Édition du 22 octobre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Libre-échange

La part de responsabilité des altermondialistes dans l’élection de Trump

Je parle ici des discours de Trump, ceux qui l’ont élu attirés par une analyse micromarketing efficace. Pour ce qui restera de ces discours, nous devrons attendre la réalité qui suivra le 20 janvier 2017.

Comme un maître incontesté de la médiatisation, c’est ainsi qu’il s’est attiré les votes, par exemple de « blancs sous scolarisés » en canalisant toutes sortes de frustrations une à une en utilisant des slogans creux mais systématiquement bien rédigés pour atteindre leurs cibles, sachant qu’ils feraient la manchette le lendemain, surtout dans les médias qui lui sont favorables et ont repris sans arrêt ces bribes de discours.

Parmi ces électeurs, se retrouvent fort probablement bien des gens frustrés de leur condition de vie et qui ont été éveillés et inviter à se révolter contre : l’élite économique (le 1%), Wall Street, la bureaucratie tatillonne, les traités de libre-échange, le capitalisme etc., par les altermondialistes. Il est question ici des expressions de révolte et de manifestation comme les Occupy, et les révoltes anti système ou anti policiers jusqu’aux forums sociaux etc. Il nous restera à faire une analyse plus poussée afin d’en évaluer l’importance mais NOUS, altermondialistes, avons certainement contribué à éveiller un sentiment de révolte que Trump a très bien su récupérer et attirer vers lui. Même si nous n’étions qu’un deuxième 1% (Chico Withaker), étant donné le vote très serré dans quelques États clés, cela veut dire que peu d’électeurs ont fait la différence…

Ceci dit en analyse, très sommaire voir caricaturale, à des fins pédagogiques et non pas avec mépris. À propos de celles et ceux qui s’abreuvent par exemple ici à Québec, à l’écoute des radios poubelles, j’en connais quelques-uns avec des noms propres et pas seulement de Québec… Ceux-ci sont des cibles faciles pour les maîtres de la médiatisation. Ces gens peu scolarisés, ou sans aucun désir de s’informer véritablement (c’est tous des pourris) sentent bien et voient que des gens, comme eux, en ont ras-le-bol ; http://www.ledevoir.com/international/etats-unis/484355/victoire-de-l-homme-blanc-peu-eduque?utm_source=infolettre-2016-11-10&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne. Ces électeurs qui, faute de s’articuler eux-mêmes une vision du monde et une appréciation réfléchie de leur conditions de vie empruntent plutôt de grands titres ou des morceaux de ceux-ci, très ponctuellement en fonction des contextes où ils se trouvent. Ces gens en nombre important tout autour de nous vivent difficilement leur insertion sociale et utilisent ces « grandes gueules » à l’intérieur desquels ils se projettent pour se sentir inclus comme partie prenante d’une société qui ne leur fait aucune place et les oblige à se battre pour se faire une place comme si nous n’étions pas encore sortis de la jungle…

Une leçon à retenir ?

J’ai souvenir des préparatifs de la lutte contre le projet de ZLÉA, qui a précédé le sommet des Amérique à Québec en avril 2001. Dès après Seattle, au tout début de l’organisation de cette résistance nous étions des « anti » mondialisation. Quelques mois avant le sommet en question nous sommes devenus des altermondialistes. Le sommes-nous devenu réellement ? Quand nous débutons nos rencontres de réflexion politiques par une analyse de la conjoncture très idéologiquement orientée précisant alors ce contre quoi nous devons lutter, nous sommes toujours des « antis ». Lorsque nous orienterons réellement nos actions militantes vers la construction et la mise en valeur d’alternatives, nous serons alors, et alors seulement, devenus des altermondialistes, ceci après plus de 15 ans de l’apparition de l’appellation en question…

À mon avis toujours, se sont avec nos « luttes contre » : l’élite économique (le 1%), Wall Street, la bureaucratie tatillonne, les traités de libre-échange, le capitalisme etc., que nous avons contribué à l’élection de Trump. Ceci contrairement à ceux qui s’investissent à construire des alternatives et qui ont beaucoup moins contribué à cette élection. LA façon de construire cet avenir est relativement simple. Les petits groupes de base ont déjà de très pertinentes revendications qu’ils nous suffiraient de reprendre. Ils sont là les alternatives que nous pourrions contribuer à faire progresser. Ces derniers militantEs, très peu idéologisantEs, continuent à construire le monde de demain et ont grandement besoin de renfort de la part de ceux qui s’investissent à démolir l’adversaire plutôt qu’à construire le monde que nous souhaitons.

Lueur d’espoir

L’espoir pour moi réside dans la perspective à moyen et long terme. Ce « trumpmatisme » serait un « dernier baroud d’honneur » de ces conservateurs, voir réactionnaires, très bien incarnés à l’époque par les Thatcher-Reagan, qui perdaient du terrain à la fin du siècle dernier lorsqu’en 2001, plus précisément avec le traumatisme du 11 septembre, qui a contribué à effacer celui de 1973…, leur a permis de reprendre le haut du pavé. J’en suis toujours à m’interroger sur les très grands avantages que réalisent les entreprises qui profitent de cette remilitarisation soit disant sécuritaire-militaire et industrielle à très grands profits pour certain. L’espoir est là mais il est difficile de remettre réellement en question les vieilles habitudes des luttes du passé élaborées durant la révolution industrielle. Le train du XXIe siècle, constructeur d’avenir, est en marche bienvenue à bord…

Renaud Blais
Activiste citoyen altermondialiste

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