Édition du 18 juin 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

15 juin 2019

Ensemble à Tadoussac contre le projet de gazoduc et de GNL Québec

Le 15 juin dernier, plusieurs centaines de militantes et de militants environnementalistes se sont rassemblé-e-s à Tadoussac pour dénoncer les projets industriels [1] qui menacent l’intégrité du Fjord du Saguenay. La manifestation réunissait des personnes de Montréal, Trois-Rivières, Québec, de Tadoussac et du Saguenay qui voulaient dénoncer tout particulièrement de projet de Gazoduc de GNL Québec, l’usine de liquéfaction et le port qu’on veut construire pour expédier le Gaz naturel liquéfié sur le marché international. L’événement a été organisé par la Coalition Fjord, le Mouvement citoyen littoralement inacceptable et la Planète s’invite à l’université.

Jean Hudon décrit [2] synthétiquement la nature de ce projet. Il s’agit de « construire un pipeline gazier à travers des milliers de cours d’eau, de nombreux milieux humides et une forêt primaire encore intacte dans le nord du Québec, pour exporter chaque année plus de 15 milliards de mètres cubes de gaz fossile issu de la fracturation hydrochimique. Ce gazoduc de 42 pouces de diamètre aboutirait à une usine de liquéfaction sur les rives du fjord à Saguenay pour y être refroidi à -162°C et ensuite chargé à bord de navires méthaniers de près de 300 mètres de longueur par 50 mètres de largeur – le Titanic était long de 269 mètres et large de 28 mètres - qui transiteraient de 6 à 8 fois par semaine au beau milieu d’un secteur qualifié de refuge acoustique et d’habitat essentiel pour les bélugas afin d’aller livrer ce gaz en Europe et en Chine. L’empreinte écologique totale de ce carburant fossile – en incluant les émissions fugitives de méthane et les GES émis en amont et en aval de son cycle de vie – équivaudrait aux émissions annuelles en C02 de plus de cent millions de voitures. Tel est le projet de GNL Québec et des filiales Gazoduq et Energie Saguenay créé par ces promoteurs. » [3]

Pour les participant-e-s à la manifestation, il était clair que ce projet de GNL Québec avait bien sûr une dimension locale, mais que c’était un projet régional, national et pancanadien. Il suffisait d’entendre le premier ministre François Legault présenter à l’Assemblée nationale le gaz naturel comme une énergie de transition pour comprendre que son gouvernement s’inscrit dans la continuation de la politique du gouvernement libéral de Couillard et de la Politique énergétique 2030 qui encourage l’utilisation du gaz naturel comme énergie de remplacement du pétrole. Cette politiquei promet pour ce faire de donner « au distributeur Energir (anciennement Gaz Métro) le mandat de construire un vaste réseau d’approvisionnement en gaz naturel en élargissant l’offre du réseau de distribution actuel (les stations multicarburant et le programme Écocamionnage entre autres), en plus d’octroyer à la filière du gaz naturel le statut « d’énergie de transition » [4] Et les auteur-e-s de s’interroger : « Le Québec dispose de tous les atouts pour proposer des scénarios durables de substitution énergétique vers son système électrique. Comment expliquer alors qu’il empoisonne son économie future en continuant d’investir dans une filière gazière fossile insoutenable ? » [5]. Les compagnies d’hydrocarbures ont sans doute des lobbyistes qui savent convaincre le gouvernement Legault de se ranger à leurs arguments. Mais cela place le Québec sur une voie désastreuse qui l’engage dans une impasse qui retarde, avec les conséquences catastrophiques qui en découleront, la réalisation d’une véritable et si nécessaire transition énergétique.

Une manifestation qui souligne l’urgence climatique face à l’aveuglement volontaire du gouvernement Legault

Les projets de construction d’un gazoduc, d’une entreprise de liquéfaction de GNL Québec et d’un port de transbordement doivenit à tout prix être bloqués. C’est cette conviction qu’ont voulu partager les participant-e-s à la manifestation.


Les prises de parole d’appui à la mobilisation en défense du fjord

Le maire de Tadoussac, Charles Breton, a souligné la nécessité d’agir pour léguer une nature protégée aux générations qui viennent. « Il faut, dit-il, mesurer l’impact de nos actes ». Une intervention courte, mais percutante.


L’intervention de Dominique Champagne porte un message d’espoir et de détermination. « Tous les grands projets mortifères liés à l’exploitation du pétrole, on les a arrêtés. (…) Quand les gouvernements auront eu le courage d’écouter la science, d’écouter l’humanité qui s’exprime, d’écouter la raison scientifique, d’écouter la nature et d’écouter les jeunes qui parlent, on sait quelle décision il faudra prendre. »


Le jeune Matisse Gauthier-Bossé interpelle les responsables politiques. Il leur dit et leur demande : « Les décisions qui sont prises aujourd’hui seront notre réalité de demain. S’il vous plaît, leur dit-il, prenez les bonnes décisions.


Sylvain Gaudreault, député de Jonquière s’est libéré des travaux parlementaires faits sous bâillon pour participer à la manifestation. « Il faut, dit-il, que la région se tourne vers l’économie du 21e siècle. Elle comprend les énergies renouvelables, la fabrication de panneaux solaires, la fabrication de génératrices d’éoliennes, l’utilisation de la biomasse et plus encore. Il y a plus de potentiel à long terme avec les emplois qui ont une plus grande qualité. »


Cette manifestation solidaire a nourri les espoirs.

Et toutes les personnes présentes ont compris que l’espoir de vaincre est essentiel à un combat qui s’avérera difficile, mais qui peut et doit être gagné. Car comme le proclamait un slogan : « Pas de nature, pas de futur ! » !


[1Métaux BlackRock, GNL Québec et Arianne Phosphate

[2dans La Terre est mon pays et sa protection est vitale, article publié l’Action nationale de juin 2019. Ce numéro publie un dossier très fouillé et imposant qu’il faut absolument lire pour comprendre l’importance de ce projet et le défi qu’il pose aux militant-e-s engagé-e-s dans la lutte aux changements climatiques.

[3L’action nationale, PP 152-153

[4L’action nationale, Le Gaz naturel comme énergie de transition pour le Québec : un non-sens, Bernard Saulnier, Simon-Philippe Breton, Louis-Étienne Boudreault et Lucie Sauvé, membres du Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste et les enjeux énergétiques au Québec. juin 2019, pp. 84-85

[5L’Action nationale, idem, p. 103

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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