« Il y a à peine six mois, la ministre de la Santé, Sonia Bélanger, présentait sa nouvelle politique en matière de soutien à domicile. Elle y reconnaissait la complexification croissante des services professionnels et d’aide à domicile, en plus de souligner la nécessité d’anticiper les besoins de main-d’œuvre afin d’assurer la pérennité, la qualité et l’accessibilité des soins et des services à la population. Il y a là un changement de cap radical en ce qui concerne les orientations et un recul important de la qualité des soins qui seront offerts dans les RPA par des gens de bonne volonté, soit, mais qui seront insuffisamment formés pour la tâche à accomplir. Ce sont nos aînées et aînés qui en feront directement les frais », s’exclame Luc Beauregard, secrétaire-trésorier de la CSQ.
Des usagers inquiets
Plusieurs changements proposés dans le projet de règlement inquiètent l’AREQ, notamment l’allègement de certaines exigences de formation du personnel et la possibilité de réduire la surveillance dans certaines RPA, particulièrement de nuit. Pour l’organisation, ces modifications risquent d’affaiblir la capacité d’intervention auprès de personnes aînées souvent vulnérables en situation d’urgence, de chute ou de détresse.
« La modernisation ne peut pas servir de prétexte à une déréglementation déguisée. Oui, certaines règles peuvent être simplifiées, mais jamais au détriment de la sécurité, de la dignité et de la qualité de vie des personnes aînées. La ligne rouge est claire : les économies des propriétaires exploitants ne doivent jamais passer avant la protection des résidentes et résidents des RPA », explique Micheline Germain, présidente de l’AREQ (CSQ).
Une incohérence certaine
La ministre fait le choix de miser davantage sur les soins non professionnels et non réglementés, tout en admettant que l’efficacité de cette approche dépend de plusieurs chantiers de travail : le développement des compétences, l’encadrement et le soutien des intervenantes et intervenants, la révision des rôles traditionnels et de la composition des équipes de travail, et, enfin, la transformation des pratiques cliniques.
« Nos équipes de soutien à domicile sur le terrain comprennent tout à fait les multiples défis qui se dressent devant nous dans les RPA du Québec. Elles veulent contribuer à une réflexion constructive sur l’avenir des soins à domicile octroyés dans ces résidences. Or, nous ne comprenons pas la logique gouvernementale actuelle. Ce n’est pas en abaissant les exigences de qualification que nous allons répondre plus adéquatement aux nombreux besoins, de plus en plus complexes. Tout le monde le sait, agir ainsi, sans une vision globale, nous condamnera à plus d’hospitalisations et de visites à l’urgence, qui sont très couteuses sur les plans humain et financier. Il est plus qu’urgent de prendre un virage responsable vers un réel soutien à domicile, dans les RPA comme ailleurs », ajoute Déreck Cyr, président de la FSQ-CSQ.
Une formation de qualité ?
L’habitude que prend le gouvernement de raccourcir les formations pour des raisons d’économies à court terme risque d’affecter grandement la qualité des soins offerts dans les RPA.
Déjà en 2018, la CSQ et la FSE-CSQ dénonçaient conjointement le fait que la nouvelle attestation d’études professionnelles (AEP) en assistance à la personne en résidence privée pour aînés, d’une durée de 180 heures, asphyxie la formation menant au diplôme d’études professionnelles (DEP). D’ailleurs, le Protecteur du citoyen confirmait les craintes des deux organisations dans son rapport 2022-2023 : « la qualité des soins et des services donnés par les préposés aux bénéficiaires formés dans le cadre d’un programme accéléré n’équivaut pas à celle de leurs collègues plus expérimentés ».
Le projet de règlement actuel pousse encore plus loin ce nivellement par le bas en ne suggérant rien de moins que la fin de l’exigence de formation pour les préposées en RPA, outre les minuscules 14 heures obligatoires, et un éparpillement de l’offre de formation.
« La formation de 180 heures actuellement offerte dans nos centres permet de développer des compétences, notamment pour prévenir les infections et la contamination, intervenir en situation d’urgence et prodiguer des soins et des services d’assistance personnelle qui tiennent compte des besoins et des capacités des personnes aînées. Il n’y a pas de magie, sans une formation adéquate, dispensée par des établissements détenant l’expertise nécessaire en enseignement des métiers de la santé, les nouvelles et nouveaux commenceront malheureusement à travailler sans maîtriser les compétences de base du métier », affirme Richard Bervegin, président de la FSE-CSQ, qui rappelle au passage qu’en milieu hospitalier, la formation pour les préposées aux bénéficiaires est d’au minimum 705 heures.
Pour plus d’information, consultez le mémoire de l’AREQ (CSQ) sur le projet de règlement sur l’exploitation des résidences privées pour aînés.


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