17 avril 2026 | tiré de Rabble.ca | Photo : Mark Carney s’adressant aux membres des Forces canadiennes. Crédit : Mark Carney / X
Le 17 février, à l’usine de Canadian Aviation Electronics (CAE) à Montréal, le premier ministre Mark Carney a annoncé la première Stratégie industrielle de défense (SID) dans le cadre d’une remilitarisation massive du Canada.
Cette stratégie de 6,6 milliards de dollars constitue une feuille de route visant à atteindre l’objectif de 5 % du PIB fixé par l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et à reconstruire, réarmer et réinvestir dans les Forces armées canadiennes (FAC) au cours de la prochaine décennie.
Carney a expliqué que le gouvernement ferait « des investissements sans précédent dans les radars à horizon, les sous-marins, les avions et les troupes au sol — les troupes sur la glace ».
La Défense intégrée des sites (DIS) figurait dans le budget du gouvernement libéral, Canada Strong, qui a été adopté à la Chambre des communes en novembre dernier, mais qui n’a pas encore reçu la sanction royale. La DIS sera soutenue par la nouvelle Agence d’investissement de la défense (AID) afin d’accélérer la production nationale d’armes et les exportations. Pourtant, cette augmentation rapide des dépenses militaires et des acquisitions risque d’entraîner de la corruption et place le Canada dans une dangereuse « situation de guerre ».
Le gouvernement refuse de divulguer les détails concernant l’atteinte de l’objectif de 5 % fixé par l’OTAN
Dans son discours à Montréal, Carney a expliqué : « Nous nous sommes engagés à doubler nos dépenses de défense d’ici la fin de cette décennie. Cela représente 80 milliards de dollars supplémentaires au cours des cinq prochaines années. » Il a ajouté qu’Ottawa dépensera 45 milliards de dollars supplémentaires par an pour la sécurité et la défense. Au cours des dix prochaines années, le gouvernement fédéral investira 180 milliards de dollars dans les achats de défense et 290 milliards de dollars dans les infrastructures liées à la défense et à la sécurité.
Selon le dernier rapport de l’OTAN sur les dépenses de défense, les dépenses militaires du Canada s’élevaient à 44 milliards de dollars en 2024 et passeront à 64 milliards de dollars cette année pour atteindre l’objectif de 2 % du PIB, soit cinq ans plus tôt que prévu. Le budget fédéral a confirmé que le Canada atteindra le nouvel engagement de l’OTAN en matière d’investissement dans la défense, fixé à 5 % du PIB d’ici 2035, que les alliés ont convenu lors du sommet aux Pays-Bas en juin dernier. Cet engagement comprend 3,5 % du PIB pour les dépenses de défense de base et 1,5 % du PIB pour les dépenses supplémentaires liées à la défense et à la sécurité.
Carney a admis que l’engagement de l’OTAN en matière d’investissement dans la défense impliquera que le gouvernement fédéral porte les dépenses militaires à plus de 150 milliards de dollars par an d’ici une décennie.
En juillet dernier, le directeur parlementaire du budget (DPB) a demandé au ministère de la Défense nationale (MDN) de lui fournir le profil des dépenses prévues pour respecter cet engagement d’ici 2035, mais le MDN a refusé. Dans son rapport publié au début du mois, intitulé Conséquences budgétaires du respect de l’engagement de 5 % de l’OTAN, le DGB a expliqué que le gouvernement Carney ne lui avait pas fourni d’informations sur son plan visant à respecter cet engagement, bien que le DGB ait légalement droit à ces détails.
En l’absence d’informations et de transparence de la part du MDN, le DGB a estimé que le gouvernement fédéral devrait dépenser 33 milliards de dollars supplémentaires par an pour respecter l’engagement de 5 % de l’OTAN, ce qui porterait les dépenses de défense de base à 159,1 milliards de dollars en 2035. Avec davantage de fonds alloués à l’armée, le DGB a également averti que le gouvernement serait confronté à des déficits plus élevés et à une augmentation du ratio dette/PIB, ce qui affaiblirait sa situation budgétaire.
Les autres risques importants liés à l’augmentation des dépenses militaires sont la corruption et les conflits mondiaux.
Les fabricants d’armes ont fait pression pour que les marchés publics de défense soient mis en « état de guerre »
Les hauts gradés de l’armée, les fabricants d’armes et leurs groupes de réflexion financés à Ottawa font pression depuis de nombreuses années pour une stratégie industrielle de défense (SID) qui place le Canada en « état de guerre ». En mai 2022, le chef d’état-major de la Défense du Canada, le général Wayne Eyre, a déclaré lors d’une interview à la CBC : « Compte tenu de la détérioration de la situation mondiale, nous avons besoin que l’industrie de la défense passe en mode de guerre et augmente ses chaînes de production afin de pouvoir répondre aux besoins actuels, qu’il s’agisse de munitions, d’artillerie, de roquettes, etc. »
Cinq mois plus tard le (CGAI) a organisé une conférence intitulée « Putting Canadian Defence Procurement on a War Footing » (Mettre les achats de défense canadiens en état de guerre), qui a réuni à Ottawa des dirigeants du gouvernement, de l’industrie et de l’armée. Le général Eyre a prononcé le discours de clôture et a appelé à une augmentation des dépenses de défense et des acquisitions.
Le CGAI est financé par de grands fournisseurs d’armement, notamment BAE Systems, Boeing, General Dynamics et Lockheed Martin. L’année suivante, le CGAI et l’Association canadienne des industries de la défense et de la sécurité (CADSI) ont publié une note d’orientation intitulée « Getting Canada to a Wartime Footing », qui recommandait la mise en place d’une base industrielle de défense solide. La CADSI est le réseau national de l’industrie de la défense et de la sécurité, regroupant 900 entreprises, qui fait pression sur le gouvernement fédéral pour qu’il augmente les achats de défense et organise le salon annuel de l’armement CANSEC.
En 2023, le Comité parlementaire permanent de la défense nationale (NDDN) a été chargé d’étudier les marchés publics. Des audiences ont eu lieu en novembre de la même année, avec des témoins invités de la CGAI, de la CADSI et de l’Institut de la Conférence des associations de défense (CDA) — tous financés par des fabricants d’armes. Ils ont dominé les audiences et ont fait pression pour une augmentation des dépenses militaires et des marchés publics. Sept mois plus tard, le NDDN a publié son rapport Le temps du changement : Réformer les marchés publics de la défense au Canada, contenant de nombreuses recommandations favorables à l’industrie, notamment la mise en place d’une stratégie industrielle de défense malgré les preuves de corruption dans les marchés publics de la défense.
Le rapport du NDDN a révélé des cas de fraude, d’abus et de gaspillage dans le système actuel des marchés publics de la défense au Canada. Le rapport a mis en évidence les problèmes de secret, de dépassements de coûts, de surveillance insuffisante et de manque de responsabilité. L’un des témoins, le Syndicat des employés de la Défense nationale, a admis qu’il existait « un manque chronique de personnel, des problèmes éthiques liés à l’attribution des contrats, une inflation incontrôlée des factures et des problèmes de contrôle de la qualité » dans les marchés publics militaires.
A
vec les récentes réductions budgétaires fédérales et les licenciements au sein du Conseil du Trésor et de Services publics et Approvisionnements Canada, les capacités interministérielles et la surveillance des marchés publics du MDN seront réduites. Pire encore, Carney a nommé son ami à la tête de la nouvelle Agence d’investissement de la Défense (AID), qui est au cœur de la DIS.
Patronage politique : Carney nomme un donateur à la tête de la nouvelle Agence d’investissement de la Défense
L’AID est une agence d’exploitation spéciale (AES) au sein de Services publics et Approvisionnement Canada. Carney a nommé Doug Guzman, son ami proche et donateur à sa campagne électorale, au poste de directeur général de la nouvelle agence. Guzman était auparavant directeur général chez Goldman Sachs, où Carney a travaillé, puis est devenu vice-président de la Banque Royale du Canada, poste qu’il a quitté pour diriger la DIA.
Comme l’a révélé l’audience du Comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires (OGGO) le 6 novembre 2025, Guzman a été nommé pour un mandat de trois ans bien qu’il n’ait aucune expérience dans les marchés publics, l’armée ou le secteur de la défense. Il percevra l’un des salaires les plus élevés du gouvernement fédéral, soit plus de 670 000 dollars par an, auxquels s’ajouteront des primes de rendement. Le salaire de Guzman est plus de deux fois supérieur à celui de la chef d’état-major de la Défense, la générale Jennie Carignan, qui commande les forces armées et touche 329 000 dollars, et supérieur à celui du ministre de la Défense nationale, David McGuinty, qui touche 309 000 dollars.
Selon un communiqué du cabinet du Premier ministre : « La première phase des opérations de l’Agence d’investissement de la défense se concentrera sur la mise en place de l’organisation, le déploiement d’équipes d’approvisionnement intégrées et la mise en œuvre d’une première vague d’achats de défense hautement prioritaires. » Cependant, lors del’audience du BCPO, la députée conservatrice Tamara Jansen a exprimé son inquiétude quant à la nomination, motivée par le népotisme, d’un banquier du secteur privé à la DIA. Mme Jansen craignait également que cette « nouvelle enveloppe budgétaire colossale » ne crée un « complexe militaro-industriel axé sur le marché », avec peu de contrôle, qui ferait circuler des capitaux sans pour autant reconstruire les Forces armées canadiennes. Avec la nouvelle agence et la stratégie industrielle de défense, il existe un risque réel de spéculation de la part d’initiés du gouvernement, de sous-traitants et d’investisseurs.
Le premier contrat de la DIA, d’une valeur d’environ 5 milliards de dollars pour une technologie de satellites militaires dans l’Arctique, a été attribué à Telesat, une entreprise qui fait l’objet d’unprocès intenté par ses créanciers pour des transferts d’actifs frauduleux. Le président-directeur général de Telesat, Dan Goldberg, est un autre proche collaborateur du premier ministre Carney. Le contrat de la DIA avec Telesat doit être considéré comme un renflouement par le gouvernement, avec l’argent des contribuables, d’une entreprise en difficulté dirigée par un ami de Carney.
Lors de l’audience de l’OGGO, de nombreux membres du comité ont exprimé leurs inquiétudes quant à l’insuffisance des mécanismes de contrôle de la DIA. Le secrétaire d’État canadien chargé des achats de défense, Stephen Fuhr, député libéral, est censé superviser la nouvelle agence. Or, M. Fuhr entretient des liens étroits avec le complexe militaro-industriel canadien. Il a servi pendant 20 ans dans l’Aviation royale canadienne en tant que pilote de combat, puis a occupé un poste de direction chez SkyTrac, une entreprise du secteur aérospatial et des satellites.
En tant que député libéral, M. Fuhra été président du Comité permanent de la défense nationale de la Chambre des communes et membre de l’Association parlementaire canadienne de l’OTAN, où il a plaidé en faveur d’une augmentation des dépenses militaires et des marchés publics de défense. M. Fuhr ne peut pas assurer une supervision indépendante de la nouvelle agence. Avec la DIA et la DIS, le gouvernement fédéral a créé les conditions propices aux conflits d’intérêtsainsi qu’aux délits d’initiés et au profit abusif.
L’augmentation des dépenses militaires et des marchés publics de défense risque d’entraîner de la corruption
En l’absence d’un contrôle public et parlementaire adéquat des marchés publics de défense, le projet de Carney visant à reconstruire l’armée canadienne risque d’entraîner une corruption grave, comme c’est le cas aux États-Unis. Le Government Accountability Office américain maintient depuis trois décennies le Département de la Défense (DOD, désormais Département de la Guerre) sur sa liste des entités à haut risque en raison de ses problèmes persistants et généralisés de fraude, d’abus et de gaspillage. Les cas de truquage d’appels d’offres et de corruption sont courants dans les marchés publics militaires.
En 2024, RTX, anciennement Raytheon, a versé 950 millions de dollars pour régler une affaire intentée par le ministère de la Justice qui a révélé l’implication de l’entreprise dans des complots et des pots-de-vin dans le cadre de contrats avec le Pentagone et de ventes militaires à l’étranger. L’année dernière, la sous-commission des opérations gouvernementales de la Chambre des représentants des États-Unis a tenu une audience sur les marchés publics de la défense et a constaté que « le DOD n’a pas été en mesure de gérer de manière adéquate les risques de fraude ni de rendre compte des sommes dépensées et de la localisation de ses actifs, gaspillant ainsi des milliards de dollars provenant des contribuables ». RTX et les autres grands fabricants d’armes américains possèdent des filiales au Canada et sont les principaux fournisseurs des Forces armées canadiennes (FAC).
Pire encore, l’OTAN a été secouée par de récents scandales de corruption liés aux marchés publics en Europe, qui ont été ignorés par les médias occidentaux. En mai dernier, l’Agence de l’Union européenne pour la coopération en matière de justice pénale, en collaboration avec les autorités belges, a ouvert des enquêtes sur des faits de fraude et de corruption liés à l’Agence de soutien et d’approvisionnement de l’OTAN (NSPA). La NSPA est basée au Luxembourg et est dirigéepar Stacy Cummings, qui était auparavant sous-secrétaire d’État adjointe principale à la Défense chargée des acquisitions au Pentagone.
The Luxembourg Times a rapporté que la directrice des ressources humaines de la NSPA, Geneviève Machin, une Canadienne, était la lanceuse d’alerte qui avait envoyé une lettre en février dernier au secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, au sujet de Cummings et des irrégularités au sein de l’agence. L’enquête pour corruption porte sur des contrats de défense concernant des munitions et du carburant avec plusieurs alliés : la Belgique, l’Italie, les Pays-Bas, l’Espagne et les États-Unis. Certains de ces contrats impliquent des alliés de l’OTAN et le fabricant d’armes israélien Elbit Systems, comme l’a signalé Corruption Tracker, une organisation qui surveille la corruption dans le commerce des armes. Bien que le siège de l’OTAN ait confirmé les enquêtes, il n’a fourni aucun détail sur les personnes et les entreprises impliquées et a évité toute nouvelle déclaration aux médias concernant ces scandales.
Préparation transatlantique pour quoi ? L’OTAN et le Canada se préparent à la guerre
Malgré ces scandales, le Premier ministre a signé un accord bilatéral avec l’Union européenne (UE) pour de nouveaux « accords d’approvisionnement en matière de défense ». Le Canada participe au programme « Security Action For Europe » (SAFE) afin de faciliter les achats communs de défense et de permettre aux entreprises canadiennes d’accéder au marché européen de l’aérospatiale et de la défense. SAFE est un pilier essentiel du plan de 1 300 milliards de dollars de la Commission européenne intitulé « ReArm Europe Plan : Readiness 2030 ».
Pourquoi le Canada et l’Europe se réarment-ils ? À quoi se préparent-ils ? En décembre dernier à Berlin, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a déclaré : « Nous devons nous préparer à une guerre de l’ampleur de celle que nos grands-parents ou arrière-grands-parents ont endurée. » Il a souligné : « Nous devons dépenser cet argent pour nous protéger des Russes. » Le même mois, le Canada a signé l’accord SAFE avec l’UE.
Le chef d’état-major de la défense britannique, Sir Richard Knighton, a également averti que le peuple britannique devait être prêt à « sacrifier » ses enfants pour se défendre contre la Russie. De même, le chef d’état-major de la défense français, le général Fabien Mandon, a affirmé que la France devait être prête à « perdre ses enfants » et à se préparer à une guerre avec la Russie dans trois ou quatre ans. Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a également fait valoir que l’Europe devait se préparer à la guerre.
En janvier de cette année, lors de la conférence nationale annuelle de la Society and Defence en Suède, le commandant suprême des forces alliées de l’OTAN en Europe, le général américain Alexus Grynkewich, a affirmé dans un langage orwellien que l’alliance devait se préparer « de toute urgence » à l’éventualité que la Russie, la Chine, l’Iran et la Corée du Nord lancent simultanément des guerres en Europe et dans le Pacifique, 2027 étant une année potentiellement critique. Pourtant, le mois suivant, ce sont les États-Unis et Israël qui ont attaqué illégalement l’Iran.
Le gouvernement canadien accélère le recrutement de soldats et de réservistes supplémentaires pour « combattre sur de nouveaux théâtres d’opérations ». Comme l’indique le document d’information sur leplan d’investissement dans la défense, l’objectif est de faire de l’armée canadienne « une force de combat puissante ». Le budget, intitulé Canada Strong, affirme que de nouvelles capacités militaires sont nécessaires pour la « guerre moderne ». Dans une interview accordée à Sky News ce mois-ci, le général Carignan a déclaré que le MDN mettait en place une force de 300 000 personnes pour se préparer à une « guerre conventionnelle à grande échelle ».
De plus, comme le détaille la Stratégie de défense nationale (NDS) belliciste du département américain de la Défense publiée le 26 janvier, l’administration Trump souhaite un « partage des charges » accru de la part des alliés. Comme l’explique la NDS, les États-Unis se concentreront sur la région indo-pacifique pour faire face à la Chine et attendent de leurs alliés européens et canadiens qu’ils « dissuadent et réagissent efficacement » face à la Russie. Le Premier ministre a affirmé dans son discours à Davos : « Notre engagement envers l’article 5 de l’OTAN est inébranlable, c’est pourquoi nous travaillons avec nos alliés de l’OTAN, y compris les huit pays nordiques et baltes, pour sécuriser davantage les flancs nord et ouest de l’alliance » contre la Russie.
Il est inquiétant de constater que, alors que des milliards de dollars sont consacrés au réarmement plutôt qu’à la diplomatie et à la consolidation de la paix, tout porte à croire que le Canada et les alliés transatlantiques se trouvent en « état de guerre » contre la Russie, la Chine, l’Iran et la Corée du Nord. Les États-Unis et leurs alliés se préparent à une guerre mondiale au lieu d’investir dans la paix et de lutter contre le réchauffement climatique.
Où est la paix ? Le militarisme de Carney alimentera les conflits et l’effondrement climatique
Dans son annonce concernant le DIS et la reconstruction de l’armée à Montréal, le Premier ministre n’a pas prononcé le mot « maintien de la paix ». Le maintien de la paix est absent du DIS et du budget fédéral Canada Strong. L’armée canadienne est actuellement à son niveau le plus bas en matière de maintien de la paix, avec seulement 27 soldats engagés dans les opérations de soutien à la paix des Nations unies. En revanche, le Canada compte 3 000 soldatsà la tête du groupement tactique multinational de l’OTAN en Lettonie. Carney a également ignoré les thèmes de la « paix » et du « changement climatique » dans sondiscoursintitulé « Principes et pragmatisme : la voie du Canada », prononcé lors du Forum économique mondial de Davos.
Le plan de Carney visant à « reconstruire, réarmer et réinvestir » dans les Forces armées canadiennes (FAC) met le Canada sur la voie de la guerre et ne reflète pas les principes qu’il avait énoncés avant de se présenter aux élections. Dans son livre publié en 2021, Value(s) : Building a Better World for All,Carney affirmait que les gouvernements, les entreprises et les sociétés devaient travailler ensemble pour faire face à la crise la plus importante du XXIe siècle : le changement climatique catastrophique. Il écrivait que « le changement climatique est la tragédie de l’horizon » et que « la fenêtre d’action est limitée et se rétrécit ». À l’époque, Carney occupait également les fonctions d’envoyé spécial des Nations unies pour l’action climatique et le financement, ainsi que de conseiller pour le sommet sur le climat, la COP26, à Glasgow.
Dans Value(s), Carney recommandait que chaque décision financière « tienne compte du changement climatique ». Pourtant, le premier DIS de son gouvernement ignore les impacts climatiques des achats militaires alimentés par des combustibles fossiles, qui vont aggraver le réchauffement climatique. Les avions de chasse, les navires de guerre, les véhicules blindés et les lance-missiles consomment d’énormes quantités de pétrole raffiné. Carney investit dans le département le plus polluant en carbone du gouvernement – l’armée – et en tirera profit.
Comme le révèle le document de 16 pages déposé par le Premier ministre auprès du Bureau du commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique du Canada, l’ancien banquier central détient d’importantes actions dans des entreprises d’armement britanniques et américaines, notamment BAE Systems, Boeing, L3 Harris Technologies, Lockheed Martin, Palantir Technologies, Northrop Grumman et RTX. Carney a également investi massivement dans Chevron, ConocoPhillips, Exxon Mobil et Halliburton, des entreprises qui fournissent le carburant pour les véhicules tactiques que les Forces armées canadiennes prévoient d’acheter.
Alors que Carney augmente rapidement le budget militaire et recrute davantage de soldats, son gouvernement a réduit le financement d’Environnement et Changement climatique Canada et supprimé de nombreux postes au sein du ministère. En février dernier, le Canadian Climate Institute a publié un rapport montrant que « le pays n’est pas en voie d’atteindre aucun de ses objectifs climatiques, y compris son objectif pour 2035 et la neutralité carbone d’ici 2050 ».
En septembre dernier, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a publié un important rapport intitulé La sécurité dont nous avons besoin : rééquilibrer les dépenses militaires pour un avenir durable et pacifique. Le rapport mettait en garde : « Les dépenses militaires nuisent à la planète car elles sont très émettrices de gaz à effet de serre. Chaque dollar alloué à l’armée génère plus de deux fois plus d’émissions de gaz à effet de serre qu’un dollar dépensé ailleurs. »
Le gouvernement canadien détourne des milliards de dollars provenant des impôts vers le réarmement au lieu de les consacrer à la décarbonisation et aux énergies renouvelables.
Le militarisme coûteux et à forte intensité carbone mis en place par les nouveaux programmes DIS et DIA du Canada empêchera le pays de réduire rapidement ses émissions et d’atteindre son objectif dans le cadre de l’Accord de Paris. Le plan de remilitarisation de Carney comporte des risques inconsidérés de corruption et de conflit mondial et accélérera l’effondrement climatique. Le public canadien et le Parlement devraient s’y opposer.
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