Édition du 3 décembre 2019

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Syndicalisme

Bilan 2016 et perspectives 2017 - Gouvernement Couillard : un bilan lamentable, constate la CSN

MONTRÉAL, le 4 janv. 2017 - L’année qui commence sera particulièrement animée pour la Confédération des syndicats nationaux (CSN) avec la tenue de son 65e Congrès, en juin à Montréal, et la négociation des conventions collectives de quelque 600 syndicats et sections. « Mais une action soutenue sur le front social et politique demeure essentielle, a précisé le président Jacques Létourneau, car nous avons devant nous un gouvernement pro-patronal, loin du monde ordinaire. Il n’est donc pas surprenant que son bilan soit lamentable. »

Le porte-parole syndical estime que le début de 2017 sera déterminant et conditionnera la fin du mandat du gouvernement Couillard. Lorsqu’il a été élu, en avril 2014, Philippe Couillard s’était engagé à devenir « le premier ministre de tous les Québécois ». « Il doit maintenant s’activer à le démontrer, a déclaré le président de la CSN. Ses priorités doivent être de profiter du prochain budget pour réinvestir massivement dans les programmes de l’État, de relever substantiellement le salaire minimum et de permettre un développement économique créateur d’emplois de qualité et respectueux de l’environnement. C’est ce qui nous animera en 2017. »

Un réinvestissement massif nécessaire

Après deux ans et demi d’austérité, le temps est venu de réinvestir massivement dans les services publics et les programmes sociaux. La réforme Barrette dans la santé et les services sociaux a durement atteint l’accessibilité et la qualité des services, tout en détériorant les conditions de travail de celles et de ceux qui les donnent. Décriée de toutes parts, des syndicats aux gestionnaires en passant par des médecins et même la commissaire à l’éthique par intérim, Anne Robitaille, cette réforme ouvre la voie à des privatisations et centralise à l’extrême les pouvoirs entre les mains du ministre.

« La situation dans les CHSLD et dans les centres jeunesse n’a jamais été aussi dramatique, a dénoncé Jacques Létourneau. Les transferts des CLSC vers les GMF ont dénaturé les services sociaux et privé la population de services essentiels. La centralisation des laboratoires, avec le projet Optilab, connaît déjà des ratées troublantes, comme le rapportent certains médias. La manipulation et le transport d’échantillons sur de grandes distances par des entreprises du secteur privé comportent des risques d’erreurs et des enjeux de sécurité que nous devons dénoncer. Avec notre campagne Ma place en santé, j’y tiens !, nos membres continuent à se mobiliser pour dénoncer les effets de cette réforme austère et revendiquer un réinvestissement majeur dans le réseau. »

Avec le surplus de 1,7 milliard de dollars constaté par le ministre Leitão, au début décembre, sans compter celui de 3,7 milliards atteint l’an dernier, la CSN estime qu’il est maintenant temps de réinvestir massivement dans les programmes qui ont été décimés par les mesures d’austérité, en suspendant les versements au Fonds des générations : la santé et les services sociaux, l’éducation, les services de garde éducatifs, l’aide sociale, la protection de l’environnement et de la faune, l’application de la charte de la langue française, et le financement des groupes communautaires.

« Nous avons proposé au gouvernement qu’il accroisse les revenus de l’État, a rappelé Jacques Létourneau. La lutte à l’évitement fiscal et aux paradis fiscaux, l’instauration d’un impôt minimum pour les entreprises, l’ajout de paliers d’imposition pour les particuliers les plus fortunés seraient de bons moyens. Il doit aussi s’attaquer aux deux principales causes de la hausse des dépenses du réseau de santé, soit la rémunération des médecins, qui doit être revue, et les prix des médicaments, en instaurant un régime public d’assurance médicaments. L’équilibre budgétaire ne doit plus être maintenu par des coupes dans les programmes. »

Un hausse significative du salaire minimum

Pour la CSN, membre de la coalition 5-10-15 qui milite pour réformer les normes du travail et pour hausser le salaire minimum à 15 $ le plus tôt possible, le gouvernement doit donner le ton en annonçant une augmentation significative du salaire minimum pour le 1er mai. « La ministre Vien ne doit pas céder au chant des sirènes patronales qui évoquent les pires scénarios découlant d’une telle hausse, a poursuivi Jacques Létourneau. Elle doit aller beaucoup plus loin que ses prédécesseurs qui avaient augmenté de 0,50 $ l’heure par année le salaire minimum entre 2008 et 2010.

« Il n’est pas normal qu’une personne vive dans la pauvreté en travaillant à temps plein. Contrairement à ce que plaident les patrons, les mesures fiscales sont des compléments utiles au salaire minimum, dans des politiques de lutte à la pauvreté. Elles ne doivent pas se substituer à leur responsabilité de verser un salaire décent à leurs employé-es, surtout dans un contexte où les charges fiscales des employeurs ne cessent de diminuer. Agir ainsi équivaudrait à subventionner, avec les impôts des contribuables, les emplois à bas salaire. »

Peu avant les Fêtes, les libéraux avaient fièrement annoncé la réduction de la contribution patronale à la Loi sur les normes du travail, une mesure qui s’ajoute à toutes les autres qui ont diminué le fardeau fiscal des entreprises, dont le taux effectif marginal d’imposition sur l’investissement est passé de 34,5 % en 1998, à 24,1 % en 2008, puis à 18,8 % en 2012.

Emplois : absence de vision

Au regard du développement économique, le bilan du gouvernement Couillard n’est guère élogieux. « Il aurait dû suivre l’exemple de son homologue au fédéral en investissant pour soutenir la création d’emplois, a réagi le président de la CSN. Au rythme où vont les choses, il n’atteindra jamais son engagement de créer 250 000 emplois et encore faudrait-il que ceux qui sont créés soient de qualité et non atypiques, comme le démontre la tendance des dernières années. »

La formation du Conseil consultatif sur l’économie et l’innovation, composé essentiellement de figures patronales, et le ton qu’il donne aux Rendez-vous de la main-d’œuvre en voulant orienter l’enseignement post-secondaire vers les seuls intérêts des entreprises, sont d’autres exemples du parti pris patronal de ce gouvernement.

En route vers le 65e Congrès

Depuis octobre, les syndicats affiliés sont consultés sur de grandes revendications devant mener à la rédaction d’un manifeste qui sera présenté au 65e Congrès de la CSN, qui se tiendra en juin à Montréal. L’instance permettra aux quelque 2000 délégué-es syndicaux d’élaborer un plan d’action porteur d’un projet social pour contrecarrer le néoconservatisme qui domine dans les officines du pouvoir au Québec.

« L’échéance est le prochain scrutin québécois où nous interviendrons pour que les partis s’engagent sur des éléments d’un projet progressiste pour le Québec », a conclu le président de la CSN.

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