« Il est exactement quelqu’un comme Ruba Ghazal ». C’est ainsi qu’un internaute a fini par me qualifier.
Je l’ignorais, que j’étais comme Ruba, que je pouvais refléter un fragment de sa personnalité ou de sa façon d’exister. La personne ignore peut-être qu’avec une telle association, il me fait plaisir. Je la remercie. Le commentaire voulait sûrement laisser entendre que j’étais un admirateur de Ruba Ghazal. Je dois dire que ce n’est pas la première fois que je sois amusé de lire des opinions que l’on formule sur moi. Positives ou négatives, elles m’amusent au même degré, et d’ailleurs, il m’arrive de penser que ceux qui me critiquent n’ont pas toujours tout à fait tort, et ceux qui me complimentent n’ont pas entièrement tout à fait raison. Mais ça, c’est un autre chapitre dans le grand roman de mes contradictions.
Revenons à Ruba, c’est d’elle qu’il s’agit. Comment a t’on deviné que j’en étais admirateur ? Je reconnais, je n’ai jamais été doué pour dissimuler mes sympathies. Je l’avoue donc sans emphase mais avec certitude, je suis un admirateur de Ruba Ghazal. Je ne le dis pas par solidarité de circonstance ou pour répondre à ses détracteurs, elle n’a nul besoin d’escorte, elle se défend seule, avec cette élégance que possèdent les convictions profondément ancrées.
Je l’ai suivie dès son apparition dans la vie publique, dès que son nom a commencé à circuler, comme une rumeur bienveillante, avant de devenir une présence affirmée. Le fait qu’elle soit d’origine palestinienne n’est pas étranger à mon attachement, je porte en moi une tendresse particulière pour ce peuple, pour sa résilience presque surnaturelle. Mais au delà des affinités personnelles, elle incarne ce que la politique peut encore offrir de plus noble.
Ruba est de ces êtres droits. Solidaire jusqu’au cœur, loyale, constante, incapable de renier ses idéaux. Les tumultes internes de son parti n’ont jamais entamé sa droiture, ni son découragement. Elle a cette manière, cet art de tenir tête au cynisme comme on oppose le regard à la tempête. Elle conjugue la fermeté et la tendresse, la lucidité et la compassion. C’est une femme politique qui ne se contente pas d’être présente dans l’arène, elle en modifie la forme, elle en déplace les frontières. Même quand elle critique sévèrement l’adversaire politique en face, c’est toujours dans le but de construire des ponts et ce pourquoi elle a été élue, s’opposer au pouvoir quand ce dernier vacille.
Son parcours s’est construit à même les pierres du réel. Députée de Mercier, membre fondatrice de Québec solidaire, militante avant d’être élue, engagée dans la défense de l’environnement, des droits humains, des enjeux sociaux. Elle aurait pu suivre la route toute tracée que son diplôme d’ingénieure ouvrait devant elle, mais elle a préféré les chemins escarpés de la chose publique. Et c’est ainsi qu’elle est entrée dans la vie politique, non pas façonnée par une machine, mais forgée par la réalité, les idées et les luttes. Elle a apporté ses valeurs, ses cicatrices, ses colères et ses espoirs.
Comme moi, Ruba est souverainiste. Par sa qualité de porte-parole de son parti, elle sera appelée à jouer un grand rôle au prochain rendez-vous du Québec avec l’histoire. Ceux, parmi les identitaires, qui s’attaquent à elle personnellement, rendent-ils service à la cause souverainiste ? Rendent-ils service au Québec ? S’ils continuent dans cette manoeuvre, ils se tirent dans les pieds. Je recommande vivement à tous les souverainistes de faire de Ruba et ce qu’elle représente, un formidable atout pour le prochain grand rendez-vous.
Comme moi, Ruba est issue de l’immigration. Comme moi, elle sait que l’appartenance ne se mesure pas seulement à la langue d’origine, ni au lieu de naissance, mais au geste d’habiter une société en l’enrichissant. Sa présence à l’Assemblée nationale porte la preuve d’un pays qui se redéfinit et se réinvente. Ceux qui l’observent savent que son regard sur le monde est traversé d’ouverture et de lucidité. Comme citoyen et comme élue, elle a toujours joué un rôle positif dans une société francophone moderne, accueillante, confiante. Et ceux qui s’en prennent à elle personnellement se trompent d’époque, de cible et d’histoire. Ils semblent ne pas voir en elle une richesse, un trésor national.
Je ne suis pas membre de Québec solidaire, mais j’ai toujours voté QS depuis sa fondation. Parfois, j’ai reproché à ce parti d’être réfractaire au vernis, de négliger l’emballage, de manquer de stratégie d’image. J’ai souvent pensé qu’un peu de mise en scène ne ferait pas de tort. Et puis j’ai observé Manon. Puis Ruba. Et j’ai compris que leur style, c’était précisément de ne pas en avoir trop. Les éléments de langage ce n’est pas le style de ces deux femmes admirables. Leur langage est fidèle à la substance de leur message. Leur discours n’est pas une esthétique, mais une vérité. Une authenticité. Québec solidaire ne joue pas la politique, il la pense, il l’ancre, il la défend.
Depuis ses débuts, j’ai suivi avec respect ce parti, cette maison politique où se croisent des héritages de courage. J’ai gardé une admiration intacte pour Amir, Françoise et Manon. Ruba s’inscrit dans cette continuité, avec sa signature propre. Québec solidaire est devenu un espace singulier dans notre paysage démocratique, un contrepoids, une voix qui défend le bien commun. Il tient lieu de mémoire et de conscience.
Ruba Ghazal et Québec solidaire forment, à mes yeux, une même respiration. Ils rappellent qu’il existe encore des femmes et des hommes capables de faire de la politique avec humanité, avec profondeur, avec fidélité à une certaine idée du monde. Un monde où les très riches partagent un peu plus leurs richesses, un monde ou l’égalité est un principe sacrée et une action constante.
Je rends hommage à Ruba aujourd’hui parce qu’on ne rend plus hommage aux politiciens qui tiennent bon malgré les insultes. La politique, malgré ses déceptions, peut rester un lieu vivant, un lieu vrai, un lieu de sens, à condition de lui apporter notre soutien, notre voix et à l’occasion, un hommage.
Mohamed Lotfi
1 Décembre 2025
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