Édition du 2 juin 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Arts culture et société

Manifeste pour la défense de la création authentique (par un développement raisonnable et raisonné de l’IA)

Le développement de l’IA en culture doit se faire avec le milieu, pour le milieu et de manière prudente, raisonnable et raisonnée, parce que l’art est humain !

Montréal, le 9 juin 2025 - Les membres de 6 organisations syndicales québécoises représentant plus de 25 500 artistes, créateur·trice·s, interprètes, artisan·e·s et technicien·ne·s de l’audiovisuel et de la musique se sont réuni·e·s en ce lundi 9 juin 2025 pour rendre public leur « manifeste pour la défense de la création authentique ». Cette déclaration met en évidence les grands principes avec lesquels il leur parait indispensable de conduire un développement responsable et prudent des outils d’intelligence artificielle ainsi que leurs revendications et recommandations adressées aux responsables politiques provinciaux et fédéraux ainsi qu’aux différent·e·s acteur·e·s de notre industrie.

Préambule

L’IA générative s’impose un peu plus chaque jour dans nos vies, nos discussions, nos métiers, nos médias. Elle véhicule un grand nombre de promesses pour des lendemains plus performants, plus créatifs, plus rentables. Elle est présentée comme une « révolution » qu’on ne peut arrêter, comme « un train qu’il faut prendre à temps » sous peine de rester sur le quai des temps passés.

Pourtant, chaque jour, des œuvres de créateur·trice·s sont usurpées à des fins d’entrainement de l’IA. À chaque instant, images, textes, voix, compositions, sont utilisés sans consentement, sans transparence et sans rémunération, violant toutes les valeurs morales et les cadres réglementaires les plus fondamentaux.

Avons-nous décidé, en tant que société, que tout ça n’avait plus aucune valeur ? Que l’artiste-créateur·trice pouvait se faire piller pour enrichir les multinationales qui exploitent ses œuvres ?

Avons-nous décidé, en tant que société, qu’il était normal d’accepter comme une fatalité des temps modernes, de voir nos conditions de travail se faire piétiner au nom de l’innovation ?

Avons-nous décidé, en tant que société, de courir le risque de voir la souveraineté de notre culture distincte menacée par des technophiles obsédé·e·s par une vision mercantile de la création ?

Avons-nous décidé de tout cela ?

Dans le milieu des arts et de la culture... JAMAIS !

Le développement de l’IA générative dans le milieu culturel doit se faire avec les artistes, pour les artistes et de manière prudente, raisonnable et raisonnée.

En savoir plus et signer le manifeste.

Grands principes

Principe #1 : Innovation n’est pas synonyme de progrès

Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous. (Aristote, philosophe grec, 384-322 av. J.-C)

Nous recommandons de ne pas confondre innovation et progrès. Le véritable progrès est celui qui est élaboré, négocié et conçu pour bénéficier au plus grand nombre et améliorer les conditions de vie de toutes et tous.

L’IA pourra sans doute permettre, dans certains domaines, d’accomplir ce que l’humain est incapable de faire seul. Mais il faudra que tout le monde puisse, demain, bénéficier de ces avancées, pour que nous soyons en mesure de parler de véritable progrès.

Sans cela, l’IA risque de devenir un accélérateur d’inégalités entre celles et ceux qui pourront bénéficier des innovations, et celles et ceux qui, pour des raisons sociales, géographiques, économiques, culturelles, en seront tenu·e·s à l’écart.

Dans le milieu culturel, l’IA n’a pas encore démontré sa capacité à être un véritable agent de progrès. Si les systèmes d’IA veulent trouver leur place parmi nos outils de travail, leurs opérateurs doivent nous prouver leur volonté d’être au service de la créativité, dans le respect et au bénéfice de toutes celles et tous ceux qui sont les authentiques artistes et artisan·ne·s. L’IA, conçue et développée essentiellement par des compagnies centrées sur des objectifs de pouvoir et de profits, est surtout une illusion de progrès. Cette course technologique effrénée se fait sans aucune éthique, au détriment de nos créateurs et créatrices et de la diversité culturelle.

Principe #2 : L’art est de nature particulière

L’art est d’une nature particulière. Il est humain.

L’artiste ne crée pas par automatisme. Il crée par impulsion, par désir de communiquer à ses contemporain·e·s une vision personnelle et unique de notre société, notre existence, notre condition humaine.

L’IA, elle, ne connaitra jamais l’un des constituants fondamentaux de l’être humain : celui de se savoir mortel, celui qui probablement nous pousse à créer…

L’IA ne fait que se saisir de tout ce qui a été fait auparavant. Avant elle, sans elle. Elle n’est que la somme de toutes ces visions intimes du monde, qu’elle découpe, émiette et recopie pour les assembler. Loin d’innover, elle recycle !

L’IA reproduit nos conditionnements sociaux, perpétue nos clichés et reflète l’idéologie dominante. Elle nous offre une vision biaisée du monde. Elle menace la diversité des expressions culturelles et, par le fait même, la souveraineté culturelle du Québec, ses spécificités mais également la place du français dans notre paysage culturel. C’est pour ces raisons que l’art est, et doit rester, un privilège de l’humain et que seules les œuvres créées par des humains peuvent être reconnues comme telles par le droit d’auteur canadien.

Principe #3 : L’IA n’est pas une révolution, mais une évolution !

Il n’y a pas de « révolution de l’IA », n’en déplaise aux impatients. L’idée même de révolution induit un changement brutal qui impose de nouveaux paradigmes en faisant table rase du passé.

Ici, nous ne parlons pas de révolution mais d’une phase d’évolution importante qu’il convient de mener avec prudence et responsabilité.

Il n’y a aucune saine raison d’agir dans la précipitation. Ces transformations doivent se faire dans le dialogue, le respect, la régulation et le calme. Il y va de l’avenir de certaines industries, dont la nôtre !

Le temps de la démocratie est un temps long. Celui de la réglementation l’est également. Les amateurs de vitesse, qui prônent le libre accès et la dérégulation, doivent lever le pied et accepter de prendre leur place dans le trafic de la coopération. C’est pourquoi les gouvernements fédéraux et provinciaux doivent promptement clarifier leurs positions et les grands principes qui guideront leurs travaux. Ils doivent commencer, sans attendre, à élaborer un cadre réfléchi et concerté permettant un développement respectueux et éthique de l’IA.

Revendications et recommandations

Sur la base des grands principes présentés précédemment, nos organisations s’entendent pour appeler les gouvernements québécois et canadien à :

 Exercer un leadership fort dans chacune des instances internationales où l’encadrement de l’utilisation de l’IA est étudié pour y défendre les enjeux spécifiques aux arts, à la culture et à la diversité des expressions culturelles ;

 Appuyer sans ambiguïté le développement d’un protocole additionnel à la convention de l’UNESCO de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Cette démarche nous apparait comme la plus adaptée pour renforcer l’efficacité de la convention dans l’environnement numérique et face aux défis posés par l’IA ;

 Bâtir prioritairement un cadre réglementaire strict, impossible à contourner et encadrant le développement et l’utilisation de l’IA en veillant spécifiquement à protéger les droits individuels des personnes, les droits des travailleurs et travailleuses et les droits d’auteur des créatrices et créateurs. Nous demandons que le principe « A.R.T. » (Autorisation, Rétribution, Transparence) guide les travaux d’encadrement et de révision des programmes de financement ;

 Exiger des systèmes d’IA une transparence totale quant aux contenus utilisés pour l’entrainement des outils et leurs conditions d’utilisation et de rémunération ;

 Reconnaitre et affirmer que la Loi sur le droit d’auteur vise à s’assurer que seul un humain puisse générer une œuvre ou une prestation protégée par le droit d’auteur ;

 S’engager à ne jamais considérer la fouille de textes et de données (FTD) comme une exception possible à la Loi sur le droit d’auteur ;

 Exiger que tout contenu généré par l’IA soit identifié comme tel aux yeux du grand public.

Conclusion

En conclusion, nos organisations rappellent que le milieu artistique a toujours été favorable au progrès et a su évoluer au fil des époques et des nouvelles technologies. Nos artistes, créateur·trice·s, interprètes, artisan·e·s et technicien·ne·s de l’audiovisuel et de la musique en seront évidemment capables cette fois-ci encore !

Utiliser avec prudence des outils d’intelligence artificielle pour améliorer certains aspects de nos métiers est naturellement une pratique appelée à se développer. Nous la comprenons, la soutenons et l’accompagnons.

En revanche, voir notre culture se laisser dévorer « donnée par donnée », « emploi par emploi », « œuvre par œuvre » par des compagnies technologiques aux fins lucratives et souvent peu respectueuses des cultures nationales, locales et distinctes n’est pas acceptable.

Il est de notre responsabilité, d’une part d’y sensibiliser celles et ceux que nous représentons et, d’autre part, de dénoncer les pratiques abusives qui menacent nos emplois, notre culture, nos vies en exigeant un cadre de régulation plus efficace.

Nous sommes et resterons mobilisé·e·s.

Nos gouvernements doivent l’être et agir de manière raisonnable et raisonnée quant au développement des systèmes d’IA.

L’art a besoin d’être aimé et soutenu…parce que l’art est humain !

Je signe le manifeste

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Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ)

L’Union des écrivaines et des écrivains québécois est un syndicat professionnel fondé le 21 mars 1977 par une cinquantaine d’écrivains réunis autour de Jacques Godbout.

L’UNEQ regroupe près de 1 500 écrivains : des poètes, des romanciers, des auteurs dramatiques, des essayistes, des auteurs pour jeunes publics, des auteurs d’ouvrages scientifiques et pratiques.

L’UNEQ travaille à la promotion et à la diffusion de la littérature québécoise, au Québec, au Canada et à l’étranger, de même qu’à la défense des droits socio-économiques des écrivains.

L’UNEQ a été reconnue, en 1990, comme l’association la plus représentative des artistes du domaine de la littérature, en vertu de la Loi sur le statut professionnel des artistes en arts
visuels, des métiers d’art et de la littérature et sur leurs contrats avec les diffuseurs (L.R.Q., chapitre S-32.01).

L’UNEQ a aussi été accréditée, en 1996, par le Tribunal canadien des relations professionnelles artistes-producteurs pour négocier, de façon exclusive, avec les producteurs relevant de la compétence fédérale, afin de conclure des accords-cadres qui définissent les conditions d’embauche des travailleurs professionnels autonomes du secteur littéraire.

https://www.uneq.qc.ca/

Guilde canadienne des réalisateurs et réalisatrices

La Guilde canadienne des réalisateurs (GCR) est une organisation syndicale nationale représentant plus de 7 000 professionnel⸱les des secteurs artistiques et logistiques de l’industrie des médias télévisuels et cinématographiques au niveau de la réalisation, de la conception, de la production et du montage. La GCR négocie et gère des conventions collectives, exerce des pressions au nom de ses membres dans certains dossiers, tels que les conditions relatives au contenu canadien et la réglementation du CRTC, et veille au maintien du financement alloué à l’industrie canadienne des médias télévisuels et cinématographiques.

Elle agit comme porte-parole de l’industrie et intervient à trois niveaux différents.

D’abord, elle favorise les possibilités d’emploi pour ses membres et défend leurs intérêts en ce qui concerne leurs milieux de travail actuels et leurs préoccupations à long terme en tant que main-d’œuvre.

De plus, la GCR s’emploie à développer substantiellement les projets et le potentiel artistiques de ses membres toujours plus nombreux⸱ses. Sa structure logistique lui permet d’offrir des programmes de formation et de perfectionnement complets sur les technologies émergentes, programmes qui nourrissent une culture du professionnalisme et de la collaboration dans la communauté artistique élargie.

Enfin, la GCR s’impose comme leader et comme partenaire visionnaire du développement de l’industrie canadienne des médias télévisuels et cinématographiques à l’échelle internationale, tant sur le plan des politiques que sur celui de la technique. Cette industrie canadienne en constante évolution et aux multiples facettes saura se faire reconnaître sur la scène internationale pour son dynamisme, son assurance et son talent exceptionnel et unique en son genre.

https://www.dgc.ca/fr/national

Campagne Une vie sans art, vraiment ?

https://uneviesansart.ca/

Les organisations derrière la campagne Une vie sans art, vraiment ?

Association des professionnels des arts de la scène du Québec (APASQ) ; Association québécoise des auteurs dramatiques (AQAD) ; Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ) ; Conseil des métiers d’art du Québec (CMAQ) ; Guilde des musiciens et musiciennes du Québec (GMMQ) ; Regroupement des artistes en arts visuels du Québec (RAAV) ; Société des auteurs et compositeurs dramatique (SACD) ; Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SOCAN) ; Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC) ; Société civile des auteurs multimédia (SCAM) ; Société de gestion collective de l’Union des artistes (ARTISTI) ; Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec (SPACQ) ; Société québécoise des auteurs dramatiques (SoQAD) ; Société québécoise de gestion collective des droits de reproduction (Copibec) ; Union des artistes (UDA) ; Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ).

Société des auteur.e.trice.s de radio, télévision et cinéma (SARTEC)

La SARTEC a pour mission de défendre les droits et intérêts économiques, artistiques et professionnels des auteur.e.trice.s de langue française au Québec et au Canada, et de promouvoir leur profession et leur rôle fondamental dans l’industrie culturelle et la société.

https://sartec.qc.ca/

Guilde des musiciens et musiciennes du Québec (GMMQ)

La Guilde des musiciens et musiciennes du Québec (GMMQ) a pour mission de représenter et défendre les intérêts moraux, sociaux et économiques des musiciens professionnels afin que leur apport à la société soit reconnu à sa juste valeur. Pour y parvenir, elle négocie des ententes collectives et met à la disposition de ses membres un contrat-type d’engagement. Ce formulaire procure aux musiciens un document contenant des clauses contractuelles qui déterminent le cachet de base et les autres conditions minimales de travail telles qu’établies par la GMMQ, par exemple : l’obligation pour le producteur de payer la cotisation à la caisse de retraite du musicien.

Notamment, la GMMQ établit les conditions minimales de travail des musiciens et agit collectivement au nom de ses membres lorsqu’elle estime que leur intérêt est touché. À cette fin, elle collabore avec toute organisation dont les objectifs sont semblables. La GMMQ exerce également des activités de lobbying visant à promouvoir la musique et les musiciens auprès des instances gouvernementales et des communautés locales, nationales et internationales.

De plus, elle offre une panoplie de services aux musiciens, comme des services juridiques et des taux préférentiels auprès de plusieurs entreprises, dont des compagnies d’assurance.

http://www.gmmq.com/

Association québécoise des techniciennes et techniciens de l’image et du son (AQTIS) 514 IATSE

L’Association québécoise des techniciennes et techniciens de l’image et du son (AQTIS), 514 IATSE affiliée à la FTQ, représente 8 000 professionnels pigistes œuvrant dans plus de 200 métiers liés à la conception, la planification, la mise en place, la réalisation et la postproduction d’une production audiovisuelle. Son rôle est d’agir pour l’épanouissement professionnel des techniciennes et techniciens et la croissance de l’industrie québécoise, ici et à l’étranger. L’AQTIS 514 IATSE propulse la passion et le talent de ses membres et contribue ainsi au rayonnement de l’industrie audiovisuelle.

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