Édition du 6 décembre 2022

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Amérique du Nord

Trump, le trumpisme et le grand retour de bâton

Malgré une enquête de la Chambre des représentants sur l’insurrection du 6 janvier 2021 et des enquêtes criminelles dans plusieurs États, l’ancien président Donald Trump reste le chef du Parti républicain et exerce une influence puissante sur sa politique.

Hebdo L’Anticapitaliste - 612 (21/04/2022)

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Wikimedia Commons

Par Dan La Botz

Pour les prochaines élections primaires de novembre 2022, Trump soutient 130 candidats républicains pour la Chambre et le Sénat, ainsi que d’autres pour les gouverneurs d’État ou d’autres fonctions. Son critère le plus important pour les choisir est qu’ils le soutiennent et qu’ils affirment que c’est lui, et non Biden, qui a été élu président en 2020 ; bien entendu, ils doivent également soutenir sa politique « Make America Great Again » (« Rendre sa grandeur à l’Amérique »). Mais, si des enquêtes du Congrès ou des affaires criminelles devaient éliminer Trump, d’autres candidats semblables à Trump, comme Ron DeSantis, gouverneur de Floride, se tiennent prêts à se présenter à la présidence en 2024 avec le même programme politique.

Contre l’avortement et les droits des personnes LGBTI

Pendant ce temps, les gouverneurs républicains et les législatures qu’ils contrôlent dans les États se préparent à la prochaine primaire en mettant les questions de race et de genre au centre de la législation politique et du débat public. Les Républicains ont introduit des projets de loi restreignant ou éliminant pratiquement l’avortement dans trente États depuis le début de l’année et les ont déjà adoptés dans six d’entre eux, bien que ces textes puissent encore être éventuellement annulés par les tribunaux. La loi de l’État d’Oklahoma ferait de la pratique de l’avortement un crime passible de dix ans de prison. Nombre de ces lois reposent sur l’hypothèse que la Cour suprême des États-Unis annulera bientôt l’arrêt Roe contre Wade, qui protège le droit des femmes à l’avortement. En réponse, les Démocrates ont introduit des lois protégeant le droit à l’avortement dans de nombreux autres États. Les deux partis voient dans les questions d’avortement un moyen de mobiliser leurs électeurs potentiels.

Les législateurs républicains ont également introduit 238 lois anti-LGBTI cette année, dont la moitié vise les personnes transgenres. Ces lois interdisent ou criminalisent les soins médicaux pour les jeunes transgenres, réglementent l’accès aux toilettes, restreignent la participation des étudiantEs transgenres à l’école et aux sports, autorisent la discrimination fondée sur la religion à l’encontre des personnes transgenres ou rendent plus difficile l’obtention de documents d’identité portant leur nom et leur genre. Les Républicains affirment que ces lois protégeront les enfants, les droits parentaux et la liberté religieuse. La Floride et plusieurs autres États ont adopté des lois « Don’t say gay », supposées protéger les enfants de l’endoctrinement gay des enseignantEs des écoles publiques. Ces lois interdisent toute discussion sur les questions de genre avec les élèves des écoles primaires ou secondaires publiques.

Racisme et sexisme au cœur de la politique républicaine

Le troisième grand domaine de législation républicaine destiné à agiter l’électorat est l’interdiction de l’enseignement de la théorie critique de la race dans les écoles publiques. En fait, la théorie critique de la race est une théorie juridique sophistiquée sur le racisme qui n’a jamais été enseignée dans les écoles, mais pour les Républicains, cette interdiction signifie une opposition à tout enseignement traitant du racisme. Ils affirment que la théorie critique est utilisée pour endoctriner les élèves avec l’idée que tous les Blancs sont racistes et pour que les enfants blancs se sentent « honteux ». Seize États ont déjà adopté de telles lois et 19 autres envisagent de le faire.

Les lois anti-avortement, anti-LGBTI et anti-théorie critique la race des Républicains s’inscrivent dans le cadre d’un retour de bâton continu parmi les Blancs contre les mouvements sociaux des années 1960 et 1970 qui ont permis l’adoption de lois progressistes pour les NoirEs et les Latinos, les femmes et les personnes LGBTI. Le racisme et le sexisme sont au cœur de la politique républicaine.

Bien sûr, les Républicains vont également continuer de s’opposer au président Biden et aux Démocrates sur les questions économiques et sociales : le taux d’inflation actuel est de 8,5 %, ce qui peut attirer vers eux des électeurs indépendants (c’est-à-dire dont le vote oscille entre les différents partis) qui accordent moins d’importance aux questions idéologiques. Mais ils comptent largement sur leurs attaques contre les droits des femmes, des LGBTI et des NoirEs pour mobiliser leur base, gagner le contrôle du Congrès en 2022 et remettre Trump ou quelqu’un comme lui à la présidence en 2024. Au cours des derniers mois, ces questions de société ont agité les réunions des conseils scolaires locaux, les législatures d’État et ont dominé les médias. Pourtant, d’autres questions essentielles se posent, comme le niveau des salaires et la situation internationale. Le retour de bâton continue de s’amplifier et la gauche a des difficultés à y faire face.

Traduction Henri Wilno

Dan La Botz

L’auteur est un professeur d’université américain et un militant de l’organisation socialiste Solidarity.

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