Édition du 23 novembre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le projet de loi 11 du ministre Dubé : Le rugissement d’un tigre de papier


Dans son édition du vendredi 12 novembre 2021, le quotidien Le Devoir titre à la une : « Les médecins de famille dans l’œil du ministre : Christian Dubé demande à ce que la RAMQ lui communique les plages de disponibilité des rendez-vous »(1). En marge à ce titre, qui s’apparente à une technique abusive d’investigation ayant pour but de discréditer à l’avance son vis-à-vis en période de négociation, une donnée vient frapper notre imagination : « 1,5 million », « C’est le nombre de Québécois qui n’auraient pas de médecin de famille et non 800 000, selon les estimations du ministre de la Santé Christian Dubé ». En ces temps où l’inflation se met à galoper, il faut croire qu’il y a d’autres données qui croissent plus vite que l’Indice des prix à la consommation.

Pourquoi ce projet de loi 11 ?

Il faut voir dans le projet de loi 11 déposé par le ministre Christian Dubé la semaine dernière à l’Assemblée nationale un document qui ne comporte ni mesures de coercition ni sanction. Ce document crée l’illusion de l’existence d’un problème insoluble dans un délai à court terme. Nous le savons, une élection aura lieu en octobre 2022. La CAQ a été élue en octobre 2018 avec la promesse de régler le problème du nombre des QuébécoiSEs qui n’ont pas accès à un médecin de famille attitré. En quatre ans, le gouvernement de François Legault a été incapable de régler ce problème. Qui doit être tenu responsable de la détérioration de la situation ? Les membres de son gouvernement ou les médecins ? Selon les ténors ministériels, il faut en imputer la faute uniquement aux médecins omnipraticiens qui se la couleraient douce en ne prenant pas en charge assez de patientEs.

Le diagnostic du problème

Lors de l’émission Les faits d’abord, diffusée le samedi 13 novembre 2021, Alain Gravel a réuni diverEs praticienNEs du milieu médical. Ces personnes ont rapidement remis les pendules à l’heure.

Question : Pourquoi y a-t-il autant de personnes qui n’ont pas de médecin de famille au Québec ?

Réponse : 40% des heures travaillées par les omnipraticiens du Québec sont effectuées dans les hôpitaux. En Ontario c’est 20%. De plus, il y a un manque réel de sages-femmes au Québec…

Réduire le nombre d’heures travaillées dans les hôpitaux et accroître le nombre de sages-femmes pourrait avoir pour effet de permettre aux omnipraticiens d’être plus nombreuses et plus nombreux à pratiquer dans les cliniques et donc de résoudre ce fameux problème de QuébécoiSEs qui n’ont toujours pas un médecin de famille attitré. D’autres mesures pourraient également être envisagées pour venir à bout de ce problème qui n’a rien d’enviable : valoriser la profession de médecin omnipraticien ; donner de nouvelles tâches aux infirmières praticiennes spécialisées ; réorganiser la division du travail parmi les professionnelLEs de la santé, etc.

Pour conclure

Le projet de loi 11 est un document inoffensif, car il ne comporte aucune sanction et aucune mesure coercitive. Ce document est un paravent qui a pour effet de nous distraire. Il s’agit tout au plus d’un rugissement d’un tigre de papier.

Nous vous invitons à écouter cet extrait de l’émission Les faits d’abord – 13 novembre 2021.

https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/les-faits-dabord/episodes/584253/rattrapage-du-samedi-13-novembre-2021. Consulté le 14 novembre 2021.

Yvan Perrier

14 novembre 2021

Midi 15

yvan_perrier@hotmail.com

(1) Bélair-Cirino, Marco. 2021. « Les médecins de famille dans l’œil du ministre : Christian Dubé demande à ce que la RAMQ lui communique les plages de disponibilité des rendez-vous ». Le Devoir, le vendredi 12 novembre 2021, p. A 1 et A 5.

Zone contenant les pièces jointes

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).
Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : yvan_perrier@hotmail.com

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...