Édition du 27 septembre 2022

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Économie

Le court avenir du pétrole de schiste vu par Goldman Sachs

Jusqu’ici tout va bien, affirme la banque Goldman Sachs. A ceci près que sans une intensification radicale des forages, le boom du pétrole de schiste dans le Dakota du Nord menace de prendre fin dès 2015.

La production de pétrole de schiste du Dakota du Nord devrait poursuivre sa spectaculaire croissance jusqu’en 2023, promet Goldman Sachs, avant d’amorcer une chute presque aussi rapide. Dès 2015 toutefois, les puits qui fournissent pour l’instant la quasi totalité de la production, forés au centre de la formation géologique de Bakken, devraient entrer en déclin, d’après le détail d’une analyse diffusée fin septembre auprès d’investisseurs par la banque d’affaires américaine :

En très fort développement depuis 2010, la formation de Bakken a permis d’extraire en juillet 874 000 barils par jour, grâce aux techniques de fracturation hydraulique et de forage horizontal. Le pétrole de schiste du Dakota du Nord constitue déjà 11,6 % de la production totale d’or noir des Etats-Unis. Cette production américaine atteint aujourd’hui 7,5 millions de barils par jour (Mb/j) ; elle est en croissance rapide depuis 2011, avant tout grâce au boom en cours du pétrole de schiste.

Les analystes de Goldman Sachs assurent que le Dakota du Nord va continuer à "surprendre les investisseurs". Ils tablent sur un pic de production de 2 Mb/j en 2023. Pour y parvenir, il faudra qu’à cette date, près des deux-tiers de la production du Bakken soient extraits de puits qui, pour l’heure, n’existent pas.

Le Dakota du Nord pourrait dans ce cas maintenir jusqu’en 2040 sa production d’or noir au-delà de l’impressionnant niveau déjà atteint. Ce qui ne ferait pas un avenir si court que ça.

Le pari est audacieux.

Afin que le développement du Dakota du Nord puisse se poursuivre, Goldman Sachs compte sur l’extension des forages dans une formation géologique nommée Three Forks, plus étendue mais également plus profonde (et donc plus coûteuse à forer) que le Bakken. Cette formation de Three Forks reste aujourd’hui quasiment inexploitée. En avril, elle a cependant permis de justifier le doublement du montant estimé par Washington des réserves de brut exploitables dans la région.

Goldman Sachs mise également sur une forte et rapide intensification des forages dans le Bakken.

Avec des forages aujourd’hui délimités par zones de 320 acres (130 hectares), la formation de Bakken est en train de "parvenir à maturité", prévient la banque d’affaires. Autrement dit, sans accroissement radical du nombre de puits, la principale source de pétrole de schiste des Etats-Unis serait à la veille d’amorcer son déclin.

Pour empêcher que le Bakken ne commence bientôt à se tarir, les experts de Goldman Sachs jugent nécessaire de doubler l’intensité de l’exploitation, en passant dès que possible à des zones de forage de 160 acres (65 hectares), au lieu de 320 acres.

Un expert de l’agence Reuters, John Kemp, commente : "L’idée de base, c’est qu’avec la fracturation, les puits horizontaux drainent tout compte fait des zones plus petites qu’on le pensait à l’origine : on peut donc les rapprocher les uns des autres sans interférence. Si c’est vrai, les coûts de forage pourraient chuter de façon spectaculaire (des forages plus proches sont moins onéreux et plus efficaces), et beaucoup plus de pétrole pourrait au final être récupéré."

L’expert de Reuters met toutefois en garde : "Forez les puits trop près les uns des autres, et ils interféreront les uns avec les autres, drainant le pétrole et le gaz dans les mêmes zones."

Depuis les années trente aux Etats-Unis, le recours aux forages "déviés" puis horizontaux – l’une des techniques qui a rendu possible le boom du gaz et du pétrole de schiste – a souvent permis aux pétroliers de se voler l’or noir entre eux, comme on plante à son insu une paille dans le verre du voisin. Au Texas, dans l’Oklahoma ou en Californie, ces pillages réciproques ont régulièrement eu pour conséquence des chutes aussi imprévues que spectaculaires des débits d’extraction, suivies de près par le déclin prématuré de champs parvenus à maturité.

Grâce au secours de forages plus profonds et moins espacés, Goldman Sachs compte sur une accélération du boom du pétrole de schiste dans le Dakota du Nord d’ici à 2016, avec une croissance annuelle de la production comprise entre 130 000 et 210 000 barils par jour, au lieu de 110 000 barils par jour à présent.

Le géant de Wall Street investit massivement dans diverses activités liées au pétrole de schiste, en particulier dans le fort développement du transport du brut par train, d’après un scoop de l’agence Reuters publié en août.

Compte tenu du déclin rapide et quasi immédiat de chaque puits de pétrole de schiste pris individuellement, le maintien d’investissements élevés dans les forages est la condition sine qua non de la poursuite du boom du Bakken.

Les pronostics de Goldman Sachs sont sensiblement plus optimistes que ceux avancés jusqu’ici par Washington. Les experts de l’administration Obama s’attendent à voir le déclin du Bakken et des autres principaux champs de pétrole de schiste des Etats-Unis débuter non pas en 2023, mais dès 2020 :

Une analyse plus pessimiste, financée par une ONG américaine militant en faveur de la transition énergétique, table sur un pic en 2017. D’après cette analyse, une intensification des forages telle que celle que Goldman Sachs appelle de ses vœux déboucherait sur un pic de production plus élevé mais aussi... plus précoce, car les limites des réserves exploitables seraient alors atteintes plus rapidement :

Avant l’amorce du déclin, les Etats-Unis devraient donc jouir du boom du pétrole de schiste dans le Dakota du Nord pendant encore trois, sept ou dix ans, en fonction d’hypothèses plus ou moins osées.
Et après ?

Je suis journaliste indépendant, blogueur invité de la rédaction du Monde.

Matthieu Auzanneau

Journaliste indépendant, blogueur invité de la rédaction du Monde.

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