Aujourd’hui, aller vivre en hébergement public relève trop souvent du parcours du combattant. Les places se font rares, les délais s’allongent et les décisions sont prises dans l’urgence, parfois au détriment des personnes aînées et de leurs proches. Pendant ce temps, les solutions dans le privé prennent de plus en plus de place, à des coûts élevés, sans garantir la qualité ni la sécurité des résident•e•s, et encore moins un accès équitable pour tou•te•s.
« On a laissé s’installer un système à deux vitesses où l’accès à un milieu de vie adéquat dépend de la capacité de payer. Pendant ce temps, les CHSLD publics manquent de ressources et peinent à répondre aux besoins croissants. Si on veut garantir des conditions de vie dignes aux personnes aînées, il faut renverser la tendance et investir là où ça compte », affirme Robert Comeau, président de l’APTS.
Un accès fragilisé, des conséquences humaines majeures
L’accès universel à l’hébergement s’effrite de façon préoccupante. Entre 1991 et 2022, le nombre de lits en CHSLD par millier d’habitant•e•s a diminué de 30 %, passant de 7,48 à 5,2. Parallèlement - et alors que le nombre de résidences privées pour aîné•e•s (RPA) a presque triplé entre 2000 et aujourd’hui -, les coûts pour les résident•e•s ont fortement augmenté, passant de 1 200 $ mensuellement en moyenne pour une personne semi-autonome à 3 100 $ sur la même période. Ce développement d’un marché de la vieillesse, dominé par quelques grands joueurs, accentue les inégalités d’accès.
Sur le terrain, les conséquences sont bien réelles et les dilemmes quotidiens pour les intervenant•e•s. Lorsqu’une place se libère, les personnes aînées peuvent être contraintes de déménager rapidement, parfois à des centaines de kilomètres de leur milieu de vie, loin de leurs proches. Refuser une place signifie souvent voir son nom retourner au bas de la liste d’attente.
« Les équipes vivent des situations extrêmement difficiles. Elles doivent libérer des lits tout en sachant que les solutions proposées ne répondent pas toujours aux besoins des usager•ère•s. Elles accompagnent des familles dans des prises de décision déchirantes, dans un contexte où les ressources manquent et les options sont limitées », souligne Émilie Charbonneau, 1re vice-présidente.
En juin : réhabiliter les CHSLD
Pour répondre aux besoins croissants et garantir des conditions de vie dignes aux personnes aînées, l’APTS propose de redonner toute sa place au réseau public d’hébergement en :
– construisant de nouvelles installations publiques et en rénovant celles qui existent ;
– embauchant du personnel et en intégrant les ressources du privé au réseau public ;
– améliorant la qualité, la continuité et la fréquence des services ;
– élargissant la notion de soin pour mieux répondre aux besoins globaux des résident•e•s ;
– renforçant l’encadrement du privé, notamment en permettant la fermeture ou la nationalisation de résidences en cas de manquements graves.
« On ne peut pas continuer à compenser un sous-investissement public avec des solutions privées, plus coûteuses et inégales. Redonner vie à nos CHSLD, c’est faire un choix clair : celui d’un réseau public capable de répondre aux besoins au lieu d’avoir à les contourner. Les solutions existent, ne manquent que la volonté et le courage de les mettre en place », conclut Robert Comeau.


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