Édition du 16 juin 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Europe

Pourquoi tout le monde parle-t-il d'un Pablo Iglesias britannique ?

Résultat surprenant, paradoxal, ironique même, le fait que de nombreux médias me comparent à un vétéran travailliste, Jeremy Corbyn. Et pourtant, ils ont toutes les raisons de le faire. Que peut avoir en commun le nouveau chef de l’ancien parti fondé par les syndicats britanniques avec une formation née il y a un an et demi en Espagne ? Fondamentalement une chose : l’échec de la troisième voie sociale libérale.

(Paru dans El pais, 14 septembre 2015 - Traduction PTAG)

On dit que Podemos est le parti de l’indignation. Ce n’est pas du tout incorrect, et cette explication ne rend compte que de la moitié du réel. Le 15-M et le mouvement des Indignés en Espagne ont été l’expression sociale de l’échec de ce qui a été appelé le néolibéralisme. Ce mode d’organisation politique qui a détruit les institutions de protection sociale, qui a détruit l’industrie et les syndicats, qui ont produit des bulles spéculatives, qui est basé sur le crédit à la consommation, et qui s’est montré incapable de fournir des solutions acceptables lorsque la crise financière a accéléré la destruction les services publics et des droits sociaux appauvrissant la classe moyenne et la classe ouvrière. Au moment où la crise a frappé l’Espagne, le PSOE, traditionnellement identifié avec l’État-providence, était au gouvernement et il n’a fourni aucune alternative. Déjà, non seulement il n’osait pas être socialiste, mais il n’osait même pas rejeter les politiques de compressions et d’austérité et avancer un programme keynésien minimal de sauvetage citoyen. Jose Luis Rodriguez Zapatero, a tout simplement fait face à la crise en prenant les mêmes mesures qu’aurait prises un gouvernement conservateur. Il reconnaît même dans ses mémoires qu’il savait qu’il allait prendre des mesures qui lui coûteraient l’élection de son parti.

Enfin, nous aurons un allié dans le Royaume-Uni avec qui nous partageons une même évaluation de la situation.

Cela a contribué à l’identification des deux principaux partis espagnols qui défendent à peu près la même chose, qui incarnent les privilèges de caste, car ils font des réductions à l’aide sociale qui appauvrissent la population. La majeure expression sociale de cette désaffection était le 15-M, un mouvement dont le message principal était le rejet des élites politiques et économiques. Podemos a sans doute été l’expression politico-électorale de ce mouvement, cependant, cela ne peut être expliqué sans considérer le fait que notre Parti socialiste était devenu pour beaucoup de citoyens semblables au Parti populaire.

La situation au Royaume-Uni n’est pas bien différente. Là-bas, le succès du néolibéralisme a signifié la défaite du travaillisme et de la classe ouvrière britannique, qui avait beaucoup d’expressions symboliques. Ce qui me dérange le plus, c’est la défaite infligée par Thatcher aux mineurs qui ont mené une résistance héroïque. Ce qui me choque le plus, c’est le lancement par Tony Blair de la Troisième Voie (qui allait devenir le meilleur héritier de Thatcher), qui a fait la social-démocratie une sorte de nouveau social-libéralisme qui allait devenir une référence pour tous les partis socialistes européens, en particulier pour le parti espagnol.

Si Podemos a été la meilleure expression de la crise d’identité du PSOE (et ce n’est pas un hasard s’il a essayé de se démarquer de nous) au Royaume-Uni, Corbyn est la meilleure expression de la crise d’identité du Parti travailliste. Cela aurait pu arriver de l’extérieur (comme en Écosse, où les électeurs traditionnels du Labour Party ont compris que le SNP défendait mieux les droits sociaux), mais elle s’est manifestée de l’intérieur.

Enfin, nous aurons un allié dans le Royaume-Uni avec qui nous partageons la défense d’une même évaluation de la situation et un projet de défense des droits sociaux par le biais des politiques visant à lutter contre l’inégalité. Notre rôle est simplement d’être des forces qui représentent la majorité sociale, les classes populaires frappées par modèle de gouvernance financière destinée à favoriser les élites financières et leur clientèle.

De plus en plus, les socialistes viennent à nous pour défendre la démocratie, pour lutter contre l’austérité et contre l’inégalité. Nous pouvons seulement dire : bienvenue camarades, marchons ensemble.

La campagne contre Corbyn a déjà commencé. Nous entendons les mêmes insultes qu’a reçues le gouvernement grec et que nous avons reçues, ou la même condescendance qui affirme que son rôle ne sera qu’un moment sur le devant de la scène, mais qu’il ne nous pourra jamais gouverner. Et pourtant, nous sommes de plus en plus fort en Europe. Bienvenue, Jeremy.

Cet article a été rédigé par le secrétaire général de Podemos pour The Guardian.

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