Édition du 24 novembre 2020

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Amérique du Nord

Etats-Unis-débat. « Se préparer à la crise électorale de novembre »

Donald Trump a donné un aperçu clair de ses projets pour la période postélectorale lors du premier débat présidentiel télévisé [29 septembre]. Trump enverra des équipes de voyous dans les bureaux de vote sous l’apparence de surveillants du scrutin.

Publié sur le site Alencontre
13 octobre 2020

Par Adam Shils

Les bulletins de vote par correspondance seront dénoncés comme des fraudes et des contrefaçons. Un puits sans fond de contestations juridiques sera ouvert. Des procès interminables créeront un crescendo de panique dans les médias. Des organisations d’extrême droite, comme les Proud Boys, seront « en attente ». C’est la stratégie de tension qu’il souhaite créer.

Le fait que Trump souhaite faire ces choses ne signifie pas qu’il en sera nécessairement capable. Nous ne devons pas nous précipiter. Cependant, il serait insensé de ne pas nous préparer à la possibilité qu’elles se produisent. De nombreux articles sur ce site ont déjà examiné le contexte politique des élections. Le but de cet article est d’examiner la stratégie socialiste dans une possible crise en novembre.

Le premier volet de notre stratégie commence avant la fermeture des bureaux de vote. Il s’agit d’une vigoureuse contre-mobilisation contre les soi-disant « observateurs des scrutins » de Trump. Ces voyous auront clairement pour but de décourager et d’intimider les électeurs. Nous pouvons facilement visualiser des groupes racistes armés se tenant devant les bureaux de vote dans les quartiers afro-américains. Les socialistes devront développer les tactiques et les alliances appropriées pour affronter et isoler ces forces.
Soutenir les manifestations pour les droits démocratiques

En ce qui concerne la situation post-électorale, il convient d’expliquer notre position de base. Les socialistes soutiennent la défense, la préservation et l’extension de tous les droits démocratiques et des libertés civiles. Le droit d’un vainqueur électoral à assumer une fonction est un droit démocratique fondamental. Si Joe Biden remporte les élections, nous soutenons son droit à devenir président. Nous participerions pleinement aux manifestations qui réclament la mise en œuvre des résultats du scrutin. Les socialistes prendront leur place dans les manifestations de masse qui risquent d’avoir lieu si Trump tente de voler l’élection.

En fait, nous pourrions bien devoir lutter contre les démocrates pour étendre et approfondir le mouvement. Nous avons ici un exemple tiré de l’histoire pour nous guider. Le vote de 2000 concernant les résultats d’Al Gore et George W. Bush en Floride a été fortement contesté. Les républicains ont commencé à initier des actions contre les démocrates pendant la période tumultueuse du recomptage. Les mémoires de Jane McAlevey [syndicaliste, universitaire, auteure d’études sur le mouvement ouvrier] et l’excellent film Recount de la chaîne HBO témoignent de la capitulation du Parti démocrate. Notre objectif sera d’approfondir le mouvement de masse, et non de se préoccuper de la « respectabilité » de la procédure.

Nous souhaitons voir le mouvement s’étendre au-delà des simples marches et rassemblements de rue. Les travailleurs postaux pourraient refuser toute action inspirée par Louis DeJoy [responsable de la poste] et Trump qui entraverait la distribution efficace des bulletins de vote par correspondance. Des occupations symboliques, comme celles qui ont eu lieu dans le Capitole du Wisconsin lors de la grande bataille du secteur public de 2011, représentent une autre possibilité. De telles actions nécessiteraient l’organisation de vastes réseaux de soutien.

Il va sans dire que défendre les résultats de l’élection est une tout autre affaire que de soutenir ou d’appuyer politiquement Joe Biden et le Parti démocrate. Nous marcherons en tant que défenseurs des droits démocratiques, et non en tant que partisans de Joe Biden. L’extrême gauche devra réfléchir aux meilleurs moyens de présenter notre indépendance de classe lors des manifestations contre Trump. Ce problème est particulièrement aigu étant donné qu’il n’existe aucune grande organisation socialiste qui puisse organiser de larges contingents et présenter ses idées par le biais d’un journal central. Nous devrions examiner la possibilité de participer aux manifestations avec des groupes de Black Lives Matter. Les partisans de la campagne Howie Hawkins / Angela Walker [Green Party] peuvent également trouver des moyens de travailler ensemble pour faire sentir une présence indépendante.

Il est fort probable que les manifestations contre un vol de l’élection par Trump se déroulent dans une atmosphère très tendue. Des contre-manifestations de l’extrême droite sont à l’ordre du jour. Il sera important d’organiser efficacement les mobilisations. Les manifestations auront besoin d’une « direction centrale » dont les intentions et les plans seront clairement communiqués aux participants. Des équipes de service d’ordre bien organisées seront nécessaires pour défendre les manifestations. Les socialistes ont une réelle expérience dans ce domaine et peuvent apporter une contribution importante au succès de ces manifestations.
Garder la tête froide

Même s’il était un apologiste de l’impérialisme britannique, Rudyard Kipling [1865-1936, auteur entre autres du célèbre Livre de la jungle et Tu seras un homme mon fils] savait comment tourner une phrase. La nécessité de « garder la tête froide quand ceux autour de vous perdent la leur » est une injonction importante pour nous. Le caractère funeste ou la menace du trumpisme ne changent en rien la nature de classe fondamentale de Joe Biden et du Parti démocrate. Trump est peut-être sur le sentier de la guerre, mais le Parti démocrate est toujours une composante intégrale de la classe capitaliste étatsunienne. L’action de masse dans les rues et sur les lieux de travail est toujours le moyen de résister. Soutenir le Parti démocrate sape encore cette résistance en soutenant l’organisation qui absorbe et assimile le mécontentement dans ce pays.

D’ici les élections, nous avons du pain sur la planche : soutenir tous les exemples de lutte comme les manifestations qui ont suivi la peine minimale infligée à la police suite au meurtre de Breonna Taylor [assassinée dans la nuit du 12 au 13 mars 2020 par la police de Louiseville dans le Kentucky], soutenir le ticket EcoSocialiste vert de Howie Hawkins et Angela Walker 2020, et défier les brutes d’extrême droite « observatrices du scrutin ». Tout en travaillant sur ces projets, les socialistes continueront à défendre leur point de vue sur les raisons pour lesquelles les Biden et les démocrates font partie du problème et non de la solution.

Si une crise devait se développer après les élections, notre approche d’ensemble est claire : soutien énergique à toutes les mobilisations pour la défense des droits démocratiques, soutien constant aux perspectives d’indépendance et de lutte des classes. (Article publié sur le site d’International Socialism Project, le 4 octobre 2020 ; traduction rédaction A l’Encontre)

Adam Shils est un enseignant à la retraite de la région de Chicago. Il a une longue histoire d’activité dans les mouvements syndical et marxiste.

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