Édition du 25 février 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Prendre ou non l’avion une question de responsabilité environnementale

Mentionnons tout d’abord qu’aborder les problèmes reliés aux voyages en avion est une opération risquée. En effet, beaucoup de gens prennent l’avion, et remettre en cause cette pratique peut créer, chez plusieurs, un sentiment de culpabilité se traduisant par un mouvement de défense. Toutefois, considérant les effets environnementaux graves que provoque cette activité, il est impératif de conscientiser les gens qui en font usage.

Beaucoup et de plus en plus

À chaque seconde, plus d’un avion décolle quelque part sur la planète, soit 100 000 vols/jour (Émission Découverte à Radio-Canada, 2019). Même si on a augmenté l’efficacité des avions en réduisant leur consommation de carburant de 30% depuis 1990, c’est une des sources de pollution qui connaît la plus forte croissance. Selon l’Organisation de l’aviation civile internationale, l’augmentation actuelle du trafic est de 6 à 7%/an dans le monde à la faveur, entre autre, du coût des billets de plus en plus bas. Si rien n’est fait, le trafic aérien pourrait plus que tripler d’ici 30 ans, provoquant une situation insoutenable pour le climat de la planète. En effet, le secteur est incapable, et de loin, de compenser le rythme d’accroissement du trafic par des améliorations technologiques ou opérationnelles.

Nous vivons cette situation ici-même à Québec où l’aéroport vient d’être agrandi et il est déjà prévu de procéder sous peu à de nouveaux travaux permettant d’accueillir le double de passagers. En 2018, le site Internet de l’aéroport international Jean-Lesage de Québec rapporte un achalandage de 1,8 millions de voyageurs. C’est comme si la population entière de la région prenait l’avion plus de 2 ou 3 fois par année.

Très polluant

L’avion est très polluant. Selon la Fondation Nicolas Hulot, « l’aviation est, de tous les modes de transport, le plus émetteur de gaz à effet de serre. Par passager et par kilomètre parcouru, ce mode de transport est 3 fois plus nocif pour le climat que la voiture. Le nombre de polluants émis par les avions sont nombreux : CO2, NOx, HC, COV, SO2, suies et vapeur d’eau ». Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évaluation du climat (GIEC), « la contribution de l’aviation aux émissions globales des gaz à effets de serre est estimée à 2%, mais cet impact est de 2 à 3 fois plus important en comptant l’ensemble des paramètres ». Faire un trajet Québec-Paris en avion vient annuler tous les efforts de vie simple effectués par une personne au cours d’une année.

Exigences et irritants

Pourtant, voyager en avion présente des exigences considérables et de nombreux irritants tels : nécessité de combattre le stress associé à la dangerosité, aux horaires, à la limitation et perte de bagages, aux fouilles à la douane, au mal de l’air, à l’immobilité pendant de longues périodes, au décalage horaire, à l’expansion des gaz, à l’obligation de se procurer un passeport et parfois un visa, se faire vacciner et prendre une assurance médicale, aux aléas des aéroports (arrivée plusieurs heures avant le départ, retards et annulations de vols), aux problèmes associés aux langues et monnaies étrangères et finalement au coût des billets. Étrangement, tous ces facteurs ne découragent pas de plus en plus de gens de prendre l’avion.

Autres solutions

L’avion est utilisée pour des raisons de loisirs et de divertissement, par affaires et pour répondre à des besoins de santé, pour des visites familiales, d’aide humanitaire, pour des fins de formation, etc.

Il existe un certain nombre d’autres solutions comme : prendre ses vacances plus localement, (choisir la Côte Atlantique plutôt que l’Asie), faire des voyages plus longs et moins fréquents, « visiter » sans se déplacer en écoutant reportages, conférences et films. Plutôt que de marcher sur Compostelle ou aller dans les Caraïbes pour participer à des activités de méditation ou de yoga, on peut très bien faire tout ça au Québec. Les voyages de groupes à l’étranger avec les chorales ou les orchestres peuvent être remplacés par des tournées régionales de concerts au Québec, en Ontario et dans les maritimes. Les échanges interculturels des élèves d’écoles secondaires à Cuba ou au Guatemala pourraient se faire avec des communautés autochtones accessibles en autobus au Québec. Les voyages d’affaires et les contacts avec la parenté peuvent souvent être espacées ou carrément remplacés par des communications à l’aide des nouvelles technologies. Les voyages pour aide humanitaire, pour leur part, ne sont pas sans laisser des sentiments de deuil chez les aidés, toujours renouvelés à chaque cohorte de bénévoles.

Le kérosène utilisé par les avions n’est pas taxé depuis 1944. De même les taxes provinciales et fédérales du Québec et du Canada n’apparaissent pas toujours sur le prix des billets d’avion à destinations intérieures et étrangères. Il serait peut-être temps de normaliser la situation.

Tourisme écologique

Depuis quelques années, on assiste au développement du « tourisme écologique » regroupant certaines initiatives comme : le déboursé d’une compensation carbone à même le prix du billet, le séjour dans des familles plutôt que dans des « tout inclus », les changements moins fréquents de draps et serviettes dans les hôtels, etc. Même si ces actions sont à encourager, elles sont actuellement marginales et n’auront jamais qu’une faible importance comparée à la pollution des avions.

Mentionnons finalement que le « tourisme spacial » est l’exemple extrême de la pollution par les déplacements dans l’espace. Pour 250 000$ vous volerez 1 1/2 heure dont 4 minutes en apesanteur. Quelle sottise !

Décider en pleine conscience et responsabilité

Bien que les voyages à l’étranger représentent un désir légitime de culture, de détente, d’épanouissement, de partage familial, etc., il faut bien admettre que les souvenirs de nos voyages sont très fugaces et il ne nous en reste pas grand-chose après quelques mois ou années. De plus, cette activité doit être parfois remise en cause à l’exemple de la jeune activiste environnementale suédoise Greta Thunberg qui a récemment choisi de traverser l’Atlantique en voilier pour se rendre à une rencontre internationale sur le climat à New York. Bien qu’une telle opportunité n’est pas donné à tous, la réduction de l’usage de l’avion s’impose en considérant la pollution engendrée et les statistiques qui en prévoient une véritable explosion.

Avoir les moyens financiers de voyager à l’étranger ne devrait pas être un critère déterminant. Chacun doit décider en pleine conscience et responsabilité de prendre ou non l’avion.

Pascal Grenier, simplicitaire

Pascal Grenier

membre du groupe Simplicité volontaire de Québec

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