Édition du 24 janvier 2023

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Chronologie de l'affaire Bettencourt

Retour sur le scandale politico-financier qui met en cause le ministre du Travail Eric Woerth : trois semaines de révélations en cascade.

Jeudi 10 juin

Olivier Metzner, avocat de Françoise Meyers-Bettencourt révèle dans Le Nouvel Observateur qu’un « document explosif » risque de faire basculer les Français dans le camp de la fille de la milliardaire dans le procès contre le photographe François-Marie Banier. Le suspense est entier jusqu’à la semaine suivante.

Mercredi 16 juin

Le site internet Mediapart publie les transcriptions d’enregistrements pirates de conversations entre Liliane Bettencourt et le gestionnaire de sa fortune Patrice de Maistre. Ils révèlent des "opérations financières destinées à échapper au fisc", des "relations avec le ministre Woerth et son épouse", alors chargée de la gestion de la fortune de Liliane Bettencourt (de 2007 à début 2010) et une ingérence de l’Elysée dans ses affaires. On y apprend notamment que l’ancien ministre du Budget a permis à Liliane Bettencourt d’obtenir un bâtiment de l’hôtel de la Monnaie. Elle aurait également signé des chèques à l’adresse de Valérie Pécresse, Eric Worth et Nicolas Sarkozy.

Jeudi 17 juin
Mediapart accuse le couple Woerth de conflits d’intérêts. Pour illustrer cette accusation, le journal publie un extrait où Patrice de Maistre parle d’évincer Florence Woerth contre une somme d’argent, pour ne pas froisser le ministre.

Lundi 21 juin

Mediapart persiste et signe en publiant directement les fameux extraits sonores. De son côté, Liliane Bettencourt affirme qu’elle va procéder à la régularisation fiscale de « l’ensemble de [ses] avoirs familiaux qui seraient encore à l’étranger », confirmant notamment l’existence d’un compte en Suisse. Eric Worth annonce officiellement la démission de sa femme de la société Clymène, gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt, justifiant du même coup les accusations de conflits d’intérêts.

Mercredi 23 juin

Le Nouvel Observateur révèle qu’Eric Woerth, en 2008, a remis la Légion d’honneur à Patrice de Maistre, alors que le ministre s’efforce depuis le début de l’affaire de montrer l’absence de relations personnelles avec lui.

Vendredi 25 juin

Par le biais du site Bakchich.info, on apprend qu’Eric Woerth ne pouvait « rien ignorer des manigances » entre François-Marie Banier et l’héritière de L’Oréal, puisque le premier faisait l’objet d’une enquête par le fisc depuis 2008. Eric Woerth est alors obligé de s’expliquer : il avait lui-même autorisé, en 2009, le contrôle fiscal du photographe.

Mardi 29 juin

Mediapart, coriace, s’aperçoit de l’existence d’un obscur parti politique, « l’Association de soutien à l’action d’Eric Woerth ». Sans pouvoir prouver d’où vient son financement, le site affirme que la formation a bénéficié de subventions de l’UMP, dont Eric Woerth est trésorier.

Mercredi 30 juin

Le Nouvel Observateur révèle la destination de quatre chèques signés par Liliane Bettencourt. Un chèque de 7.500 euros à l’association de financement de l’Association de soutien à l’action politique d’Eric Woerth (AFASAPEW). Deux autres chèques de 4 .600 et 7.500 euros auraient été adressés à l’association de soutien de Valérie Pécresse (dont un seul débité) et le dernier serait directement allé à l’association de financement de l’UMP. Un autre conflit d’intérêts est alors souligné par le Canard Enchaîné concernant l’affaire Wildenstein, collectionneur et marchand de tableaux mort en 2001, qu’Eric Worth a laissé passer alors qu’il revendique lutter contre l’évasion fiscale.
Le soir, à l’Assemblée, les députés de l’opposition multiplient les questions au ministre du travail sans que celui-ci ne daigne y réponde. François Baroin, ministre du budget, Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur et François Fillon se succédent pour défendre Eric Woerth. Interrogé au Sénat par un député PS sur un risque de « confusion des genres » à propos du cumul des fonctions de ministre et de trésorier du parti d’Eric Woerth, le porte-parole du gouvernement, Luc Châtel exclut de les rendre incompatibles. Au 20 heures de France 2, François Baroin annonce sa décision de saisir l’Inspection générale des finances pour qu’elle réalise un rapport qui sera à « la disposition d’une éventuelle commission d’enquête parlementaire ».

Jeudi 1er juillet

Lemonde.fr révèle qu’un dîner a eu lieu chez Liliane Bettencourt le 30 janvier 2008, en présence d’Eric Woerth. Quelques jours plus tôt, ce dernier avait remis la Légion d’honneur à Patrice de Maistre. Le Point révèle que l’Elysée aurait recommandé en 2009 aux proches de la milliardaire de prendre pour avocat Me Paul Lombard, en raison de ses liens avec le procureur de Nanterre Philippe Courroye. Ce dernier a classé l’enquête de la brigade financière, alors qu’elle révélait des soupçons d’"abus de faiblesse" au préjudice de Liliane Bettencourt. La présidente du tribunal de Nanterre, la juge Isabelle Prévost-Desprez a ordonné un supplément d’information et donc le renvoi du procès pour « abus de faiblesse » intenté par Françoise Meyers-Bettencourt à François-Marie Banier. Le Point indique par ailleurs que TF1 a procédé à l’enregistrement d’une interview de Liliane Bettencourt, qui sera diffusé ce week-end.
Heure par heure, l’affaire continue de rebondir : vers 16 heures jeudi après-midi, le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer estime qu’Eric Woerth sera « probablement » le dernier à pouvoir cumuler un portefeuille ministériel avec la fonction de trésorier de parti. Dans la foulée, le secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant juge « gravissime » les accusations lancées par la gauche contre le ministre du Travail, estimant qu’il n’a « rien à se reprocher » dans un entretien à paraître dans Le Figaro Magazine.
Dernier rebondissement de la journée : Mediapart affirme que Liliane Bettencourt aurait reçu de l’Etat en mars 2008 une somme de 30 millions d’euros au titre du bouclier fiscal alors qu’Eric Woerth était encore ministre du budget. La propriétaire de L’Oréal n’aurait par ailleurs fait l’objet d’aucun contrôle fiscal depuis au moins quinze ans.

Vendredi 2 juillet

Ou l’on remet une nouvelle fois sur le tapis la question du bouclier fiscal, qui ne s’appliquerait pas de la même manière pour tous les contribuables. On apprend également que Florence Woerth se trouvait souvent en Suisse dans le "family office" (la banque privée) de la milliardaire. Jusqu’en 2008, la comptable de Liliane Bettencourt "avait un accréditif auprès d’une banque pour retirer [...] 50.000 euros par semaine", selon son avocat interrogé sur RMC.

Dimanche 4 juillet

Les secrétaires d’état Christian Blanc (Grand Paris) et Alain Joyandet (Coopération) présentent leur démission au gouvernement. Woerth est maintenu et vigoureusement soutenu par les porte-paroles de l’UMP. Le lendemain (lundi 5 juillet), dans une conférence de presse, Xavier Bertrand, Frédéric Lefevbre et Dominique Paillé affirment d’une seule voix que l’affaire est close, que d’autre part Eric Worth n’est pas affaibli et que l’on peut tranquillement revenir à la "République irréprochable" pronée par Nicolas Sarkozy.

Mardi 6 juillet

Mais les bonnes intentions ne durent pas : Mediapart publie l’entretien de l’ancienne comptable de Liliane Bettencourt, Claire T. Chaque semaine, elle remettait les enveloppes de 50.000 euros à André Bettencourt ("Dédé") jusqu’en 2007, puis sa santé se dégradant, à Patrick de Maistre. "Une partie servait à payer des médecins, des coiffeurs, du petit personnel, etc. Et une autre, c’était pour les politiques", affirme-t-elle. Et accuse : "C’était un vrai défilé d’hommes politiques dans la maison [...] Dédé "arrosait" large. Chacun venait toucher son enveloppe." En particulier, Eric Woerth, trésorier de l’UMP qui aurait reçu une enveloppe de 150.000 euros cette fois, destinée à financer la campagne de.... Nicolas Sarkozy. Toujours irréprochable, la République ?

Mercredi 7 juillet

Les policiers de la brigade de répression de la délinquance sur la personne (BRDP) ont retrouvé, rapporte Le Monde, la trace d’un retrait en espèces de 50.000 euros à l’agence de la BNP, le 26 mars 2007. Une information qui corrobore les déclarations de l’ex-comptable de Liliane Bettencourt, Claire Thibout, au site Mediapart.

Jeudi 8 juillet

Contre-révélation : l’ex-comptable, Claire Thibout, se serait partiellement rétractée lors de son audition par les enquêteurs, mercredi soir, annonce Le Monde. Elle serait revenue sur certains des propos qu’elle avait tenus lors de son interview par Mediapart. Notamment, elle dément que Nicolas Sarkozy ait pu bénéficier personnellement d’enveloppes de la part des Bettencourt. Mais plus tard dans la journée, le site internet du Monde dévoile davantage de détails sur sur cette audition. Claire Thibout aurait déclaré qu’il était posible que Nocolas Sarkozy ait reçu de l’argent tout en déclarant n’avoir jamais assisté aux remises d’enveloppes.

Vendredi 9

L’hebdomadaire Marianne, qui s’est procuré les carnets de l’ex-comptable de la milliardaire, affirme que plus de 380.000 euros ont été retirés en espèces sur les comptes de Liliane Bettencourt durant les quatre mois précédant l’élection présidentielle de 2007.

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