Tiré du blogue de l’auteur.
Formidable, voilà un G7 ! Sans aucun doute l’instance la plus légitime, la plus pertinente et la plus efficace pour résoudre les grands problèmes mondiaux et remédier aux grands déséquilibres existants. Il n’y a qu’à regarder son bilan depuis plus de 50 pour s’en convaincre :
➡️ le terrorisme international a été éradiqué au sommet de Venise (Italie) de 1980
➡️ la pauvreté a été supprimée à la suite de plusieurs sommets des années 1980 et 1990
➡️ la dette des pays du Sud a disparu suite au sommet de Cologne (Allemagne) en 1999
➡️ le risque nucléaire a été jugulé au sommet de Tokyo (Japon) en 1986, et Moscou (Russie) en 1996
➡️ le réchauffement climatique a été stoppé au sommet de l’Aquila (Italie) de 2009
➡️ les pandémies mondiales ont disparu suite aux engagements des G7 de 2015 à 2019 et ceux qui ont suivi ont permis de préparer nos systèmes de santé aux pandémies suivantes.
➡️ des centaines de milliards de dollars ont été débloqués pour financer des infrastructures durables ces dernière années
Etc
Instance illégitime au bilan calamiteux. le G7 est une scorie du passé qu"il faudrait supprimer.
– Maxime Combes
La liste est longue, sans doute infinie, des engagements pris par les pays du G20 depuis plus de 50 ans … et jamais suivis d’effets. Climat, démocratie, paix, développement, intelligence artificielle : les communiqués regorgent de promesses, d’engagements et d’ambitions. Pourtant, derrière cette mise en scène soigneusement orchestrée, une réalité s’impose : le G7 est devenu une instance aussi illégitime qu’inefficace, un vestige d’un ordre mondial révolu dont l’utilité politique est inversement proportionnelle à sa couverture médiatique.
À lui seul, le G7 incarne le décalage grandissant entre les discours des élites dirigeantes et la réalité du monde. Créé dans les années 1970 pour coordonner les politiques économiques des principales puissances industrielles, il prétend aujourd’hui parler au nom de la communauté internationale alors qu’il ne représente plus qu’une minorité de la population mondiale. Les sept pays qui le composent regroupent moins de 10 % des habitants de la planète. Des puissances majeures comme la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Indonésie, l’Afrique du Sud ou le Nigeria en sont exclues. À l’heure où le centre de gravité économique et démographique du monde s’est déplacé, cette prétention à fixer les priorités globales relève d’un anachronisme manifeste.
Cette illégitimité serait déjà problématique si le G7 obtenait des résultats. Mais son bilan est tout aussi accablant.
L’exemple du climat est sans doute le plus révélateur. Depuis le sommet de l’Aquila en 2009, les dirigeants du G7 n’ont cessé de proclamer leur volonté de contenir le réchauffement climatique, d’atteindre la neutralité carbone et de financer la transition écologique. Dix ans plus tard, les émissions mondiales continuent d’augmenter, les financements promis aux pays du Sud demeurent largement insuffisants et les investissements dans les énergies fossiles se poursuivent. Derrière les déclarations de principe, les États membres du G7 restent parmi les principaux responsables historiques de l’accumulation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Ils continuent de défendre un modèle économique fondé sur l’extraction intensive des ressources naturelles et la recherche permanente de croissance matérielle.
Et que fait E. Macron ? Il déroule le tapis rouge et invite D. Trump, le plus grand fossoyeur des politiques climatiques mondiales, sous les ors de la République pour un dîner à Versailles. D. Trump a fait sortir les Etats-Unis des négociations climatiques internationales, de l’Organisation mondiale de la santé, a humilié l’UE avec un accord commercial totalement déséquilibré et asymétrique … mais la France, ainsi que les autres Etats européens, se prosternent devant le leader de la Première puissance économique mondiale qui organise et/ou soutiens des guerres aux quatre coins de la planète.
La contradiction est devenue caricaturale. Les mêmes gouvernements qui se présentent comme les champions de la lutte contre le changement climatique subventionnent encore massivement les énergies fossiles, négocient de nouveaux accords commerciaux favorisant l’augmentation des échanges carbonés et refusent toute remise en cause sérieuse du modèle économique à l’origine de la catastrophe écologique. Et on ne compte plus le nombre de G7 dont le communiqué final encourage l’exploitation gésièeLe résultat est connu : records de température, sécheresses, inondations, incendies géants et effondrement accéléré de la biodiversité.
Le traitement réservé à l’Amazonie en fournit une illustration emblématique. Lors du sommet de Biarritz en 2019, Emmanuel Macron avait tenté de faire du G7 le sauveur de la forêt amazonienne. Quelques millions de dollars avaient été annoncés en urgence tandis que les caméras du monde entier étaient braquées sur les incendies. L’opération de communication n’a trompé personne. Les montants engagés étaient dérisoires au regard des enjeux, tandis que les mécanismes économiques favorisant la déforestation demeuraient intacts. Sept ans plus tard, l’accord de libre-échange UE-Mercosur, dont toutes les études montrent qu’il va encourager la déforestation, Le G7 prétendait combattre les conséquences d’un système dont il refuse obstinément de traiter les causes.
Sur le plan économique, le bilan n’est guère plus reluisant. Depuis la crise financière de 2008, puis celle du Covid-19, les inégalités n’ont cessé de se creuser au sein même des pays du G7. La concentration des richesses atteint des niveaux records. Les grandes multinationales continuent de peser davantage sur les décisions publiques que de nombreux États. Les engagements répétés en faveur d’une mondialisation plus juste ou d’une fiscalité internationale plus équitable ont produit des résultats limités, souvent symboliques, loin des transformations structurelles annoncées.
Même en matière de démocratie, domaine dans lequel le G7 aime se présenter comme une référence morale, le contraste entre les principes affichés et les pratiques réelles saute aux yeux. Comment prétendre défendre les droits humains tout en continuant à soutenir des régimes autoritaires lorsqu’ils servent des intérêts stratégiques ? Comment invoquer le droit international tout en appliquant des standards variables selon les conflits ou les régions du monde ? Cette sélectivité nourrit partout la défiance et affaiblit la crédibilité des discours occidentaux.
La guerre en Ukraine a offert au G7 un nouveau rôle : celui de coordinateur politique du bloc occidental face à la Russie. Mais même dans ce domaine, son action ne fait que souligner sa nature véritable. Le G7 n’est plus un directoire économique mondial ; il est devenu une enceinte géopolitique défendant les intérêts d’un groupe restreint de puissances confrontées à la montée d’un monde multipolaire.
Au fond, le principal problème du G7 n’est pas seulement son inefficacité. C’est qu’il entretient l’illusion qu’une poignée de dirigeants pourrait régler les défis du XXIe siècle à huis clos, loin des peuples concernés. Or les enjeux contemporains — climat, biodiversité, pauvreté, fiscalité, santé mondiale, régulation du numérique — exigent au contraire des cadres véritablement universels, démocratiques et représentatifs.
Chaque sommet du G7 produit davantage de déclarations que de résultats. Chaque communiqué promet davantage qu’il n’accomplit. Chaque édition confirme un peu plus le déclin politique d’une institution incapable de répondre à l’urgence écologique, sociale et démocratique.
Le monde de 2025 n’est plus celui de 1975. Le G7, lui, semble ne pas l’avoir compris. Vestige d’une époque révolue, il survit par inertie diplomatique et par habitude médiatique. Son bilan calamiteux et son déficit de légitimité devraient conduire à une conclusion simple : loin d’être une solution aux crises contemporaines, le G7 est devenu l’une des manifestations les plus visibles d’un ordre international en fin de course. Une scorie du passé dont le monde aurait tout intérêt à s’émanciper.
Maxime Combes, économiste et auteur de Sortons de l’âge des fossiles ! Manifeste pour la transition (Seuil, 2015) et co-auteur de « Un pognon de dingue mais pour qui ? L’argent magique de la pandémie » (Seuil, 2022).











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