Édition du 18 juin 2019

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États-Unis

Parier sur Joe Biden est un mauvais pari Loin d’être un choix sûr, il lui manque la vision économique nécessaire pour battre Donald Trump

Dans un « Tweet » récent, D. Trump écrivait : « Le fait est que dans notre pays tous les aspects économiques sont au meilleur de tous les temps » ! Sans surprise, il a fait clairement savoir que la force de l’économie allait être au centre de sa campagne pour sa réélection. C’est ce qui pousse les Démocrates à s’aligner pour soutenir l’ex vice-président Joe Biden en pensant qu’il est celui qui ferait le meilleur opposant au Président. C’est faux.

Robert L. Borosage, The Nation, 10 mai 2019
Traduction, Alexandra Cyr

D. Trump ne peut résister à exagérer les nouvelles économiques. Mais il y a lieu de s’arrêter sur d’autres aspects : le chômage n’a jamais été aussi faible depuis 1969. Les offres d’emplois excèdent le nombre de personne qui en cherche. Les Latinos et les Afro-américains.es, pendant que leur taux de chômage est spectaculairement plus élevé que celui des blancs.hes, ont franchi un cap sans précédent depuis l’entrée de D. Trump à la présidence.

Bien sûr, il ressemble un peu à un alcoolique qui saute dans l’autobus qui descend la côte et qui pense qu’il est en train de le conduire le pied sur l’accélérateur. Il soutient que c’est la dérégulation qu’il a mise en vigueur, les baisses de taxes et d’impôts et ses politiques commerciales qui font la différence. Le déficit commercial avec la Chine a atteint un sommet l’an dernier, les baisses d’impôts et de taxes vont aux plus riches et la dérégulation ne fait que commencer, ses effets sont à venir. Ses prétentions sont donc à vérifier. Mais, que ce soit la chance ou de bonnes politiques, il peut et il va s’attribuer le crédit de cette bonne situation auprès de l’électorat.

Pendant que le Président plastronne, les Démocrates sont dans une discussion furieuse pour savoir comment le contrer. Beaucoup d’électeurs.trices dans les primaires donnent des signes de pouvoir soutenir le/la candidat.e qui serait le plus à même de le battre au dépend de leur propre favorit.e. Joe Biden a vite pris la tête à cause de l’idée répandue qu’il serait « le pari le plus sûr » pour cette tâche. Il a de l’expérience et il est modéré. On lui accorde le crédit de pouvoir intéresser la classe ouvrière blanche qui ont voté pour D. Trump en 2016 particulièrement dans les États du MidWest qui ont changé de camps à cette époque.

Andrew Sullivan qui le défend, dit qu’il n’est pas trop blanc ni trop vieux, qu’il n’a pas la main si baladeuse ni qu’il soit trop compromis pour que sa victoire ne soit pas probable. Il soutient aussi que D. Trump est capable de détourner la base démocrate de tous les autres candidats.es alors que J. Biden peut faire appel à l’électorat modéré notamment, les diplômés blancs du secondaire. J. Biden bénéficie déjà de l’endossement d’un des Démocrates les plus populaires, B. Obama. Une bonne partie de la direction du Parti, ceux et celles qui détiennent l’argent, les agents.es et les leaders des syndicats et de l’élite (démocrate) sont derrière lui.

En fait, plutôt qu’être le « pari le plus sûr », il se peut qu’il devienne le pire de toutes les options, incapable soit de conquérir la coalition de jeunes Démocrates qui émerge, les minorités, les femmes ou de regagner l’appui de l’électorat de la classe ouvrière qui a soutenu Obama ou Trump. Il pourrait facilement devenir un nouveau Bob Dole, le Sénateur républicain qui a perdu sa mise lors de la réélection de Bill Clinton.

Si D. Trump peut brandir la carte de la croissance économique à son avantage, il s’appuie sur quelque chose de très faible. Elle aussi bonne qu’il se peut mais elle n’avantage pas de la plupart des Américains.es. Si les salaires ont commencé à augmenter, ils ne sont toujours pas capables de dépasser ce que la stagnation a installé aux cours des dernières décennies. Le coût des biens et services de base, les soins de santé, les médicaments sous ordonnance, le logement, la garde des enfants, les frais dans les collèges et universités augmentent plus vite que les salaires. La dette reliée aux études totalise plus de 1,6 mille milliards et de plus en plus de famille n’ont plus les moyens d’envoyer leur progéniture aux études supérieures. Près de 30 millions de personnes ne peuvent pas assumer les coûts des assurances maladie. C’est une augmentation de plus de 7 millions de personnes depuis l’élection de D. Trump. Des dizaines de millions ne peuvent se faire soigner faute de moyens. Presque une famille noire sur 5 et une sur 7 chez les Latinos est endettée ou encore n’a aucune réserve. Le Président a choisi de baisser les taxes et impôts pour les plus riches au lieu de reconstruire nos infrastructures qui tombent en ruine. Tout cela et ses chevaux de bataille de 2016 : nos autos sont construites au Mexique et on ne peut toujours pas boire l’eau de Flint, est encore vrai.

Derrière la présentation populiste que D. Trump fait de ses politiques de base, de ses baisses de taxes et impôts pour les plus riches, des dérégulations mises de l’avant par les lobbyistes des entreprises et le gouvernement « ouvert aux affaires », se trouve l’ordre du jour standard des Républicains.es qui alimente les inégalités et le pillage de la part des entreprises. En 2020, la tâche centrale pour les Démocrates pur jus, sera d’exposer la véritable gouvernance du Président en démontrant, que même dans le meilleur des cas, l’économie ne fonctionne pas en faveur de la majorité des Américains.es et que D. Trump empire encore les choses. Ceci, tout en offrant un programme imbattable pour changer l’ordre des choses.

L’essentiel de la candidature de J. Biden, est la restauration : une promesse d’un retour à la « normale » des années Obama. C’est un appel aux centristes du Parti démocrate mais cela le place aussi comme le meilleur adversaire que D. Trump rêve d’avoir. Pour contrer Biden, le Président pourrait encore une fois, se positionner comme le rebelle, l’agent de changement face à l’establishment.
Quand il fanfaronne, D. Trump brandit ses politiques commerciales agressives comme preuves de sa crédibilité populiste. Récemment, lors d’une assemblée électorale à Panama City en Floride, il clâmait : « L’ère de soumission économique est terminée ». C’est une accusation envers l’administration Obama et ses prédécesseurs. « Des décennies de politiques commerciales désastreuses qui ont enrichi Wall Street aux dépends de Main Street », est terminée ajoutait-il.

Contrairement au discours isolationniste du Président, J. Biden est un partisan avoué du « libre échange ». Il a soutenu l’ALÉNA, le Partenariat trans pacifique et l’entrée de la Chine à l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Avec un pareil dossier, il n’a guère d’autre choix que de défendre l’indéfendable. Ça ne va pas de soi. Déjà, lors d’un arrêt en Iowa, il a platement nié le défi (que pose) la Chine en disant qu’il était invraisemblable qu’elle nous « retire le pain de la bouche » et qu’elle « ne nous pose pas de problèmes de compétition ».

Le Président donne une explication populiste au fait que l’économie ne fonctionne pas en faveur de ce qu’il nomme : « le peuple invisible ». Il reprend les positions de B. Sanders et E. Warren et s’en prend à « l’élite » qui détournerait les règles et permettrait à d’autres pays comme la Chine, les alliés de l’OTAN et les partenaires de l’ALÉNA, le Mexique et le Canada de « faire mains basses sur les États-Unis ».

Lors de son premier ralliement dans le Teamsters hall de Pittsburg, J. Biden a testé la partie populiste de son discours en rejetant les baisses de taxes et impôts du Président, accusant les dirigeants.es corporatistes de cupidité en affirmant sa solidarité avec les syndicats et avec un plaidoyer de rétablissement de la classe moyenne. « Comment en sommes-nous arrivés là, a-t-il demandé, là où tant de personnes à travers le pays « pensent que nous ne les voyons pas ».

Il n’a jamais répondu à cette question, au contraire. Il a réitéré que : « nous poussons les États-Unis à l’écart au lieu de les pousser vers le haut ». Nous souffrons : « d’un système politique défaillant qui est affaibli délibérément par notre Président pour lui permettre de continuer à abuser des pouvoirs de son poste » Pourtant, D. Trump n’est qu’un symptôme. Il n’est pas la source des problèmes politiques et économiques américains. Et, sûrement, ceux et celles qui ont choisi de voter pour D. Trump après avoir voté pour Obama, le savent.

Et pire encore, J. Biden n’a pas grand-chose à dire sur la manière de rendre l’économie productive pour la classe ouvrière. Il est encore tôt, mais J. Biden n’est pas un super connaisseur en matière de politiques majeures. Il est peu probable qu’il arrive à livrer un programme solide pour le futur. Il a déjà suggéré que tous les Démocrates : « sont d’accord sur presque tout ce qui compose la base de ce pour lequel il est en campagne (…) ». Il a endossé l’objectif du salaire minimum à 15$ de l’heure dans le programme de B. Sanders, appelé au retrait des baisses de taxes et d’impôt établies par D. Trump, vendu l’idée d’une option publique en assurance maladie au lieu de Medicare pour tous et toutes et il a vaguement parlé de rendre les collèges et la formation professionnelle abordables. Son programme va se développer au fur et à mesure mais, son orientation est moins vers l’avenir que vers la fin immédiate des « aberrations » de l’actuel Président et le retour au statu quo.

Il faut dire que les élections visent rarement l’avenir. Les Démocrates ne battront pas D. Trump sur la simple base de sa corruption personnelle. Ils ne peuvent pas non plus compter sur la démographie pour y arriver. Ils seraient toutefois mal avisés.es de choisir un candidat qui privilégie le retour au passé. Il leur faut un.e leader qui puisse contrer avec vigueur le populisme de D. Trump mais aussi proposer un programme, une vision forte en faveur du changement. Joe Biden a beaucoup de forces mais pas celles-là.

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