétrole contre nourriture” qui débute en 2002 va démontrer des faits de « complicité d’abus de biens sociaux et complicité de corruption d’agents publics étrangers ». L’objectif était d’obtenir de nouveaux contrats juteux en Irak. Total sera impliqué dans des faits similaires en 2006, pour des affaires de corruption avec les autorités iraniennes et camerounaises…

Les liens entre Total (et ses prédécesseurs) et l’Etat ont donc toujours été directs et étroits : dans son article « Total, un gouvernement bis », Alain Deneault décrit l’exceptionnelle « symbiose entre l’entreprise et les pouvoirs publics français », illustrée par les transferts de personnalités entre les bureaux des ministères et ceux de Total. Dernier cas en date : l’arrivée à Total en tant que directeur des Affaires publiques de Jean-Claude Mallet, conseiller spécial de Jean-Yves Le Drian et au service de l’État depuis plus de 40 ans sur les questions stratégiques et de défense.
L’actualité des pratiques d’ingérence de Total

Aujourd’hui, Total est la plus grosse entreprise française et le quatrième major mondial du pétrole et du gaz qui use d’un régime clientéliste dans les anciennes colonies d’Afrique. Durant l’insurrection Libyenne de 2011, Total a profité de la situation pour avancer ses intérêts dans la région. Appuyée par l’intervention militaire française, Total s’est octroyé des parts d’exploitation bien plus amples qu’auparavant. L’action du groupe a ainsi bondi de 4% en à peine 6 mois, grâce à ces nouvelles acquisitions. Depuis, Total n’a cessé d’investir la région gangrenée par l’insécurité et où les coûts de production restent des plus bas dans le monde.

Au Nigéria, Total est implantée en 1964. Depuis, les populations locales souffrent de façon croissante des impacts environnementaux et sociaux liés à l’exploitation du pétrole. En 2015 Les amies de la terre et L’observatoire des multinationales publiaient un rapport sur ce qui se cachait derrière le mythe du “gaz propre” et une campagne publicitaire “Engagé pour une énergie meilleure ». Ce contre-rapport met notamment en lumière le torchage de gaz réalisé en Egiland situé dans le delta du Niger et des activités provoquant des dégâts irréversibles sur les populations, l’environnement et le climat.

Une accaparation des ressources naturelles qui en plus n’apporte rien aux populations, ou bien qui apporte la pollution et la misère pour les populations qui vivent du travail de la terre qui dépendent de la qualité des eaux. Des opérations qui restent totalement impunies liées à l’absence de tout cadre légal concernant les actions des multinationales à l’étranger.

Dernier projet en date de Total en Ouganda : des dizaines de milliers de personnes ont été expulsées sans compensation financière. Le projet serait installé au cœur d’un parc naturel en Ouganda, représentant une menace directe pour les écosystèmes du lac Albert, un affluent du Nil. Environ 6 millions de personnes vivraient de la pêche et de l’agriculture dans la région affectée par le projet. Mais les conséquences de ce projet impérialiste ne s’arrêtent pas là, c’est aussi la situation sécuritaire qui se verrait aggravée, en effet les tensions avec la république du Congo pourraient s’aggraver, les deux pays se disputant les ressources pétrolières de la région.

Pourquoi Total s’empêcherait de corruption ou de dégâts environnementaux inconsidérés alors que les mises en examens mènent rarement à des condamnations qui se limitent à de simples amendes qui ne sont que des coûts intégrés dans l’acquisition de nouveaux marchés.

C’est en ce sens que la lutte actuelle des salariés de la raffinerie de Total à Grandpuits revêt un certain caractère anti-impérialiste dans le sens où les grévistes en se battant pour l’emploi dénoncent également le faux « tournant vert » de la multinationale et surtout les méga projets dévastateurs pour l’environnement, notamment en Afrique.

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