Édition du 22 septembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

G-20

Les flics au service du fric

Après avoir clamé haut et fort la nécessité d’une refonte du capitalisme, l’urgence d’une réglementation, après avoir dénoncé les paradis fiscaux, les mesures prises par les gouvernants du G20 sont bien timides, voire inexistantes. Il y de quoi se révolter.

Ceux qui ont provoqué une crise financière sans précédent, entraînant dans son sillage une crise économique, continuent de s’enrichir alors que ceux que cette crise a appauvri doivent maintenant en payer les frais. Pourtant Les rémunérations de 10 millions/an continuent pour ces PDG...Il y de quoi se révolter.

De plus en plus de gens sont conscients. Malgré les grands médias de droite. Cela commence à être dangereux. Il faut donc tuer dans l’oeuf, toute velléité de révolte. Voilà pourquoi il ne faut donner aucune chance aux manifestants d’éveiller davantage la conscience des gens... Important donc de les discréditer, de leur casser les reins et au plus vite... « casseurs » ou pas.

A supposer que ces actions de révolte soient posés vraiment par des manifestants, et non des faux-manifestants déguisés, plusieurs se demandent s’ils sont vraiment utiles et efficaces pour la cause de la justice sociale. A se demander aussi : une manifestation pacifique recevrait combien de secondes de couverture dans les médias ? Lors de la marche des femmes en 2005, elles étaient plus de 20,000. A leur arrivée à Ottawa, elles couvraient toute cette immense colline du Parlement. Ce n’est pas peu dire ! Combien de temps d’antenne leur fut consacrée ? Combien de reporters sur place ? De mémoire, s’il y en avait, je ne les ai pas aperçus.

Les banquiers avec leur PCAA ont mis dans la rue des milliers d’États-uniens, mis à pied des milliers de travailleurs, sont-ils en prison ? Au contraire, on leur a donné des milliards.... Qu’un petit nombre brise les vitres des banques au nom de ceux qui ont eu leur vie brisée par les banques, ça c’est très très grave... Pour ces quelques-uns il faut surtout en arrêter des centaines, Leur faire vivre l’humiliation et des conditions dégradantes. Il faut surtout les utiliser pour faire peur au monde. Imaginez...s’il fallait que les millions de familles qui ont perdu leur maison ou leur emploi se mettent à casser les vitres des banques...!

Il faut aussi tenir les médias occupés, pour qu’ils n’aient pas la brillante idée de faire ressortir les enjeux qui amènent les citoyens à s’impliquer en sortant dans la rue. Il faut éviter à tout prix que ces manifestants deviennent des éveilleurs de conscience. Autrement, la prochaine fois, les citoyens risqueraient d’être 100,000, 500,000, un million...

La population, sans toujours pouvoir mettre le doigt exactement sur le bobo, sent bien que quelque chose ne tourne pas rond, que notre soi-disant démocratie est au service des puissants plutôt qu’au service de l’intérêt public. Le faible taux de participation aux élections en témoigne. Les citoyens n’acceptent plus si facilement qu’on leur fasse payer la crise en augmentant les tarifs, en coupant dans les services publics.

Important donc de garder la population divisée pour continuer à régner. Voilà pourquoi tous les moyens sont bons pour étiqueter les manifestants de criminels et terroristes...!!! Dans ce but, policiers et médias corporatifs s’entendent comme larrons en foire.

Comment cette soi-disant démocratie pourrait continuer d’être au service des puissants et fortunés sans les policiers ? Permettez-moi de « rêver » trente secondes... Qu’arriverait-il si ces derniers devenaient conscients à leur tour des enjeux ? devenaient conscients qu’ils sont manipulés et au service d’une ploutocratie aux dépends des citoyens ? Qu’arriverait-il s’ils décidaient de se mettre au service d’une société juste ?

Les événements de la fin de semaine m’ont remis en mémoire le super texte qui suit du grand historien Howard Zinn : [1]

« Il est très important pour l’appareil en place – ce petit club toujours inquiet de dirigeants d’entreprise, de généraux et de politiciens - de maintenir l’illusion historique d’une unité nationale par laquelle le gouvernement est censé représenter le peuple dans son ensemble et l’ennemi commun venir toujours de l’extérieur [...]. Il est également important pour lui de s’assurer que la seule véritable unité soit l’unité artificielle des élites privilégiées avec les citoyens qui le sont à peine moins, tandis que les 99% de la population restante doivent demeurer divisés par tous les moyens et opposés les uns aux autres afin de détourner leur colère.

[…] les victoires inattendues des rebelles - même les victoires momentanées - démontrent la vulnérabilité des soi-disant puissants. Dans un système extraordinairement sophistiqué, les élites au pouvoir ne peuvent se maintenir sans la soumission et la loyauté des millions de gens à qui l’on accorde en échange de ce service, de bien maigres récompenses : les soldats, la police, les enseignants, les hommes d’église, les fonctionnaires et les travailleurs sociaux, les techniciens et les ouvriers, les médecins, les hommes de loi, les infirmières, les travailleurs des transports et des communications, les éboueurs et les pompiers. Ces gens –les catégories dotées de quelques privilèges mineurs- sont pris dans une alliance avec les élites. Ils forment, en quelque sorte, la « garde prétorienne » du système, véritable digue entre les classes les plus favorisées et les classes les plus pauvres. S’ils cessent d’obéir, le système s’effondre.[...]

Si un tel mouvement prenait racine dans des centaines de milliers d’endroits à travers le pays, il serait impossible de l’arrêter parce que les gardiens sur lesquels s’appuie le système pour assurer sa survie seraient eux-mêmes parmi les rebelles. […]

C’est possible parce que la majorité des hommes et des femmes qui composent les fameux 99% de la population commencent à se rendre compte qu’ils partagent les mêmes intérêts et les mêmes besoins. Plus les gardiens et les prisonniers du système en auront conscience, plus l’appareil du pouvoir sera isolé et inefficace.

Les armes, l’argent et la maîtrise de l’information par les élites ne seront d’aucune utilité face à une population parfaitement déterminée. [...]

Si nous comprenons cela et que nous agissons en conséquence, non seulement la vie pourra être immédiatement améliorée mais nos petits-enfants et les enfants de nos petits-enfants connaîtront probablement un monde différent et meilleur."


[1http://www.pressegauche.org/spip.php?auteur1239 Et si les classes moyennes se réveillaient...

Françoise Breault

Après une carrière en enseignement, dont un an avec les Échanges France-Québec, j’ai poursuivi en travail social auprès des familles. Vers l’âge de cinq ans, je me demandais pourquoi il y avait des pauvres et ce que je pouvais faire. Sans en prendre pleinement conscience, cette interrogation m’a habité toute ma vie. Une année en Amérique du Sud ne m’avait toujours pas apporté de réponse. Cela m’a pris du temps à voir clair... Maintenant que la lumière est allumée, je ne peux et ne veux la refermer... Tous les faits, toutes mes lectures me confirment comment le système économique actuel contribue à ce fossé grandissant entre riches et pauvres. Me voici maintenant à ma 3e carrière, celle où je peux mettre tout mon temps et énergie à sensibiliser les gens aux graves enjeux d’aujourd’hui, afin de vivre dans un monde plus juste... « mais nous, nous serons morts mon frère... ».

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