Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/10/sante-des-femmes-au-travail-invisibilisation-biais-et-discriminations-autre-texte/
Des conditions de travail qui pèsent sur la santé des femmes
Dans de nombreux secteurs, les femmes subissent des effets du travail sur la santé qui diffèrent de ceux des hommes. Selon Santé publique France, plus de 11% des femmes salariées souffrent d’une maladie en lien avec leur activité professionnelle. Les troubles musculosquelettiques (TMS), par exemple, touchent près de 60% des femmes de 18 à 64 ans, contre environ 51 % chez les hommes [1].
Par ailleurs, la souffrance psychique liée au travail est nettement plus élevée chez les femmes : environ 6 % d’entre elles en souffrent contre 3% des hommes [2]. Cette surreprésentation s’explique notamment par la division sexuelle du travail qui conduit les femmes vers des emplois plus précaires, plus intensifs sur le plan émotionnel (services, soins, enseignement) et moins valorisés socialement.
Biais médicaux et reconnaissance différenciée des douleurs
La médecine, historiquement structurée autour du modèle masculin, continue d’ignorer ou de minimiser les spécificités de la santé féminine, avec des conséquences directes sur la prise en charge des patientes.
Une enquête menée pour la Fédération Hospitalière de France (FHF) met en lumière que les biais sexistes compromettent la santé des femmes, par des retards de diagnostic, des minimisations des symptômes et des erreurs de prise en charge. Les femmes hospitalisées pour un infarctus sont par exemple presque trois fois plus susceptibles d’être prises en charge tardivement que les hommes [3].
En outre, un rapport du Défenseur des droits souligne que de nombreuses femmes rapportent la minimisation ou la banalisation de leurs douleurs, notamment lorsqu’il s’agit de douleurs gynécologiques ou hormonales (règles, endométriose, ménopause). Ces biais de genre peuvent conduire à une errance diagnostique, avec un refus d’examens appropriés ou une interprétation des symptômes comme psychosomatiques [4].
Cette invisibilisation des douleurs féminines s’inscrit dans un continuum de discriminations systémiques : les femmes sont souvent moins écoutées, leurs plaintes sont plus fréquemment attribuées à l’émotion ou à la psychologie plutôt qu’à une cause médicale, et certaines affections propres au corps féminin restent sous-étudiées et sous-financées.
Discriminations cumulées dans le monde du travail et la santé
Les biais médicaux ne sont pas isolés : ils s’articulent avec des discriminations sociales et professionnelles. Dans le secteur de la santé lui-même, 80% des femmes médecins déclarent avoir été victimes de comportements sexistes, et une majorité estime que les hommes sont davantage valorisés à travail égal [5].
Cette discrimination de genre dans le monde professionnel a des répercussions directes sur la santé : l’accès aux postes à responsabilités, aux conditions de travail décents et à la reconnaissance des souffrances physiques et psychiques est entravé, renforçant la précarité, le stress et l’exposition à des risques professionnels polarisés par le genre.
Discriminations cumulées entre le racisme et la santé
Le phénomène du syndrome méditerranéen est un biais discriminant consistant à considérer que les personnes issues du bassin méditerranéen (Maghreb, Afrique subsaharienne…) exagèreraient leurs douleurs ou symptômes, entrainant des retards dans le diagnostic ou la prise en charge des pathologies. Cela est d’autant plus marqué chez les femmes, où les violences obstétricales sont systémiques, du fait de la minimisation des douleurs [6].
Un enjeu global de santé et d’égalité
Au niveau international, les inégalités structurelles se retrouvent aussi dans les secteurs où les femmes sont majoritaires mais sous-payées, comme la santé et l’aide à la personne, où elles gagnent en moyenne 24% de moins que leurs homologues masculins [7]. Cette dévalorisation économique renforce la vulnérabilité des travailleuses, tout en soulignant la contradiction entre leur rôle essentiel et la reconnaissance institutionnelle qui leur est accordée.
Perspectives revendicatives :
Face à ces constats, il est urgent de repenser la santé des femmes au travail non pas comme un ensemble de cas isolés, mais comme une question structurante d’égalité et de justice sociale :
* Reconnaître et prévenir les atteintes spécifiques à la santé des femmes au travail, en intégrant les données genrées dans les politiques de prévention des risques professionnels et dans les systèmes de suivi médical.
* Garantir la prise en compte de la santé sexuelle et reproductive dans les politiques de santé au travail, avec des droits nouveaux comme un congé de santé hormonale, un accompagnement spécifique durant la grossesse, et une reconnaissance des pathologies menstruelles et de la ménopause.
* Combattre les violences sexistes et sexuelles, qu’elles soient médicales ou professionnelles, en renforçant la prévention, la formation et les sanctions contre les comportements discriminatoires.
* Promouvoir une égalité réelle dans les conditions de travail, les salaires et l’accès aux postes de responsabilité, afin de réduire les effets délétères des discriminations de genre sur la santé physique et mentale des femmes.
* Ces revendications ne sont pas seulement des mesures correctives : elles ouvrent la voie à une société du travail où la santé est reconnue comme un droit pour toutes et tous, débarrassée des biais historiques qui ont trop longtemps invisibilisé les souffrances des femmes.
[1] Fiche 43, Santé des femmes au travail, CGT
[2] Fiche 43, Santé des femmes au travail, CGT
[3] Enquête inédite Ipsos et FHF : « Santé des femmes : quand les biais sexistes compromettent la santé des femmes »
[4] Rapport 2025, « Prévenir les discriminations dans les parcours de soins : un enjeu d’égalité », Défenseur des droits
[5] Enquête Ipsos/BVA : « 80% des femmes médecins déclarent s’être senties discriminées dans leur parcours professionnel », 7/04/2022
[6] The conversation, « Quand la pratique médicale perpétue des stéréotypes hérités du racisme scientifique des XVIIIème et XIXème siècles », 26/03/2026
[7] Rapport OMS, 13/07/2022
Collectif CGT Educ Travail-Santé
https://blogs.mediapart.fr/collectif-cgt-educ-travail-sante/blog/300326/sante-des-femmes-au-travail-invisibilisation-biais-et-discriminations
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