Édition du 27 septembre 2022

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Europe

Cette fois, l'Espagne se rapproche de la banqueroute

Moins de six mois après son entrée en fonction, Mariano Rajoy se débat pour éviter le pire des scénarios à ses yeux : un plan d’aide de plusieurs centaines de milliards d’euros, débloqué d’urgence par l’Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI), afin d’empêcher la banqueroute de l’Espagne. Pour le chef du gouvernement espagnol, cette option serait une humiliation.

05 juin 2012 | Par Mediapart.fr

L’Espagne, quatrième économie de la zone euro, rejoindrait la Grèce, l’Irlande et le Portugal dans la liste des pays assistés de l’Union. Et se trouverait soumise du jour au lendemain aux ordres de l’impopulaire « Troïka » (FMI, Commission, Banque centrale européenne).

« Une intervention n’est pas nécessaire. En aucune manière », a encore répété lundi Maria Dolores de Cospedal, secrétaire générale du Parti populaire (PP, au pouvoir), reprenant les éléments de langage habituels du gouvernement. Dimanche, un porte-parole du PP au parlement avait pourtant dit tout autre chose, jugeant qu’il ne fallait désormais « pas exclure » cette hypothèse, preuve du désordre en coulisses.

L’accélération de la crise bancaire, depuis un mois, bouscule les projets de Rajoy, qui avait promis de restaurer la « crédibilité » de l’Espagne après les errements du deuxième mandat Zapatero. Le gouvernement a déjà injecté, ou s’apprête à le faire, un total de 23,5 milliards d’euros pour tenter de sauver Bankia, poids lourd financier né de la fusion de sept caisses d’épargne régionales, et jusqu’à peu dirigée par Rodrigo Rato, l’ex-patron du FMI. Depuis, l’Espagne est au cœur de la tourmente. L’exposition des banques au secteur immobilier continue d’effrayer les marchés. Rajoy, allié officiel d’Angela Merkel, peine à dégager des marges de manœuvre.

Un scénario « à l’irlandaise » n’est plus exclu, où Madrid s’endetterait massivement pour sauver son système financier, et se trouverait donc contraint de conclure un « bail-out » avec Bruxelles. Ce sauvetage renforcerait encore les politiques d’austérité en vigueur dans la péninsule. Rajoy fait tout pour éviter cette perspective explosive, qui signerait sans doute son échec politique, six mois après son élection.
Le conservateur milite, à Bruxelles, pour que le Mécanisme européen de stabilité (MES), un fonds européen censé venir en aide aux pays dans le besoin, puisse directement recapitaliser les banques des Etats en difficulté. La manœuvre aurait le mérite d’épargner les comptes publics espagnols. La piste, ardue, fait son chemin, et Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires économiques, l’a même défendue, lundi 4 juin, à Bruxelles, marquant une inflexion des positions de la Commission sur le sujet.

« Cela peut donner l’impression d’une énième précision technique, dans les méandres des discours ennuyeux que l’on entend à Bruxelles, mais c’est un changement d’importance vitale pour l’Espagne », s’enthousiasmait mardi le quotidien El País. Paris y est aussi favorable. Sauf que Berlin, sur le dossier, est sur la défensive. Et beaucoup d’observateurs doutent de la capacité du MES à intervenir, à très court terme, pour sauver les banques espagnoles.
À l’inverse d’un Mario Monti, chef du gouvernement italien, non élu et toujours autant apprécié des marchés, Mariano Rajoy, qui jouit d’une majorité absolue à l’Assemblée, peine à convaincre. « Le ballon se dégonfle », avait jugé dès le mois de mars l’hebdomadaire The Economist, qui avait fait de Zapatero l’une de ses bêtes noires. « Ce gouvernement donne l’impression de courir comme un poulet sans tête », a critiqué lundi l’un des dirigeants du parti socialiste, estimant que l’exécutif se montrait incapable de générer de la confiance. Pourtant, le conservateur espagnol n’a pas chômé, pour plaire aux « investisseurs » comme à Bruxelles.

La réforme du marché du travail n’a pas suffi

Son principal fait d’armes depuis son arrivée au pouvoir est une réforme du marché du travail musclée, dans la droite ligne des « réformes structurelles » chères à Angela Merkel et José Manuel Barroso, le patron de la Commission, vers davantage de flexibilité : le texte facilite les licenciements collectifs, autorise les patrons d’entreprise à baisser de manière unilatérale les salaires de leurs employés, et réduit les périodes d’indemnisation après un licenciement. La loi avait valu à Mariano Rajoy sa première grève générale, fin mars, à peine cent jours après son entrée en fonction.

Mais cela n’a pas suffi au chef du gouvernement pour convaincre de son « sérieux ». Certains le critiquent pour avoir trop tardé, dans la foulée de son élection, à annoncer de nouveaux milliards d’économie dans le budget 2012 (ce fut finalement chose faite fin mars). D’autres déplorent la relative cacophonie au sein du gouvernement, dans la gestion de la crise. Mais c’est surtout le feuilleton Bankia qui alimente son procès en lenteur et en incompétence. Mario Draghi, le patron de la BCE, n’a pas mâché ses mots, devant le Parlement européen la semaine dernière : Madrid « a fait les choses de la pire des manières possibles » dans le dossier Bankia, en retardant le plus possible l’intervention des pouvoirs publics.

« Ce qu’illustre le cas de Bankia, c’est que la réaction des gouvernements ou des superviseurs nationaux, face à des besoins de recapitalisation de grande ampleur, consiste à sous-estimer l’ampleur du problème, à présenter une première, puis une deuxième, puis une troisième, puis une quatrième évaluation de la situation. Et à la fin, tout le monde fait ce qu’il faut faire, mais au coût le plus élevé possible », s’est lamenté Draghi. Les capitales espèrent donc que Madrid n’attendra pas le dernier moment, cette fois, avant de demander l’aide financière du FMI et de Bruxelles. Sinon, la facture, mettent-ils en garde, pourrait exploser.

Le Galicien n’a toutefois pas attendu la crise Bankia pour apparaître fragilisé. Les élections régionales en Andalousie, fin mars, furent une première claque pour Rajoy. Le PP était donné grand favori des sondages, mais le parti n’est arrivé en tête que d’un cheveu, et n’a pas réussi à prendre le pouvoir d’une communauté autonome décisive pour sortir le pays de la crise. Lors des élections générales en novembre, Rajoy avait obtenu 46 % des voix. Le score du PP, cinq mois plus tard, était tombé à 41 %… (lire notre article sur le sujet).

Avec la Catalogne, elle aussi de plus en plus critique à l’égard de l’exécutif national, l’Andalousie est donc l’autre région qui échappe au contrôle de Mariano Rajoy. C’est un handicap considérable pour le chef du gouvernement, qui doit à tout prix réduire l’endettement des communautés espagnoles (13 % du PIB) s’il veut rétablir la confiance. Il risque en effet d’avoir du mal à imposer ses politiques de rigueur à Séville et, dans une moindre mesure, à Barcelone.

Pour reprendre un peu de couleurs, Rajoy doit désormais compter sur la clémence de ses partenaires. Après un intense lobbying de Madrid, la Commission européenne vient de proposer de lâcher du lest, et de repousser d’un an, à 2014, la date limite à laquelle l’Espagne doit réduire à 3 % son déficit. Reste à savoir si les ministres des finances de l’Union, qui décident en dernière instance, suivront. Sur ce front, François Hollande pourrait s’avérer être un précieux allié de Madrid.

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