Édition du 3 décembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Contre l’austérité

Le malade imaginaire à la sauce Couillard

Dans le but de soigner le Québec de maux qu’il n’a pas, le gouvernement Couillard lui fait avaler une médecine de cheval qui est en train de le tuer. Si elle suit la prescription libérale, la belle province mourra guérie.

Le rapport annuel que vient de produire la Protectrice du citoyen est direct et sans nuance. Les mesures d’austérité du gouvernement québécois touchent directement la qualité des services aux personnes les plus vulnérables de la société. Ce document de Raymonde Saint-Germain est une preuve irréfutable de l’impact des actions délétères de ces compressions sur la qualité des services à la population. Ce sont les personnes les plus vulnérables de la société qui font les frais des coupures. Québec réduit actuellement le bassin de services des personnes recevant des soins à domicile, de celles atteintes de déficiences et de problèmes de santé mentale. Bref, la qualité des services à la population est en baisse pour les plus pauvres de la société. De plus, alors que l’éducation publique est un bien commun qui a été un des moteurs de la Révolution tranquille, le gouvernement libéral met l’éducation des générations futures en danger. On peut citer en exemple l’Université de Montréal, qui subit un manque de 57 millions par année dans son budget de 700 millions. Ses gestionnaires affirment qu’elle ne pourra plus maintenir la quantité de ses diplômes. Pendant ce temps, selon Statistique Canada, les plus riches continuent à s’enrichir et l’écart augmente avec les plus pauvres.

Tout cela se fait alors que les meilleurs économistes du Québec affirment que le gouvernement fait fausse-route dans ce dossier. En agissant si brutalement, il met en danger la croissance, l’emploi et la bonne gestion des services publics alors qu’il n’y a pas d’urgence. Depuis près de 20 ans, l’État n’éprouvait pas de difficulté à honorer ses obligations. Le poids de la dette du Québec dans l’économie n’a d’ailleurs pas augmenté depuis un demi-siècle. Celui des intérêts est passé de 4,8 % du produit intérieur brut en 1995 à 2,7 % en 2015. Or, selon un des plus grands économistes du Québec, Pierre Fortin, ces coupes généralisées auront du printemps 2015 à l’été 2016 une incidence négative d’environ 3,5 milliards de dollars sur le PIB de la province si on inclut toutes les conséquences. Cela se fait alors même que la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, affirme qu’il est impératif que le rééquilibrage des finances publiques soit compensé par des politiques macroéconomiques qui soutiennent la croissance. 

Si la population en général est littéralement saignée, les amis des libéraux sont épargnés. De ses 37 milliards de dépenses en capital, le gouvernement a consacré 27 milliards en investissements nets d’infrastructures. Les 10 milliards restants sont mobilisés pour faire des prêts aux entreprises et organismes. La construction va mieux au Québec que pendant le temps de Jean Charest. Si vous regardez les fonctionnaires au pouvoir pendant la période qu’étudiait la commission Charbonneau et ceux qui sont actuellement en poste, vous remarquerez que ce sont les mêmes à quelques exceptions près. N’ont été retirées du panier que les pommes pourries qui ont été montrées du doigt. Et cela s’est souvent fait juste après la dénonciation. Le gouvernant provincial fonctionne actuellement de la même manière que celui de Jean Charest. Bref, le Bonhomme Carnaval continue à se promener avec ses mallettes d’argent au Québec et la majorité de la population s’appauvrit alors que la province a connu plusieurs périodes de croissance économique.

Face à cette situation, il est tout à fait normal que les syndicats aillent chercher des mandats de grève pour contrer les actions de ce gouvernement qui diminue la qualité de vie des travailleurs, de la population et augmente les inégalités sociales. En fait, le problème principal des négociations qui s’engagent n’est pas syndical, mais social. Le gouvernement du Québec impose de force une vision de la société moins égalitaire que celle qui existe actuellement. La population en général devrait être plus concernée. Pourquoi les bénévoles des CA des divers organismes changés d’appliquer les coupes imposées ne démissionnent-ils pas, ce qu’ils devraient faire en toute conscience ? C’est dans les mains innocentes de ces milliers de gens ordinaires que le gouvernement Couillard met honteusement la hache pour faire ses basses œuvres. Si tous ces bénévoles qui forment le tissu social des municipalités et des régions démissionnaient en bloc, le gouvernement comprendrait les conséquences de ce qu’il fait. Il serait forcé de prendre la responsabilité de ses actions au lieu de se cacher derrière des personnes de bonne foi qui donnent de leurs temps pour aider la population.
Michel Gourd

Michel Gourd

Résident de L’Ascension de Matapédia.

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