Édition du 19 novembre 2019

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Amérique du Sud

Bresil

Second tour des élections présidentielles

Le second tour des élections présidentielles au Brésil s’est tient le 31 octobre et il est évident que Dilma Roussef, la candidate du PT (Parti des travailleurs) de l’actuel président Lula Da Silva a été élue avec 55,9% des voix. Lors du 1er tour, Dilma Rousseff a obtenu 47.648.171 votes (46,9%) tandis que son opposant José Serra (du PSDB – Parti de la social-démocratie brésilienne) a obtenu 33.130.316 voix (32,61%). Dispersée, la gauche radicale n’a pas pesé dans les élections. Le PSOL (Parti du socialisme et de la liberté, formation anticapitaliste largement issu d’une scission du PT en 2004) présentait Plinio Arruda Sampaio au premier tour des élections présidentielles, et a réuni 886.616 votes (0,87%) — à comparer aux 6 millions de votes obtenus par sa candidate Heloïsa Helena en 2006.

Le PSOL a par contre gagné 9 élus aux élections pour les députés fédéraux, d’États et pour le Sénat. Les scores du reste de la gauche anticapitaliste ont été plus faibles encore : le PSTU (Parti socialiste des travailleurs unifié, du courant trotskyste dit « moréniste ») présentait un syndicaliste de combat, Zé Maria, qui n’a obtenu que 84.609 votes (0,08%). Le PCB (Part communiste brésilien) présentait Ivan Pinheiro, qui a eu 39.136 voix, (0,04%). Enfin, le PCdoB (Parti communiste du Brésil), d’origine maoïste, a quant à lui directement soutenu la candidature de Dilma Rousseff. Nous publions ci-dessous une interview de Carlos Bittencourt, dirigeant du PSOL.

Carlos Bittencourt, enseignant à Rio de Janeiro et dirigeant du Parti du socialisme et de la liberté revient sur les enjeux des élections présidentielles brésiliennes.

Quel est ton bilan du premier tour ?

Carlos Bittencourt : Malgré l’immense popularité de Lula, le fait qu’il faille un deuxième tour est une déroute des attentes des supporters les plus optimistes du gouvernement. Mais cela ne doit pas induire en erreur : le PT est le parti qui a fait élire le plus de députés, tant sur le plan fédéral que sur celui des parlements des Etats. Il a aussi consolidé sa base parlementaire.

Malheureusement, cette hégémonie pétiste n’est pas synonyme d’un positionnement plus à gauche. C’est la droite qui fixe l’agenda politique du second tour, ainsi que le montre clairement la croisade contre la décriminalisation de l’avortement. Au deuxième tour, le PSOL n’appuiera aucun des deux candidats et s’annonce déjà comme l’opposition de gauche au nouveau gouvernement, quel qu’il soit.

Lors de la première élection de Lula en 2002, il était confronté à l’existence de puissants mouvements sociaux. Huit ans de « lulisme » les ont anesthésiés. Que va-t-il se passer maintenant ? Comment les reconstruire pour combattre l’accélération de la modernisation capitaliste du Brésil ?

Cela dépend de qui va gagner le 31. Si c’est le PT, il y a des chances que les effets de la narcose perdurent encore quelques temps. La gauche socialiste va probablement rester isolée, mais sans doute moins que sous Lula.

Par contre, une victoire, peu probable, de Serra pourrait imposer au PT un tournant vers les mouvements sociaux avec une logique de confrontations partielles avec le gouvernement. Mais il ne faut pas se contenter de ces spéculations : construire une élaboration radicale, critique du néolibéralisme et pédagogique, compréhensible pour les gens, c’est notre tâche la plus immédiate.

Echec relatif de Dilma, renforcement du PT, et le PSOL ?

La campagne présidentielle de notre candidat Plinio Arruda Sampaio a été une très belle occasion de réaffirmation des valeurs et des propositions socialistes. Malheureusement, la loi électorale et la presse ont réduit la compétition électorale à trois candidats avec Serra et Dilma comme représentants de l’establishment et Marina Silva (ancienne ministre de Lula, porte parole du parti Vert) dans le rôle de « troisième force ». C’est ce qui nous a marginalisés avec une résultat autour de 1%.

Par contre, au parlement nous enregistrons une petite augmentation de notre représentation. De plus, l’élection à Rio de Janeiro de notre camarade Marcelo Freixo a une dimension massive. Marcelo est par ailleurs le protagoniste d’un film « Tropas de elite » qui relate les relations troubles entre police et politique dans l’Etat de Rio.

Mais les aspects les plus positifs sont sans doute le respect populaire que nous avons acquis à travers notre présentation et un processus de multiplication des adhésions militantes. Le PSOL sort de ces élections « plus parti », plus aguerri, avec une forte confiance dans sa capacité d’agir malgré les deux défaites importantes que sont la non réélection de Luciana Genro (députée fédérale du Rio Grande do Sul) et d’Heloïsa Helena (sénatrice de l’Etat d’Alagoas).

L’incapacité de la gauche radicale de présenter une candidature unique a aussi joué un rôle. Et va peser sur la suite...

Oui, certainement. Mais comme nous n’avons pas pu présenter la candidature unifiante d’Heloïsa Helena (qui avait recueilli presque 7 millions de voix en 2006), chaque petite force de la gauche radicale a choisi de présenter son propre candidat dans un but d’auto-affirmation. Leurs scores électoraux ont été infimes et le résultat politique nul. Une recomposition de ces forces est à dans l’ordre du possible, mais tout cela dépendra de la dynamique des luttes sociales...

En Europe, toute la presse parle du « miracle brésilien », de la diminution de la pauvreté. Qu’en est-il au juste ?

Il y a réellement eu une forte diminution du nombre des gens qui vivent dans une misère extrême. Les programmes d’assistance ont joué un grand rôle pour cela. Nous défendons la nécessité d’une plus forte institutionnalisation de ces programmes pour qu’ils ne puissent pas être développés ou limités sur simple décision gouvernementale.

De manière générale, il y a une augmentation des revenus, ce qui n’est pas synonyme de diminution des inégalités. Une intense concentration des richesses a accompagné cette augmentation. Je pense que l’amélioration des revenus et la diminution du chômage résultent d’un repositionnement, y compris au niveau international, du Brésil.

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