Prologue
Telle une matrice originelle issue de poussières d’étoiles, l’enfance imprègne les pourtours initiaux de nos parcours qui s’accomplissent souvent en l’absence de sa mémoire. Quant à la suite des choses, nous tentons à l’occasion de reconstituer les dalles de l’innocence fugace de ce fondateur et fragile bout de chemin de vie. L’enfance joue à la vie tout comme nous jouons parfois à l’enfance afin de masquer l’indolence de nos vies.
« L’enfant, c’est un feu pur dont la chaleur caresse ; c’est de la gaîté sainte et du bonheur sacré ». Victor Hugo
La source
L’enfance représente la source originelle profondément enfouie de nos trésors de souvenirs qui se déversent au compte-goutte dans les étangs calmes et parfois agités de nos éphémères et uniques vies. Elle évoque une source intarissable de beauté, de création, de liberté et de pureté. N’oublions pas qu’ils et elles, les îles de nos secrets et les ailes de nos espérances composent le miroir métamorphosé de nos propres enfances. Ne tarissons pas cette source par nos déserts d’absence et de silence et nos désapprobations réitérées sabotant ainsi l’estime de soi et provoquant de l’insécurité.
« L’enfant n’est pas un vase qu’on remplit, mais une source qu’on laisse jaillir ». Maria Montessori
La fondatrice
L’enfance évoque le point d’ancrage de la singulière aventure humaine et les prémisses indispensables à nos apprentissages. Elle constitue les premiers et mémorables tout-petits pas hésitants et chancelants mais courageux d’une longue et périlleuse marche vers la découverte du monde extérieur et de contrées intérieures à explorer. Elle nous permet d’accomplir nos premières expériences comme celle de jouer à la vie, de parler et crier, de rire et sourire et de bouder et pleurer. Ainsi que de réaliser nos premières découvertes telle la singularité de l’autre, de l’amour de soi et d’autrui, de l’amitié partagée, du chagrin et de la joie et malheureusement parfois de l’abandon. Elle façonne les décors, les éclairages, les odeurs et les sonorités de notre imaginaire et ravitaille les courants tentaculaires de notre pensée l’aidant ainsi à percevoir et affronter un monde foisonnant de défis, d’inconnus et de promesses. En définitive, l’enfance maçonne sans trop le savoir une à une les premières pierres angulaires assemblant nos essentielles fondations.
« Les îles de l’enfance dorment sur l’eau du Temps, on ne saurait y revenir qu’avec des pas d’enfant ». Gilles Vign
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L’innocente
Elle blottit sa frêle joue contre les contreforts enveloppants et apaisants de notre cœur. Elle se recroqueville délicatement entre les strates secrètes de notre mémoire pour ensuite se réfugier dans les alcôves de nos étourderies, de nos absences et de nos rêveries. Son innocente tendresse nous fait parfois rire et sourire, tantôt chanter et danser et à l’occasion pleurer et regretter. Son innocence candide loin des pièges de la malice et des astuces de la ruse parvient même par pur et simple bonheur à nous redonner souffle et vigueur et apporter espoir et vie.
« L’enfance ne se vit pas dans l’action mais dans quelque chose de plus subtil, qu’on appelle l’innocence à défaut de mieux la nommer ». Victor-Lévy Beaulieu
La lointaine
D’aussi loin que nous nous souvenions, l’enfance semble nous appartenir un peu, mais en vérité nous lui appartenons entièrement et pour longtemps. Cette lointaine enfance incarne le phare solidement agrippé aux flancs de la presqu’île de nos vies guidant prudemment nos pas de son étrange faisceau parfois aveuglant et dont nous ne contrôlons pas toujours l’intensité et la direction. Cette enfance balise les sentiers de notre destinée à l’image des bras de mer de nos imaginaires dessinant des rivages valsant en compagnie des vagues du ressac qui bordent et définissent nos continents intérieurs secrets et bercent nos rêveries englouties.
La gardienne
Cette enfance protectrice et salvatrice préserve soigneusement nos intimes pensées, nos rêves, nos peurs et nos errances dans son inviolable et précieux écrin. Elle protège fidèlement tant les nuances de gris que les couleurs qui arcenciellent nos cœurs et modulent la chaleur, la fraicheur et la tiédeur des saisons intimes de nos vies. Elle révèle également les pouvoirs nourriciers de la liberté et le ravissement de la créativité et elle temple sereinement au cœur même de nos désirs et aspirations. Elle emmagasine une à une les graines de souvenir qui ensemencent nos pâturages intérieurs de promesses verdoyantes et protège jalousement les sources d’émerveillement qui ravitaillent les faims et les soifs de nos destinées. L’enfance symbolise la gardienne du temps et de l’avenir.
L’universelle
L’enfance de tous et toutes, à chaque instant de son merveilleux et essentiel souffle s’acharne à pousser la vie en avant d’elle et repousser la mort sur les bas-côtés de la route du temps. Elle continue inlassablement d’incarner ce souffle de l’énergie mémorielle d’un univers grandissant et persévérant qui inspire la marche à l’amour et au bonheur vers les siens, ses ami-e-s, les autres de sa communauté et de son pays. Elle aspire également au ravissement intemporel et se refuse obstinément de sombrer dans les méandres de la noirceur ou d’être emportée avec les trombes de la tourmente.
« On est de son enfance comme on est d’un pays. » Antoine de Saint-Exupéry
L’héritage
Ainsi l’enfance de chacun d’entre nous révèle celle des autres mystérieusement malaxée à la nôtre. Toutes ces myriades d’enfances uniques et entrelacées, réelles ou imaginaires, participent avec force et bonheur de la création de la source fondatrice et mystérieuse de notre monde intérieur et des paysages extérieures que nous traverserons. Célébrons l’enfance car elle représente le plus beau et le plus inestimable des maillons de l’aventure humaine. Elle incarne un formidable et fragile héritage à chérir, protéger et transmettre ainsi qu’elle est et sera toujours omniprésente au cœur même des étapes de notre existence. Au nom de la préciosité de l’enfance ainsi que du respect et de l’amour de la vie, nous avons le devoir suprême de cesser de violenter et tuer l’enfance qui évoque la résurrection perpétuelle du Genre humain et du renouveau de la civilisation.
Épilogue
Sachons que si par bonheur les enfants dirigeaient le monde, il ne s’en porterait que mieux. De la sorte que les enfants innocents ne seraient pas injustement violentés et cruellement tués dans les guerres … des adultes. Le pire dans ces folies meurtrières c’est qu’après tous ces coûts humains irréparables et ces destructions coûteuses et massives des sociétés, nous nous retrouvons presque toujours dans l’incapacité totale à garantir une résolution juste et définitive dans la majeure partie des conflits et des guerres. Le jour où notre espèce Homo sapiens renoncera à sauvegarder l’enfance ; ce sera alors au sens de la bienveillance, de l’empathie et de la compassion la fin non seulement de notre humanité, mais de l’Humanité elle-même.
« Une société qui est obligée de mettre sur papier les droits de ses enfants est une société qui mérite la tutelle ». Serge Bouchard
Gaétan Roberge
NDLA Faut-il être vieux pour écrire sur l’enfance ? Peut-être.
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