Édition du 20 janvier 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Arts culture et société

Grande mobilisation pour les arts au Québec : discours de l'organisation

Le 22 février dernier se tenait dans plusieurs villes du Québec la Grande mobilisation pour les arts au Québec. Il s’agissait d’une autre manifestation dans l’intention de faire bouger le ministre de la Culture Mathieu Lacombe en faveur d’une augmentation substantielle du budget du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). Une prochaine est prévue le 22 mars prochain. Afin de soutenir cette mobilisation, nous vous offrons quelques interventions diffusées à cette occasion. Ici, Clément de Gaulejac, Edith Brunette et Sara A.Tremblay, membres du comité organisateur.

La GMAX vous parle

Sara : Salut salut ! Je nous présente Clément de Gaulejac, Edith Brunette et Sara A.Tremblay, on fait partie du noyau de la GMAQ, on est là à se les geler depuis 1 an et plus, on est contents de vous voir.

Edith : Pour amorcer cette manif, nous voudrions reconnaître que celle-ci a lieu en territoire traditionnel autochtone non cédé, des territoires que nous habitons au quotidien et sur lesquels ces peuples ont jadis accueilli les ancêtres de plusieurs d’entre nous. Nous nous trouvons en territoire Kanien’kehá : ka, aussi un lieu de rassemblement de plusieurs nations autochtones, qui se battent encore aujourd’hui pour la reconnaissance de leur droit à la terre et le fleurissement de leur culture. Nous espérons que nos propres efforts pour renforcer le soutien public aux arts contribueront aussi à renforcer le soutien aux arts autochtones.

La volonté de se battre pour défendre sa culture, maintes fois exprimée par les Premiers peuples, est aussi ce qui nous rassemble aujourd’hui. Et se battre, il le faudra. La folle poursuite de l’aventure néolibérale et la montée des fascismes en forme de descente aux enfers appellent à utiliser nos voix pour faire vivre autre chose que les plans de redressement économiques et les berceuses paranoïaques que nous susurrent des milliardaires morts de rire. Nous sommes ici parce que nous sommes encore vivants, vivantes, et parce qu’on croit encore que l’art agit. Nous sommes vivantes et nous refusons de décorer votre abattoir avec des géraniums : vous nous rêvez contemplatifs, mais nous sommes des guerrières !

Sara : Ouais ! Une petite bataille tout en douceur, pour réitérer qu’on est valides, visibles et que nous soutenir (émotionnellement et financièrement) n’est pas en vain. On a bien vu le 12 février dernier, que la population est derrière nous. Grâce à l’initiative de Myriam Verreault qui a fait explosé les box office (wow), et aussi à Kev Lambert, Tania Kontoyanni (et même simon brault) qui ont dit la vérité à la télévision à heure de grande écoute. Ça nous a fait tellement de bien ! Merci pour la visibilité !

Heille, merci d’être là ! On est heureux et heureuses d’être avec vous !! Vraiment !

Ça fait quelques mois qu’on le répète, on favorise l’autogestion et l’autonomie, la GMAQ c’est pas juste nous, c’est vous ! Alors ce qui est vraiment cool cette fois-ci, c’est qu’il y a du monde qui, de manière autonome, ont organisé des rassemblements partout au Québec, en soutien à la GMAQ. Alors on salue notre ami Jérémie St-Pierre qui anime présentement la manifestation à Sherbrooke sur le parvis du Musée des Beaux-Arts ! GOOD JOB SHERBROOKE ! Et on est heureux et émus de penser à toutes les personnes réunies en ce moment même à St-Jean-Port-Joli ! À Québec ! À Rouyn-Noranda ! À Ste-Rose-du-Nord ! Pis nous autres ici, devant les bureaux du ministre de la culture M.Lacombe (SALUT, on le sait que vous nous regardez en direct sur instagram xX). On est beaux et belles et puissant.e.s quand on est uni.e.s ! Comme on aime bien le dire, l’armée de la GMAQ est en marche !

Edith : Le ministre de la Culture nous répète tant qu’il le peut qu’il ne faut nous attendre à rien. Il faut nous attendre à rien, parce que le gouvernement, semble-t-il, a déjà prévu que l’argent du prochain budget irait surtout ailleurs. La CAQ a aussi prévu de ne pas rétablir les points d’imposition qu’ils ont eux-mêmes abolis, et que s’il y a un feu à éteindre, c’est celui de la guerre tarifaire lancée par Trump. Mais Mathieu Lacombe, Éric Girard, François Legault, c’est pas en nous disant de nous attendre à rien que vous allez nous éteindre comme une bougie. La CAQ espère juguler la crise culturelle en disant aux artistes d’être raisonnables et affirme que le milieu culturel aurait juste besoin de faire un bon travail d’introspection pour trouver les trésors enfouis qui dormiraient quelque part dans de mystérieuses institutions ben trop riches ou dans les craques inexplorées de programmes qui ne serviraient soi-disant à rien. J’aimerais ça, leur dire une chose à propos des programmes qui ne servent à rien : devinez qui les a créés (indice : c’est pas le milieu culturel). Et j’aimerais ça leur dire quelque chose à propos des institutions qui seraient trop riches : quand même Ex Machina et le Musée de la Civilisation doivent suspendre leurs activités, je vois pas trop ce seraint qui les enfants gâtés de la culture chez qui on pourrait gratter quelques millions.

Alors oui, messieurs, on s’attend à quelque chose ! On s’attend même à de grandes choses, même si on se doute que c’est pas de votre gouvernement qu’elles viendront. Pis on va pas lâcher le morceau, parce qu’on croit qu’un monde en feu a un urgent besoin qu’on prenne soin de lui avec autre chose qu’un budget équilibré et des autoroutes.

Sara : Non, on lâchera pas l’morceau. Parce qu’on est pas ici toustes ensemble uniquement pour que le gouvernement bonifie le budget du calq. Non, on est ici pour être vue.s et pour construire un mouvement qui tiendra les médias, la population bien informés des réalités du milieu pour que “même si ce n’est pas une priorité vu la fin du monde qui est à nos portes”, on puisse manger, boire et OEUVRER dans la dignité.

Clément : Une des pancartes que j’ai dessinées pour équiper visuellement notre manif d’artistes et de travailleur.euse culturelles proclame « l’OEuvre est Grève ». Au début j’avais un autre slogan en tête, qui est pas mal non plus et qui disait « l’OEuvre est grave ». J’aimais bien. Mais, à la GMAQ, on aime essayer de cultiver une certaine légèreté pour combattre l’esprit de sérieux de nos dirigeants. Et puis j’ai été rattrapé par cette déformation professionnelle qui me fait lire des mots là où il y en a d’autres. À travers le mot Grave, j’ai vu le mot Grève. Parce que bien sûr, l’heure est grave, d’une gravité sans pareil. Mais c’est justement parce que la situation est immensément grave qu’il faut nous y opposer en étant immensément grève.

Dans le contexte qui nous réunit, c’est quoi la grève ? Dans nos discussions gémaquiennes, l’idée de la grève de l’art revient souvent. Elle porte en elle l’espoir que, privé des formes de l’art, l’État en viendrait à reconnaître l’importance de ses producteurs et la nécessité de leur accorder les moyens de vivre dignement dans une société où tout s’achète.

Mais les artistes sont-ils des producteurs, au sens où l’entend le ministre Lacombe quand il se rend en France pour vanter la découvrabilité de nos produits culturels ? L’artiste est-il vraiment un·e travailleur·euse comme les autres ? En choisissant la voie de l’art, ne nous mettons-nous pas au contraire en rupture avec le monde du travail ? Ne revendiquons-nous pas un type de production de valeur radicalement opposée à celle qui est enseignée en école de commerce ? Les termes de production, produits culturels et découvrabilité sont-ils biens choisis quand on parle d’art ?

Il me semble au contraire que choisir la voie de l’art est une manière de s’opposer au système capitaliste. De produire une valeur qui ne soit pas uniquement celle de l’argent roi, de s’intéresser à la vie au-delà des intérêts économiques, n’en déplaise à Pierre-Yves McSween.

Peut-être que se mettre en grève, pour nous autres les artistes, ce n’est pas seulement cesser le travail. C’est se rendre disponible pour autre chose, occuper le terrain en restant attentif aux possibilités du futur. Faire grève, c’est oeuvrer pour le futur, c’est oeuvrer pour qu’il y ait encore un futur malgré la danse de mort des pétro-techno-capitalistes.

Quand l’heure est grave, l’oeuvre fait grève.

Sara : Ouais mais. Comment on fait la grève quand les gens pensent qu’on travaille même pas ??

On le sait qu’on ne doit pas uniquement compter sur les subventions, (on pourrait peut-être en parler au monde de la construction, voir s’ils aimeraient ça se faire dire ça), on le sait qu’il faut diversifier nos revenus.

Je sais pas vous, mais moi c’est pas mon premier BBQ. On travaille en tabarouette, le 9 à 5 n’existe pas pour nous, on ne dit jamais non, on surchauffe, mais tout ça en silence.

Faut pas chialer, ça parait mal. Trouve-toi une job comme tout l’monde !

HAHAHA

Yo. J’en ai une job. J’ai même étudié pendant plus de dix ans pour l’avoir. C’est mon métier, pas mon hobby, Trop bien ! 45 000$ de dettes d’études et ma job de rêve !!!

Il y a parmi nous aujourd’hui, des étudiants et des étudiantes en arts / artsvisuels peut-être ?

Coucou ! faites du bruit !

C’est pas un peu fâchant de se faire dire qu’on est pas vraiment prioritaires ?

Qu’il y a trop d’artistes ?? que vous rêvez en couleur ?

Qu’on sera les premiers à être coupés et que ce sera perçu comme juste normal, qu’on sert à rien dans une guerre commerciale ?Etc ?

C’est fâchant !

Qu’est-ce qu’on fait quand on est fâché.e.s ? On sort dans la rue, on s’unit !
Moi je dis “quand on demande rien, on a rien”. Et la CAQ compte justement sur les précaires, comme nous, pour ne rien demander. alors Surprise, on demande !

On vous voit, les futurs artistes et travailleureuses culturels, et c’est entre autres pour vous qu’on OEUVRE !

ENTK

Moi j’voulais surtout vous dire ce qui est vraiment important, c’est que tout le monde ici aujourd’hui, nous, de toutes les disciplines, partout au QC, on soit toustes convaincu.e.s qu’on mérite mieux.

Ça c’est très touchant !

Et on est d’autant plus émus que la GMAX, les organismes du front commun pour les arts, les universitaires, la chambre de commerce, même le PQ pis le parti Libéral. Tout le monde est de notre notre bord ! On est pas tout seuls ! On est aimé.e.s !

Mes attentes à moi ne sont pas que financières, elles sont ailleurs, au niveau de la rue et à la hauteur de l’amour que je porte aux gens qui font exister la culture : vous autres.

Avant de passer à la suite, on voudrait dire un mot sur la violence.

Il paraît qu’à la manifestation du 22 janvier, certains propos ont été perçus comme “violents’’.

C’est vrai qu’il y des gros mots qui ont été dis… – on a même scandé des « F you Legault ». Pis, bin, y a des gens, au gouvernement, qui ont trouvé ça irrespectueux.

Comme dirait Valérie Plante, la violence, C’EST NON. À la GMAQ, on est contre la violence.

Clément : surtout la violence économique.

Sara : lol

C’est pour ça qu’on vous propose notre “exercice de communications non-violente”, inspiré du site « réussir son management point com ».

Une première technique de communication non violente, c’est de parler au « je » :

Sara : Par exemple, à l’avenir, on ne dira pas : « F you la CAQ », mais bien « La CAQ me fucke » ou « M. Legault, JE me sens fucké ».

Clément : Ça c’est bon, on a le droit :)

Sara : Tu voudrais hurler que le gouvernement se câlisse de la culture ? non non non. Mauvaise approche. Essayez celle-là :

Edith : « Messieurs les ministres, JE me sens blessée quand J’AI l’impression que vous vous câlissez de la culture. »

Clément : « Plutôt que de dire »

Sara : « T’es au bord du burn out depuis trois ans et tu viens de recevoir ta 92eme réponse négative à une demande de bourse, pis t’apprends le même jour que le ministre va payer six expert.e.s 150 000$ chacun.e pour 9 mois de travail pour trouver comment réarranger le financement de l’audiovisuel ? »

Clément : « Dites plutôt »

Edith : « Messieurs les ministres, J’ÉPROUVE de l’agitation émotionnelle quand J’AI l’impression que c’est toujours les autres qui sont payés. »

Clément : Vous l’aurez-compris, à la GMAQ on est sucré-sucré ULTRA-MIAM

Sara : Fait que la du beau monde icitte MERCI d’être là, on vous a préparé un beau party !

Restez au chaud ! Maintenant que la piste de danse est ouverte !

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d’avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d’avoir accès à ces articles.

Cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Grande Mobilisation des artistes du Québec (GMAQ)

Organisation revendiquant de meilleures conditions pour les artistes du Québec.

https://www.facebook.com/profile.php?id=61557922812883

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Sur le même thème : Arts culture et société

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...