Édition du 15 décembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Solidaires des damnées de la terre

Au récent congrès de la FTQ, l’occasion était belle de rencontrer une militante du Bangladesh pour entendre de sa voix le récit de ses démêlées avec les employeurs de son pays et les transnationales de ce monde. Cela se produisait juste après le terrible écroulement d’un atelier de misère qui a provoqué des mortalités par milliers. Dure réalité dont nous apprendrons sans doute que c’est encore les plus mal-pris qui écopent.

Loin du compte-rendu de Radio-Canada sur cet accident qui se penchait sur les inquiétudes et les angoisses d’un désigner de vêtements cherchant les coûts les moins chers, ce que nous a raconté Madame Kalpona Akter était le portrait de ce qu’on préférerait nous cacher. Le témoignage de cette militante a été des plus éloquent pour les syndicalistes, surtout des femmes, qui avaient réservé dans leur horaire chargé une période où ils-elles entendraient une version moins édulcorée de la résistance des travailleur-euse-s du Bangladesh.

Madame Kalpona Akter a été emprisonnée, torturée, discréditée au nom de la préservation de l’image mondiale de ce pays accueillant encore les plus voraces transnationales du monde, y compris les canadiennes, et dont l’offre de travail pénible permet aussi de nourrir et d’habiller les millions de bras laborieux de ce pays. C’est cela qui, en fait, révèle la dignité de leur lutte : celle qui depuis des siècles permet aux subalternes du capitalisme de s’approprier les moyens modestes d’acquérir un esprit et des moyens d’indépendance qui les autorisent à questionner ce que le système leur demande de sacrifices.

Ce que nous avons su, entre autre, c’est que de ces multitudes émergent la classe ouvrière internationale d’aujourd’hui et de demain pour lesquelles la solidarité appelle les Québécois, non au boycott paternaliste, mais aux pressions à exercer sur « nos » transnationales pour faire appliquer ce qu’elles nomment pudiquement des « codes de conduite » pour leurs sous-traitants. Cette autoréglementation par les employeurs du Canada et du Bangladesh n’a pas très bien servi à éviter la catastrophe d’il y a quelques semaines où près d’un millier de travailleur-euse-s de ces ateliers de misère ont été englouti-e-s par ce qui deviendrait leur tombeau.

Cette rencontre a été un autre moment d’enseignements autour de ce qui provoque l’accumulation de ces grandes forces qui tarauderont de l’intérieur tout l’impérialisme moderne à l’échelle de la planète. Rarement la modestie et la joie de vivre qui émanaient du discours de Madame Kalpona Akter n’avait été pour moi cette révélation de la contestation des conditions pourtant terribles qu’impose la recherche de profit à tout prix des transnationales. Celles-ci sont toujours engagées dans des guerres commerciales qui les obligent à chercher sans cesse les pays qu’ils voudront comme alliés dans la quête constante de profits vite faits.

Malgré les difficultés énormes dans la vie militante de Madame Kalpona Akter, il m’a semblé que cette visite rapprochée nous permettait de constater « en direct » le courage qui avait à ce jour, le nom d’une femme. Son engagement syndical prévoyait un retour dans son pays qui ne lui épargnerait rien de ce qui caractérise ces vies entières engagées à faire du monde un lieu plus sain et moins risqué pour leur sécurité, la santé, le revenu et finalement la dignité et le respect qu’elles imposent aux employeurs dans des conditions fort précaires.

La façon dont la solidarité s’exprime dans la FTQ, ou dans d’autres syndicats,
n’attire pas beaucoup les journalistes des médias de droite qui hésitent encore à faire des révélations sur les conditions de vie de ces damnées la terre et de la façon dont les couches subalternes transforment leur univers en s’érigeant aussi en murs de résistance à l’empiètement des transnationales. Des vies sont encore et toujours sacrifiées au nom des profits et de l’exploitation des plus vulnérables. La preuve est faite que le « capitalisme sauvage et criminel » ne mérite plus que les révoltes des forces populaires et, à terme, la révolution, pacifique si possible qui l’éjectera hors de la planète avant que celle-ci ne devienne invivable pour les hommes et les femmes, travailleur-euse-s, qui par millions s’éduquent à devenir « 
ses fossoyeur-e-s ». Ils-elles auront peut-être acquis, au cours de leurs
affrontements, les instruments conscients d’un pouvoir ouvrier au contact direct avec l’enfer de ce système. Celui-ci pourtant se proclame comme la seule alternative … avec les promesses non tenues de réformes. Malgré toutes les conditions extrêmes, à nos yeux, dans lesquelles se fait la lutte, celles-ci, au lieu de provoquer la résignation, stimule le combat. Et la conscience de faire partie d’une classe révolutionnaire semble encore s’imposer comme une nécessité de l’ultime apprentissage qui pourrait mener Madame Kalpona Akter et ses compagnons de travail à s’insurger en masse contre un impérialisme qui alimente leur misère, mais aussi leurs aspirations à un monde supérieur à ce système qu’ici au Québec le parti
communiste nomme encore et toujours le socialisme.

Guy Roy

Guy Roy

l’auteur est membre du collectif PCQ de Québec solidaire à Lévis.

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