Édition du 16 juin 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

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Contes et comptes du prof Lauzon (IV)

Il faut que cela change au plus vite !

Lire "Contes et comptes du prof Lauzon (IV)", c’est une occasion de revamper sa radicalisation, de la nourrir de faits scandaleux démontrant l’arrogance des affairistes, d’assister à la démonstration empirique de l’injustice du système que les puissances d’argent défendent.

C’est réapprendre à espérer grâce à la présentation, trop courte souvent, de solutions que seule notre mobilisation permettra de réaliser contre la volonté des politiciens qui sont résolument au service du grand capital. Et tout cela dans une prose qui nous fait comprendre que ce n’est pas parce qu’on peut en rire que c’est drôle.
Suivons-le dans sa collection attentive de faits autour des principales thématiques qu’il aborde.

La fiscalité est inéquitable et profondément injuste

Les riches pratiquent l’évasion fiscale. Les paradis fiscaux sont tolérés par les gouvernements du Québec et du Canada. Ce sont des milliards en impôt qui sont ainsi économisés par les grandes entreprises.

Les niches fiscales de tout genre permettent aux grandes entreprises de ne pas payer d’impôt. Ainsi, “en 2003, 50% des compagnies du Québec (142 865) n’ont rien payé un impôt sur le revenu sur des profits nets de 13,3 milliards de dollars ?” [1]. En 2007, Hydro-Québec en contribuant pour 4 milliards de dollars aux revenus de la province (profit net et taxes payées) a payé plus que les 287 000 compagnies présentes au Québec impôts et taxes sur le capital. [2]

Les REER profitent surtout aux riches. 75% de la population ne contribue pas au REER. Ce sont des milliards de dollars dont le gouvernement du Québec se prive avec de telles mesures fiscales. En somme, en accordant d’innombrables faveurs fiscales aux plus riches, nos élus se placent dans une situation d’être incapable de financer les services publics pour répondre aux besoins de la population. Et, l’auteur nous rappelle les réductions des impôts sur les revenus qui profitent qu’aux plus riches.

On peut imaginer l’impact dévastateur, écrit Lauzon, des évasions fiscales sur nos programmes sociaux et sur la dette. Pour combler le manque à gagner lié aux baisses d’impôt et aux niches fiscales, le gouvernement Charest a multiplié les taxes indirectes et les tarifications de service. Ce sont là des taxes régressives qui font porter un fardeau équivalent sur les épaules de tout le monde sans tenir compte du niveau des revenus.

L’augmentation importante de la dette publique, écrit-il, est occasionnée par les milliards versés en subventions au privé et par les milliards consentis dans le déluge des abris fiscaux. Et, encore une fois, ce serait la population qui serait responsable et qui devrait se serrer la ceinture.

La déréglementation, le bar ouvert pour les grandes entreprises

Le prix des médicaments ont augmenté de plus de 300 %, occasionnant une hausse du coût des soins de santé publique au Québec de plusieurs dizaines de millions de dollars par année. Les entreprises pharmaceutiques justifient leur hausse par les coûts de la recherche. Mais ce que le gouvernement oublie de rappeler c’est que ces entreprises sont financés à plus de 80% avec des fonds publics, c’est-à- dire notre argent [3]

Une atmosphère de collusion et corruption

La population du Québec n’a plus confiance aux politiciens. 61% des députés viennent du secteur privé et vont y retourner souvent comme lobbyistes. Ses rappels sont éloquents : Philippe Couillard qui facilitait la privatisation de la santé avant de rejoindre lui-même Persistance Capital Partners, un fonds privé d’investissement en santé. Raymond Savoie, un autre, qui, durant son mandat à titre de ministre des Ressources naturelles du Québec, écrit Lauzon, a exigé et obtenu que le Québec se retire de l’exploitation et de la commercialisation du pétrole et du gaz naturel, le forçant ainsi à céder gratos tous ses droits d’exploitation à des bineries québécoises comme Gastem, et dont monsieur Savoie est le président et principal actionnaire et Junex dont le propriétaire majoritaire est Jean-Yves Lavoie ancien président de la Société d’initiatives pétrolières (SOQUIP) que nos élus ont démantelé alors qu’elle était étatique. [4] Sans oublier André Bourbeau, qui s’est lancé dans l’éolien privé au profit de l’ontarienne Skypower qui a reçu de juteux contrats du gouvernement Charest.

Le PQ n’est pas en reste avec Guy Chevrette, ancien ministre péquiste devenu président de l’industrie des compagnies papetières, Lucien Bouchard, Pierre-Marc Johnson (lobbyiste), André Boisclair (lobbyiste).

Toutes ces accointances se reflètent dans de constants services envers des amis. Cela se reflète dans le laxisme dans les questions environnementales. Si ce n’était la mobilisation de la population, l’exploitation du gaz de schiste se serait fait sans problème. Encore maintenant, le gouvernement rejette le moratoire pour une étude approfondie des conséquences environnementales d’une telle exploitation.

Dans les mines, les redevances étaient tout bonnement ridicules. Entre 2002 et 2008, les producteurs miniers ont extrait pour 17 milliards de dollars au Québec. Ils ont payé 259 millions de dollars de droits miniers alors qu’ils auraient dû débourser 2 milliards, ils ont encaissé 624 millions de subventions du Québec uniquement et ils ont payé zéro impôt. Cela reflète bien que le Québec est une terre où le pillage est organisé pour les grands entrepreneurs et les politiciens à leur service.

Des solutions pour s’en sortir

Léo-Paul Lauzon ne fait pas que tracer un portrait dévastateur des élites économiques et politiques. Il propose aussi des politiques alternatives. Il part d’un postulat important : il ne peut y avoir de souveraineté politique sans souveraineté économique. Et la justice sociale et fiscale est aussi au centre de son discours.

Pour une fiscalité plus équitable, il propose donc,

- De cesser de réduire l’impôt des riches
- d’abolir les régimes enregistrés d’épargne retraite et autres niches fiscales.
- d’imposer les gains de capitaux
- d’imposer un impôt minimum sur les compagnies
- d’instaurer un impôt successoral
- de réduire de moitié le niveau des subventions aux entreprises privées.

Une reprise en main de nos richesses naturelles et de nos infrastructures nécessite :
- de nationaliser nos richesses naturelles ;
- de nationaliser le pétrole et le gaz ; de fonder Pétro Québec pour importer et raffiner nous-mêmes notre pétrole ;
- de nationaliser les industries pharmaceutiques ;
- de nationaliser le service de téléphone résidentiel et les industries de télécommunication...

Une phrase importante d’une chronique d’avril 2010 tire une perspective : “La farce va se poursuivre pour toujours si vous continuez à élire des libéraux, des péquistes, des adéquistes et des conservateurs. Ça ne vous tente pas de voter Québec solidaire ? Pensez à vous pour une fois, et non à ceux qui veulent s’approprier votre bien commun et vous facturer à gros prix les services publics et les instruments collectifs qu’ils auront obtenus pour presque rien afin de vous appauvrir encore plus. [5]


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Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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