Édition du 20 octobre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Féminisme

Réflexion féministes

La CLASSE, féministe, mais jusque où ?

La CLASSE, et surtout l’ASSÉ, provoquent parfois la risée d’autres associations étudiantes par ses mesures d’alternance homme femme ou son comité femmes. Quel malaise se cache derrière une telle réaction ? A-t-on peur des revendications qui dépasseraient le simple accès à l’éducation et qui ratisseraient un peu trop large dans l’ordre social établi ?

En effet, il serait bien honteux d’admettre que, dans une société « avancée » comme la nôtre, on puisse encore discriminer des gens en fonction de leur biologie. Que ce soit la race, le sexe, un handicap, nous sommes toujours prompts et promptes à crier « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. » L’externe de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAECUM), l’a dit : « Je suis aussi capable qu’un homme d’aller en avant et de parler au micro. » Eh bien, bravo à Mme Mireille Mercier-Roy, qui a su s’émanciper du patriarcat ! Pour la plupart des autres, on nous a habillées de rose dès notre plus jeune âge, on nous a fourré une poupée dans les bras pour nous préparer à notre futur rôle de femme au foyer, on nous a dit qu’il fallait être belles et respectables, que les hommes n’aimaient pas les femmes faciles, que dire des gros mots, se battre, se rouler dans la boue ou changer des ampoules, ça, c’était pour les garçons.

Que constate-t-on aujourd’hui ?

Malgré les mesures de discrimination positive employées à l’ASSÉ comme à la CLASSE, la file du micro hommes est toujours plus longue que celle du micro femmes. Ces dernières ont trop souvent un trémolo dans la voix lorsqu’elles prennent la parole, comme si elles se demandaient qu’est-ce qu’elles foutaient là plutôt que devant les fourneaux. Dans les manifestations, les slogans sont presque systématiquement criés par des hommes. Au sein de notre conseil exécutif national, presque uniquement des hommes (merci à Élise Carrier-Martin, Secrétaire aux relations internes, de nous sauver la face). Un comité femmes qui démissionne presque systématiquement. Que se passe-t-il ?

La féminisation, un vernis insuffisant

Autant que l’habit ne fait pas le moine, la féminisation ne fait pas le ou la féministe. Pour illustrer mon propos, une anecdote. Lorsque je suis allée assister à la fameuse émission de Tout le monde en parle (dont tout le monde a effectivement parlé) avec des militants et militantes que je ne connaissais pas pour la plupart, je n’ai pas été présentée, à peine saluée, personne n’a su de quelle association j’étais, ni même si j’étais militante. J’étais seulement « l’amie de » - une fioriture, presque. Pourtant, tous ces beaux militants et militantes ont féminisé chacun de leurs propos politiques lors de la discussion que nous avons eue après l’émission. Est-ce normal ? Féministes, retroussez vos manches, on a pas mal plus de boulot à faire que de lever des pancartes de féminisation dans des assemblées générales ! Reconnaître l’existence des femmes dans nos propos, c’est bien beau - encore faudrait-il la reconnaître dans nos actions.

Le canard boiteux de l’ASSÉ

Aborderons-nous ce sujet tabou ? Que se passe-t-il avec le comité femmes de l’ASSÉ ? Pourquoi s’organise-t-il sous un autre nom en dehors des structures de l’Association ? J’ose avancer qu’il faudrait revoir nos structures… et notre capacité à dialoguer. Trop souvent, j’ai entendu parler du comité femmes comme d’un comité dénonciateur, accusateur. Les féministes de l’ASSÉ sont-elles en croisade contre les hommes ou désirent-elles leur faire comprendre ce que c’est que d’être du « sexe faible » ? Comment on se sent quand on entend notre voix trembler au micro et qu’on se met à dire n’importe quoi ? Comment on se sent quand un homme est choisi à notre place pour une tâche que nous aurions mieux exécutée ? Comment on se sent quand notre article a été tellement corrigé qu’on y reconnaît à peine notre plume ? La communication ne semble pas se faire adéquatement. Comme lorsque l’on fait de la « mob » agressive, chacun et chacune reste campé sur ses positions.

Revoir nos structures

Si le comité femme de l’ASSÉ veut survivre, j’ose avancer que seules les femmes devraient se prononcer sur les décisions du comité femmes, sans quoi les accusions de machisme continueront de fuser et les élues, de démissionner. En effet, quelle est la légitimité d’un homme qui corrige et commente un article qui dénonce justement ce pouvoir qu’il a sur la femme et que la femme n’a pas sur lui ? Peut-on envisager que TOUS les comités soient obligatoirement mixtes ? Si l’ASSÉ veut combattre le sexisme dans la société québécoise, elle doit commencer par faire vivre le féminisme en son propre sein. La polémique est lancée - à vous d’en débattre, maintenant.

L’auteure est étudiante en sociologie

Article tiré du numéro 4 du journal L’Ultimatum Express

Céline Hequet

Étudiante en sociologie

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