Édition du 22 juin 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

LGTB

La Fête Arc-en-ciel et les droits des personnes gaies

En fin de semaine plus de cinquante politiciens et politiciennes ont participé à la Fête Arc-en –ciel à Montréal et plus de 10,000 personnes ont regardé le défilé. Pour une société dont l’origine était majoritairement catholique, (bien que le nouveau pape François Ier ait démontré un certain assouplissement de la position de l’Église catholique, celle-ci demeure très homophobe :
« En juillet 1992, le Vatican envoie une lettre aux évêques américains signée par le cardinal Ratzinger, dans laquelle les discriminations envers les homosexuels sont justifiées dans certains domaines : le droit à l’adoption, les homosexuels dans l’armée, l’homosexualité des enseignants. Ratzinger soutient que tenir compte de l’orientation sexuelle n’est pas « injuste ». Poursuivant le raisonnement, il affirme qu’en demandant des droits, les gays et les lesbiennes encourageraient les violences homophobes. « Ni l’Église ni la société ne devraient être étonnées quand les réactions irrationnelles et violentes augmentent »[57].

En 2003, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dirigée par Joseph Ratzinger, publie des Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles dans lesquelles elle affirme « Reconnaître légalement les unions homosexuelles ou les assimiler au mariage, signifierait non seulement approuver un comportement déviant, et par conséquent en faire un modèle dans la société actuelle, mais aussi masquer des valeurs fondamentales qui appartiennent au patrimoine commun de l’humanité ». Il rappelle que « le parlementaire catholique a le devoir moral de voter contre les projets de loi ». Dans le cas où la loi existerait déjà, il doit « s’opposer par les moyens qui lui sont possibles et faire connaître son désaccord »[58]. http://fr.wikipedia.org/wiki/Homophobie#Les_positions_officielles_de_l.27.C3.89glise_catholique ). Cette manifestation démontre le chemin parcouru au Québec concernant les droits des LGBT.

LES DROITS OBTENUS

Ces droits ont été importants et obtenus de longues luttes. Elles font l’envie de bien des personnes LGBT à travers le monde. Voici un petit rappel historique :

1969 : décriminalisation de l’homosexualité sous le règne de Pierre Eliot Trudeau

1977 : la charte des libertés reconnaît la discrimination sur la base de l’identité sexuelle 1998 : l’arrêt Roy de la Cour suprême rend inconstitutionnel l’article du Code criminel qui interdisait la pratique de la sodomie.

1999 : les conjoints de fait homosexuels avaient les mêmes droits que les conjoints de fait hétérosexuels.

2002 : l’union civile a été instaurée au Québec pour permettre aux homosexuels de s’unir.

2004 : le mariage homosexuel est légal
Ces droits sont importants et permettent une quasi égalité pour les gens LGBT au plan légal. Mais il y a encore du chemin à faire au plan social, affectif et relationnel.

LA VIOLENCE ET LES AGRESSIONS

Une des principales manifestations du rejet des personnes LGBT ce sont les statistiques sur la violence qui leurs est faite.

« Les chiffres indiquent que les homosexuels sont 2,5 fois plus souvent victimes d’agressions violentes que le reste de la population et que 16% des crimes haineux déclarés en 2010 au Canada étaient motivés par l’orientation sexuelle. Dernier chiffre parlant : un tiers des élèves LGBT du secondaire ont déjà été victime d’homophobie. » http://www.slate.fr/story/70745/mariage-gay-homophobie-quebec-modele-imparfait
Ces chiffres sont d’autant plus préoccupants qu’ils indiquent une augmentation des crimes haineux et sont encore plus préoccupants si on les compare aux autres crimes religieux ou racial.

« Les données concernant les crimes haineux liés à l’orientation sexuelle restent particulièrement préoccupantes. Contrairement à ceux ayant pour origine la race et la religion, on observe une hausse des agressions contre les GLBTQ entre 2009 et 2010. Leur nombre passe de 188 à 218. On en recensait 159 en 2008.

Les crimes haineux motivés par la race ou l’origine ethnique concernent 707 personnes en 2010 (762 en 2009) et 395 pour la religion (410 un an auparavant). Les noirs et les juifs restent les catégories les plus touchées.
Par ailleurs, les GLBT doivent souvent faire face à de la violence. Plus de 65% des crimes haineux se caractérisent par ce critère. Le chiffre « tombe » à 33% dans le cas des crimes motivés par la race ou l’origine ethnique et à 17% pour ceux liés à la religion. » http://www.etremag.com/2012/04/hausse-des-crimes-haineux-contre-les-homosexuels-9467

« De son côté, le Québec voit son taux de crimes haineux rester l’un des plus bas du pays avec 2,7 pour 100.000 habitants. Ce chiffre monte à 4 en Colombie-Britannique et à 5,7 en Ontario. Il est de 4,1 au Canada. » http://www.etremag.com/2012/04/hausse-des-crimes-haineux-contre-les-homosexuels-9467

Outre les manifestations de violence, les personnes LGBT vivent quotidiennement les préjugés et la stigmatisation.

LE COMING OUT

Se dire homosexuel ou lesbienne ou transgenre devient un vrai défi. Il faut affronter les quolibets, les farces plates et le mépris.

« Un sondage Léger Marketing réalisé pour le compte de la Fondation Émergence, dans le cadre de l’édition 2005 de la Journée nationale de lutte contre l’homophobie, révèle que 49 % des Canadiens et des Canadiennes pensent que J’homosexualité est un « état anormal ». Par ailleurs, 66 % des personnes interrogées ont déclaré être, malgré tout, à l’aise avec l’homosexualité. (tiré de www.homophobie.org , 26 février 2008)
Il nous faut parler de cette souffrance d’être acceptée tel qu’on est et la faire connaître pour que tout le monde développe la tolérance. Il faut dire que le coming out est loin d’être facile.

« Ce processus est graduel et dépend grandement de chaque personne et de son milieu de vie (Ryan et Frappier, 1994). Le processus d’acceptation se fait principalement à travers deux tâches, soit : déconstruire l’image négative que la personne a de sa propre orientation sexuelle (homophobie intériorisée) ; et reconstruire progressivement une image positive (Ryan, 2003 ; Berthelot, 1995). Ce processus est graduel et passe par de nombreuses étapes avant d’arriver à une pleine acceptation. Certains auteurs ont conceptualisé ce processus d’acceptation, prenons par exemple le modèle développé par Cass (1996) (version française tirée de Ryan, 2003, p. 13) en six points le long du continuum de développement :
1. La confusion dans l’identité : La personne commence à remettre en question son orientation sexuelle et à considérer la possibilité d’être gaie ou lesbienne, ou commence à voir la chose comme devant être acceptée ou rejetée.

2. La comparaison de l’identité : Les sentiments d’aliénation de la personne augmentent à mesure qu’elle perçoit une dichotomie entre elle-même et les hétérosexuels. Elle peut envisager d’avoir un certain contact avec des gais ou lesbiennes, afin de réduire l’aliénation ressentie à cette période.

3. La tolérance de l’identité : À mesure que la personne accepte de plus en plus son .La qualité des relations établies aura un effet important et profond sur le développement de la personne. À ce stade, la personne a deux vies : une vie publique hétérosexuelle et une vie gaie ou lesbienne très privée.

4. L’acceptation de l’identité : À mesure que s’accroît l’exposition de l’individu à la sous-culture gaie, il se développe un réseau de soutien social.

5. La fierté identitaire : La personne développe un fort sens d’affiliation à des amis gais ou des amies lesbiennes, ainsi que des sentiments de fierté de sa sexualité. L’individu stigmatisera fréquemment la communauté hétérosexuelle et sera à l’affût d’occasions de confrontation sur le terrain des droits de la personne.

6. La synthèse identitaire : À ce stade, la personne a développé une perspective plus équilibrée. Elle réalise que les personnes ont plusieurs facettes et qu’être gai ou lesbienne est une de ces facettes. Elle peut alors découvrir des points communs avec des hétérosexuels, elle est capable d’accepter plus confortablement leur identité et de vivre une vie plus ouverte. La colère et la fierté qui s’associent davantage au stade précédent sont encore présentes, mais elles deviennent plus intégrées. Pour les personnes qui peuvent divulguer plus facilement leur orientation sexuelle, le problème s’estompe. L’issue du processus de sortie du placard est considérée atteinte lorsque se développe un sentiment positif à [’égard du fait d’être gai ou lesbienne, lorsque l’orientation sexuelle est placée adéquatement en perspective et que le contact avec des pairs et/ou une communauté gaie ou lesbienne est établi. »
http://www.archipel.uqam.ca/1513/1/M10613.pdf

Pourtant le coming out est essentiel pour éviter de vivre cacher toute sa vie, pour permettre d’être bien dans sa peau. Mais de là à être accepter tel qu’on est…

« Souvent, le jeune attendra d’avoir un réseau d’amis et de soutien avant de révéler son orientation sexuelle à ses parents. Certains devront attendre leur vie d’adulte avant d’en parler, alors que d’autres garderont ce secret toute leur vie. En général, révéler son orientation sexuelle dans sa famille « entraîne, pour les parents, une période d’adaptation, variable en durée et en intensité, qui risque de générer des perturbations familiales. » (Tremblay, Julien & Chartrand, 2007, p. 165) http://www.archipel.uqam.ca/1513/1/M10613.pdf

LA SENSIBILISATION CHEZ LES JEUNES

D’où l’importance de commencer la sensibilisation chez les jeunes à la fois pour développer un climat d’acceptation de la part de tous les jeunes et à la fois pour aider les jeunes gais à se comprendre et à s’accepter. Mais l’école est loin d’être un milieu sans préjugés. Trop souvent la vie sexuelle des jeunes y est passée sous silence. Déjà les cours de sexualité ont été limités. La sexualité des femmes y est souvent associée à celle des hommes et au coït. Alors l’homosexualité…on repassera.

« Le First National Climate Survey on Homophobia in Canadian Schools souligne à grands traits l’ampleur du rôle qu’est susceptible de jouer la non-conformité de genre dans la discrimination en milieu scolaire. Plus de la moitié des élèves LGBTQ4 (57 %) et le quart (25,5 %) des élèves hétérosexuels déclarent avoir été victimes de harcèlement verbal à l’école à cause de leur non-conformité de genre. Ainsi, un adolescent hétérosexuel peut faire l’objet de violence homophobe parce que son apparence « trop » féminine l’associe malgré lui à la diversité sexuelle (Taylor et Peter, 2011). » http://rechercheseducations.revues.org/1567

« Selon une recension sur les effets du harcèlement scolaire, plusieurs des conséquences immédiates de la victimation (insomnie, isolement, nervosité, etc.) peuvent avoir des répercussions majeures sur la performance des élèves victimisés et sur leur capacité à poursuivre leur cheminement scolaire (ou persévérance scolaire) (Warwick et al., 2004). Pour les élèves LGBTQ, les angoisses liées à la négociation de leur visibilité ou à l’anticipation des railleries de leurs pairs auraient également un impact négatif sur leur sentiment de sécurité et d’appartenance à l’école (Taylor et Peter, 2011). Selon les données de GLSEN, une proportion importante de ces élèves rapportent ne pas se sentir en sécurité à l’école. Ils seraient nombreux à manquer des cours ou à s’absenter pendant une journée entière pour cette raison (Kosciw et al. 2010). Ils sont également plus susceptibles que leurs pairs hétérosexuels de ne pas vouloir terminer leurs études secondaires5 ou de ne pas envisager aller à l’université. Ces données ont été collectées auprès de jeunes fréquentant l’école » http://rechercheseducations.revues.org/1567

QUANT À LA SANTÉ

Il n’y a pas qu’à l’école que les gais vivent des difficultés d’adaptation. Les services sociaux sont aussi peu connaissant de la réalité de l’homosexualité.
« Les recherches tendent à démontrer que les LGB utilisent les services d’aide plus souvent et pour de plus longues périodes (Hunter & Hickerson, 2003), et que les LGB sont présents à travers toute la gamme des services sociaux (Appleby & Anastas, 1998). Les LGB de tous les âges, lorsqu’ils consultent dans un contexte de santé et de services sociaux, rencontrent encore des réactions négatives de la part des professionnels(les). Celles-ci incluent anxiété, réactions inappropriées, gêne, rejet, hostilité, curiosité excessive, pitié, condescendance, ostracisme, refus de traitement, détachement, crainte du contact physique, ou bien bris de confidentialité (Brotman, Ryan, Cormier, 2003). http://www.archipel.uqam.ca/1513/1/M10613.pdf

BRISER L’ISOLEMENT

La communauté LGBT a su briser l’isolement de nombre de ses membres. Des groupes de soutien existent un peu partout au Québec, des services cliniques particuliers se sont développés surtout avec l’épidémie du SIDA. Son poids économique semble de plus en plus reconnu : on parle maintenant de tourisme gai. Il existe des événements sportifs gais, des quartiers gais etc…

Se prendre en main et s’organiser ont permit de remettre en question les préjugés et de créer au Québec une société plus tolérante. Mais ce n’est pas la situation partout dans le monde.

LA NOUVELLE LOI RUSSE

Les médias ont beaucoup parlé ces derniers temps de la nouvelle loi russe contre les homosexuels. Le mouvement LGBT se mobilise actuellement, à la grande surprise des autorités russes, et avance la revendication de boycott des jeux d’hivers à Sotchi. Mais la Russie n’est pas exception pour réprimer les droits des perswonnes LGBT à travers le monde ;

« De nos jours, les actes homosexuels sont encore passibles de peine de mort dans sept pays : Afghanistan, Arabie saoudite, Iran, Nord du Nigeria, Mauritanie, Soudan et Yémen. Ces législations sont effectivement appliquées…..

L’homosexualité est toujours punie d’emprisonnement (de quelques mois à la perpétuité), de sévices corporels, de déportation ou de travaux forcés dans une soixantaine de pays dont : Sénégal, Algérie, Bangladesh, Botswana, Burundi, Cameroun, République démocratique du Congo, Émirats arabes unis, Éthiopie, Îles Fidji, Guyana, Jamaïque, Kenya, Libye, Malaisie, Maroc, Mozambique, Nigeria, Oman, Pakistan, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Singapour, Sri Lanka, Syrie, Tanzanie, Togo, Zambie. Cette liste n’est pas exhaustive. » http://fr.wikipedia.org/wiki/Homophobie
Alors si cette mobilisation permet de gagner des droits pour les gens LGBT et le permet non seulement en Russie mais aussi à travers le monde. Cela va s’avérer important.

CE QUE ÇA NOUS POSE COMME QUESTIONS

Mais surtout il faudrait réfléchir sur la souffrance de ces personnes et sur la réalité qu’elles peuvent nous faire découvrir sur nous aussi.

« La construction des normes sexuelles et celle des genres masculin et féminin sont des processus étroitement liés. Des études ont montré que l’intolérance homophobe s’exerce aussi à l’égard de tout individu dont les caractéristiques ou la conduite s’écartent des modèles de masculinité et de féminité, quelle que soit son orientation sexuelle (Chamberland et al. 2007). Pour plusieurs auteurs et auteures (Thiers-Vidal, 2010 ; Bastien-Charlebois, 2011 ; Calasanti, 2003), l’homophobie constitue un moyen d’imposer une masculinité hégémonique au sein du groupe des hommes. La masculinité hégémonique désigne le type de masculinité dominant dans les représentations culturelles d’une société donnée.

L’homophobie peut également jouer un rôle dans la construction de l’identité féminine. En effet, qu’elles visent les hommes ou les femmes, les pratiques homophobes sont ancrées dans un même système sociopolitique produisant les positions différenciées des hommes et des femmes dans les rapports sociaux de sexe. L’homophobie dirigée contre les hommes peut permettre de sanctionner ceux d’entre eux qui mettent en péril ce sur quoi la position privilégiée des hommes et celle subordonnée des femmes reposent » http://rechercheseducations.revues.org/1567

Ce sont des les modèles de masculinité et de féminité qui se trouvent ici interrogés. Pourrait-on penser à l’instar de Jung que notre ‘’personna’’ soit à la fois ‘’animus (mâle) et ‘’anima’’ (femelle) ? Nous avons tous et toutes nos ombres sombres à découvrir. Mais l’organisation sociale actuelle nous oriente rapidement vers les modèles du petit garçon et de la petite fille (lire le livre Du côté des petites filles). Et cette orientation permet d’avoir de bons travailleurs pourvoyeurs et une armée de chômeuses en réserve à la maison garantissant le soin aux enfants…de bonnes petites filles.
L’homosexualité peut remettre en question non seulement les fondements de nos personnalités et de nos définitions caractérielles mais aussi le fonctionnement actuel de domination du principe mâle sur le principe féminin dans la société que nous connaissons.

Les réflexions sur ce thème vont se poursuivre en espérant toute l’ouverture d’esprit nécessaire pour comprendre les réalités et les souffrances des personnes LGBT.

Chloé Matte Gagné

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