Prologue
Le bonheur n’est pas et ne sera jamais soluble dans l’argent ou l’or noir. Il s’abreuve à la source de l’amour des siens, de la vie, de la beauté et se nourrit de la magnificence de l’Univers qui nous ensphère.
La quête du bonheur
Moi, le bonheur
Moi, je me plais humblement à humer les fraîches et suaves arômes du matin à l’orée des rayons chaleureux et lumineux du soleil levant comme si l’univers entier émergé de son jardin d’étoiles venait au monde pour la première fois. Tout comme je soupire d’apaisement une fois la nuit réfugiée et douillettement enlacée par les bras réconfortants de Morphée. Je me glisse alors en silence à petits pas d’oie jusqu’aux alcôves ronronnantes de votre précieux et primal souffle. J’aime me blottir tendrement sous l’épiderme de vos palpitations et caresser la peau douce et interdite de vos rêveries les plus intimes. J’en profite également parfois pour me faufiler avec mes légères pattes de candeur feutrées jusqu’à l’épicentre nerveux de vos pleurs de douleur et de vos larmes d’allégresse.
Encore moi, le bonheur
Encore moi, il m’arrive de me dissimuler dans les fosses abyssales de vos aspirations et de vos sentiments à la fois les plus nobles et les plus inavoués. J’ose même m’aventurer à vos côtés sur les hauts plateaux controversés et angoissés de vos émotions et marcher à vos côtés sur les sentiers balisés par vos euphories et vos songeries pour aussitôt replonger avec fracas dans les zones d’échos de vos soucis et même de vos viles fourberies. Certes, je me veux parfois difficile à débusquer, néanmoins, je laisse toujours des empreintes à la fois dans les sables mouvants de vos cœurs et les neiges éternelles de vos imprévisibles pensées. Il revient alors à vous de bien me pister avant que j’ordonne aux grands vents des Chics-Chocs d’effectuer un irrémédiable coup de balai dans les montagnes russes de vos froides angoisses et dans la toundra de vos arides différends.
« Le bonheur est la fin que doivent se proposer toutes les sociétés ». Honoré de Balzac
Toujours moi, le bonheur
Moi, oui moi, le véritable et unique bonheur ; j’évoque ce délicat et magnifique papier de soie qui enveloppe et enjolive soigneusement vos destinées avec amour, passion et compassion. Je vous prie ardemment de prendre un précieux et divin soin de moi car je symbolise en vérité le doux et fin duvet de la tendre peau de pêche de vos éphémères et singulières vies ! Moi, le bonheur, ne me cherchez point ailleurs car je suis toujours là où vous êtes. Je me sens toujours comblé de joie lorsque l’amour et l’amitié règnent souverainement parmi les êtres et les collectivités car cette harmonie représente l’essence première et indispensable à l’aventure humaine. L’amour de la vie et le respect du monde incarnent les principes fondateurs et moteurs de toute civilisation.
« Aimons-nous quand-même, aimons-nous jour après jour. Aimons-nous quand même, aimons-nous malgré l’amour ». Yvon Deschamps
La récolte du malheur
Moi, le malheur
Moi, le malheur, je constate en ces temps de cruelles tourmentes que les trois-quarts des êtres humains peinent à survivre aussi bien à l’intérieur de la quotidienneté des choses tout en évoluant pourtant dans des pays dits développés et d’autres qui sont ébranlés par d’horribles et interminables conflits armés. Ceux-là agonisent écorchés vifs sous les griffes de la cruauté et lâchement abandonnés sous le soleil accablant de la misère par l’indifférence des populations privilégiées. Plusieurs sont contraints de vivre sous le joug tentaculaire de pouvoirs crapuleux et tyranniques. D’autres sont froidement tailladés à la machette sanguinaire des despotes de ce monde et accablés par la bêtise humaine ou carrément morts de maladie, de froid, de faim, de soif ou de torture. Tant d’êtres humains chassés de notre mémoire et ainsi oubliés des temps présents, privés de lendemain et de tout bonheur possible se retrouvent souvent en exil chassés brutalement et injustement de leur terre maternelle par des guerres de convoitise. Ils deviennent alors des apatrides cruellement entassés au fond d’impitoyables cachots froids et lugubres de l’indifférence et de la souffrance. Ils sont tous et toutes là ; enfants, femmes et hommes à mourir avant la mort. Comme écrivait et chantait Léo Ferré : « … et pourtant ils existent ». Ils pleurent, elles prient, ils souffrent, elles ont faim, ils ont soif, elles désespèrent et ces elles et ces ils agonisent anonymement tout juste à cinq pas d’un « resort de rêve », à quatre pas d’un somptueux banquet au Marriott, à trois pas d’une villa sous la riviera et à deux anneaux d’honneur du bonheur, mais aussi à une tête tranchée de la vie et à zéro chance de survie. Mais à plusieurs millions de vues sur toutes les plateformes, les télés et les magazines du monde. – Quelle ironie et quelle lâcheté. –
« Toute injustice, où qu’elle se produise, est une menace pour la justice dans le monde entier ». Martin Luther King
Encore moi, le malheur
Encore moi, le malheur, privé d’espoir et d’espérance, l’estomac gonflé par la faim, le cœur rongé par l’abandon et l’incompréhension, le corps meurtri par les charbons ardents de la cruauté et empoisonné par les raisins de la colère et ostracisé par l’intolérance. Tant d’êtres humains sont ainsi sacrifiés sur l’autel d’une nonchalante et effrénée fuite en avant et abandonnés par leurs semblables obsédés par la quête de richesses et cela qu’importe le lourd tribut à payer. Quant aux damnés de la terre, ils prennent conscience que toutes ces abominations et ces crimes sont commis dans l’unique dessein d’assouvir le pouvoir de despotes et de corrompus qui n’aspirent qu’à s’accaparer de leurs biens, à amonceler d’indécentes fortunes et conquérir par la terreur et la force des ressources d’autrui et envahir des territoires étrangers. Des États voyous qui ne respectent ni les conventions internationales ni le droit international humanitaire et qu’on laisse politiquement agir en fermant les yeux et le corps diplomatique ployant sous le poids coupable de la soumission. Tout cela sans compter les centaines de milliards de dollars amoncelés entre les mains sales de banquiers mal fagotés et sans scrupule et de leurs « obligeants » actionnaires qui financent les conflits et les guerres. Et qui par la suite récoltent encore plus d’argent grâce aux lourdes et injustes dettes fort lucratives découlant des coûteuses reconstructions qui s’en suivent. – Ainsi, les banques gagnent toujours sur tous les tableaux. – Sans oublier les sommes colossales d’argent versées et que nous serons de plus en plus contraints de verser davantage aux industries mortifères de l’armement qui elles aussi ramasseront une fois de plus un pactole de colossaux et avilissants profits. Mironton, Mironton, Mirontaine : tous les Malbrough de ce monde s’en vont-t-en guerre. Cela n’augure rien de bon pour la paix et s’ajoute au grand malheur de millions de personnes innocentes qui n’ont jamais souhaité la guerre et la destruction. Dans notre monde dit civilisé qui jour après jour devient de plus en plus abject : il en coûte moins cher et plus rentable de produire une balle d’arme à feu que de nourrir ne serait-ce qu’une bouche … – C’est à verser des larmes ! –
« La guerre contre un pays étranger ne se produit que lorsque l’élite pense qu’elle pourra en tirer profit ». George Orwell
Toujours moi, le malheur
Oh malheur de civilisation, ultimement, tout est encore fermement mis en œuvre afin d’alimenter et sauvegarder les illusions marchandes d’un insipide bonheur par procuration lié à la vie ostentatoire d’ultra nantis et la glamourisation de célébrités du show-business. Et tous ces automates clientélistes savamment modelés par un système consumériste et aveuglés par la quête et l’étalage de biens matériels n’entrevoient dorénavant leur bonheur et leur destin qu’à travers l’instantanéité du prisme de leurs factices selfies pour combler leur vide existentiel. Et ils sont malheureusement confrontés à une solide mise en œuvre servant à préserver l’impunité des régimes libertariens et autoritaires aussi bien que le pouvoir des systèmes bancaires, financiers, industriels que militaires qui entravent même la conduite des États. Des systèmes redoutablement implacables et volontairement indifférents et aveugles enrichissant des autocrates et contrôlant les Marchés et les économies mondiales. En plus de spolier des populations entières, de ravir des destinées et de priver d’héritage les générations futures en les endettant et scrapant leur planète. Des systèmes d’actionnariat copulant fiévreusement avec les indices boursiers sur les parquets du monde. Ils enchaînent également la destinée des sociétés en imposant la résignation, semant le désespoir et brisant les aspirations légitimes des peuples. En plus d’être sous le courroux de ces autocrates et ces ploutocrates fous de pouvoir et avares de richesses qui imposent leur agenda, n’éprouvent aucune empathie et fauchent brutalement des millions de vies innocentes. Des vies humaines pourtant uniques et sacrées – mais qui ont moins d’importance que les cours du Nasdaq ou du Brent– qui aspirent à vivre en toute liberté et avoir le droit et les moyens de jouir de la paix et de s’épanouir dans la dignité.
« C’est un malheur du temps que les fous guident les aveugles ». William Shakespeare
Épilogue
Le bonheur est à mal, le malheur le sait et le diable s’en doute …
Certes, selon le souhait du poète Arthur Rimbaud ; il faut croire qu’il n’est jamais trop tard pour : « Changer la vie ». Par contre, si nous continuons ainsi à laisser se perpétrer toutes ces atroces injustices et ces catastrophiques destructions, moi « le P’tit bonheur », on ne pourra alors plus me ramasser sur le bord d’un fossé. Il n’y aura peut-être plus de fossés le long des chemins de la vie puisqu’ils se seront effondrés dans le chaos. Détruits dans le fracas de nos guerres meurtrières et englouties sous les flots ravageurs de notre bêtise à s’acharner dans une quête insensée et sans partage de richesses. C’est pourquoi nous devons tout tenter afin d’éviter que notre destinée ne se retrouve au feuilleton de « La sixième extinction massive » – disponible sur Netflix dans la capsule temporelle de Mars –. Ainsi, rappelons-nous que l’amour, l’empathie, le pardon et la solidarité représentent les seuls élixirs à pouvoir défier et vaincre les maléfices de la discorde et les affres empoisonnées de la guerre. Les seuls capables de nous conduire sur les chemins d’un monde nouveau et de redonner un sens à l’histoire de l’aventure humaine.
Sagesse autochtone
« Seulement après que le dernier arbre aura été abattu, seulement après que la dernière rivière aura été empoisonnée, seulement après que le dernier poisson aura été péché, alors seulement nous découvrirons que l’argent ne peut être mangé (et le pétrole bu) ». Proverbe de la nation Cree
Gaétan Roberge
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