Édition du 22 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

LA LUTTE DES ACHUARS CONTRE TALISMAN ENERGY EN AMAZONIE PÉRUVIENNE,

L’Amérique du Sud regorge de richesses minières dont du pétrole. C’est une très vieille histoire ; les conquérants espagnols ont raflé pratiquement tout l’argent de Potosi et ne dit-on pas que c’est ou n’est pas le Pérou pour souligner la richesse ou la pauvreté d’un bien ou d’une situation.

Nous sommes aussi habituéEs à penser que les entreprises américaines sont celles qui sont le plus impliquéEs dans ce secteur, tout pays confondu. Ce fut longtemps vrai. Si elles n’ont pas quitté le continent elles ne sont plus seules. Des européennes sont présentes ; depuis quelques années la présence de chinoises est de plus en plus remarquée de même que celle des compagnies canadiennes [1]. Parmi celles-ci, Talisman. Il s’agit bien de la même compagnie qui œuvre dans les gaz de schiste au Québec et ailleurs.

Exploration pétrolière en territoire amérindien

Talisman Energy est présente dans la jungle amazonienne du Pérou depuis 2004 après avoir acquis des droits d’exploration sur la rive ouest du fleuve Corrientes dans le bassin de deux de ses affluents, les rivières Pastaza et Morona. Elle s’est associée à l’américaine Occidental Oil (OXY), à hauteur de 50% et 70% pour l’exploration et l’exploitation de deux secteurs couvrant un million sept-cents mille hectares, jusque là intouchés par l’industrialisation.

La quarantaine de communautés amérindiennes qui y vivent sont très préoccupées par l’arrivée de cette activité dans leur territoire et de l’impact sur leur mode de vie. Ils ont sous les yeux l’expérience de leurs congénères sur l’autre rive du fleuve. L’exploitation pétrolière y a été principalement menée par deux compagnies, l’américaine OXY et l’argentine Pluspetrol. À elle seule, au cours de plus de trente ans d’activité, OXY a déversé neuf milliards d’eau usée sur le sol au lieu de la « réinjecter ». Ces terres sont perdues pour toute culture, la riche biodiversité de la région a disparu et la population se retrouve avec de graves problèmes de santé : des taux de plomb beaucoup trop élevés chez les adultes et chez les enfants, des tumeurs, des problèmes de peau et des fausses-couches en nombre anormal. Pitiur Unti, un de leurs leaders, chef et ancien de la communauté d’Unkum voisine des opérations de Talisman, déclare : « Nous avons vu de nos yeux vu comment cette compagnie a travaillé depuis dix ans ; les rivières, la terre, l’air et la forêt sont maintenant pollués ».

Les Achuars ont mené des batailles contre OXY et Pluspetrol avec un certain succès. Pluspetrol a été forcée de « réinjecter » ses eaux usées et un recours collectif est toujours pendant contre OXY.

Mais ceux et celles directement touchéEs par le développement actuel ne veulent pas de cette production sur leur territoire. Ils ont donc entrepris, avec de pauvres moyens, une lutte contre Talisman.

LA STRATÉGIE DE TALISMAN

Le temps presse car Talisman ne se présente pas de façon traditionnelle comme les autres compagnies occidentales. Elle prend des précautions et joue avec d’autres armes que l’imposition par la force de son bon droit. Elle est plus insidieuse. Elle prend contact avec les communautés locales une par une ou presque. Elle leur offre des aides concrètes : écoles, dispensaires et autres commodités et bien sûr de l’argent. Elle leur vante tout le profit qu’ils pourront tirer de l’activité minière. Alors que jusqu’à maintenant le peuple Achouar était resté uni de manière exemplaire dans son opposition aux compagnies minières, voilà que quelques groupes ont renoncé à certains droits sur leur territoire contre ces avantages matériels. En 2009, la compagnie est même allée jusqu’à transporter un groupe armé supportant l’exploitation pour qu’il affronte des manifestants qui s’y opposaient. La situation a failli dégénérer en véritable conflit violent. La division est une de ses armes.

En plus, elle aurait réussi à se faire aider dans sa démarche par des ONG canadiennes qui accepteraient de jouer les intermédiaires contre rémunération. Les coupes opérées par le gouvernement Harper les inciteraient à entrer dans ce genre de marché tout à l’avantage de la compagnie. Les populations font généralement confiance aux représentantEs des ONG et sont plus enclins à les écouter.

Situation actuelle

Malgré le changement de gouvernement de l’été dernier au Pérou, il ne semble pas que la situation soit prêt de changer. L’administration invoque que les nouvelles lois qui régulent un peu plus les activités minières ne sont pas rétroactives. Comme les permis concernant le territoire achouar ont été émis dans le passé, ils ne seraient pas attaquables.

Les Achouars cherchent donc des appuis partout mais singulièrement au Canada. En 2008 et l’an dernier, certains de leurs dirigeants se sont présentés aux assemblées annuelles des actionnaires de Talisman, à Calgary pour leur demander de se retirer immédiatement de leurs terres. Ils préparent une tournée canadienne et américaine pour le printemps prochain afin d’augmenter les appuis à leur lutte.

Il ne reste donc plus au peuple Achouar qu’à maintenir son opposition, à lutter contre la division et tenter de trouver un maximum d’appuis un peu partout.

C’est dans ce but qu’un de leur représentant, Peas Peas Unti était à Montréal récemment pour alerter la population à ce propos. Il était supporté et accompagné par un représentant de l’ONG Amazon Watch (www.amazonwatch.org) qui intervient pour la sauvegarde de l’immense richesse et des populations qui se trouvent dans toute la jungle amazonienne.


[160% de toutes les minières du monde sont inscrites à la bourse de Toronto. Cf. le documentaire de Mme Hélène Pichette sur une lutte semblable de la part d’une population du village mexicain de Cerro San Pedro.

Alexandra Cyr

Retraitée. Ex-intervenante sociale principalement en milieu hospitalier et psychiatrie. Ex-militante syndicale, (CSN). Ex militante M.L. Actuellement : membre de Q.S., des Amis du Monde diplomatique (groupe de Montréal), animatrice avec Lire et faire lire, participante à l’établissement d’une coop. d’habitation inter-générationnelle dans Rosemont-Petite-Patrie à Montréal. Membre de la Banque d’échange communautaire de services (BECS) à Montréal.

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