Édition du 12 mai 2026

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Arts culture et société

Des poètes victimes des massacres israéliens au Liban

Visages des massacres d’Israël au Liban

Avec les femmes, les hommes et les enfants, Israël assassine aussi la culture en Iran et au Liban. Parmi les 350 victimes du massacre du 8 avril, la poétesse Khatoun Salma Kershet et tant d’autres vies auxquelles il est essentiel de donner un visage.

Tiré du blogue de l’auteur.

Les gouvernements d’extrême droite des États-Unis et d’Israël incarnent désormais le visage le plus hideux d’une politique de haine, de destruction et de prédation. Ces gouvernements qui propagent le feu et le sang dans tout le Moyen-Orient, nous font sortir de l’humanité.

Au désastre humanitaire s’ajoute aussi un désastre écologique, patrimonial et culturel sans précédent. De nombreux sites iraniens classés au Patrimoine mondial de l’Unesco ont été endommagés gravement par les tirs des armées israéliennes et étasuniennes, que ce soit le Palais du Golestan à Téhéran, ou celui de Chehel Sotoun à Ispahan (voir ICI).

Ce sont aussi les universités et des institutions scientifiques qui ont été visées. Dès le 9 mars l’UNESCO alertait la communauté internationale : « Le personnel de l’éducation, les étudiants et les infrastructures éducatives, ainsi que les installations liées aux médias et aux sciences, sont de plus en plus exposés aux conséquences de la dégradation de la situation sécuritaire dans certaines parties de la région ».

Le « mercredi noir » de ce 8 avril 2026 à Beyrouth restera certainement dans l’histoire comme l’un des symboles les plus effrayants de la barbarie du gouvernement israélien : destruction intégrale d’immeubles résidentiels, absence de toute alerte, des familles entières décimées en pleine journée, 40% de femmes et d’enfants, 358 morts d’après un dernier décompte.

Parmi les victimes, parmi les enfants, les étudiant·es, les médecins, les journalistes et tant d’autres civils, il y a la poétesse Khatoun Salma Kershet, à laquelle le site « Resumen Latinoamericano » consacre ce 10 avril un article que je restitue en traduction ci-dessous. J’invite aussi à consulter cet article de « L’Orient-Le Jour » qui met un nom et un visage derrière « celles et ceux tués par Israël ».

Pascal Maillard


Liban. Culture réduite au silence : La poétesse libanaise Khatoun Salma Kershet tuée par Israël lors d’un bombardement à Beyrouth !

La célèbre poétesse libanaise Khatoun Salma Kershet a été tuée avec son mari lors d’un bombardement israélien de quartiers résidentiels à Beyrouth. L’attaque, qui visait des zones civiles de la capitale, a coûté la vie à l’écrivaine et à son époux, ajoutant leurs noms à la liste des victimes de l’offensive actuelle au Liban.

« Cette voix vide / La lutte de mes lèvres / Répétant la tentative / Encore et encore. » Les vers de la poétesse libanaise Khatoun Salma Kershet résonnent aujourd’hui comme un tragique écho de ce qui se passe dans son pays.

Dans son recueil de poésie, Les Derniers Reclus de la Lune, son écriture fragmentée, riche en métaphores et en symboles, cherchait à saisir l’insaisissable : la douleur, l’absence, l’impossibilité de construire la plénitude au milieu du chaos. Aujourd’hui, cette fragmentation n’est plus seulement esthétique, mais une réalité brutale : des vies brisées, des histoires inachevées, des familles déchirées par la guerre.

Kershet est morte aux côtés de son mari lors d’un bombardement israélien à Beyrouth. Sa voix, comme celle de tant d’autres civils, a été réduite au silence lors de l’une des journées les plus meurtrières qu’ait connues le Liban ces derniers mois.

Plus de 300 personnes ont été tuées et plus de 1 000 blessées lors de frappes aériennes qui, selon l’armée israélienne elle-même, ont comporté plus de 100 bombardements en seulement dix minutes.

Un poète, plusieurs journalistes : tous assassinés par Israël

Bien qu’Israël affirme que ses cibles sont des positions du Hezbollah, la réalité sur le terrain est tout autre : enfants, médecins, journalistes, étudiants et citoyens ordinaires figurent parmi les victimes.

La mort de la journaliste Ghada Dayekh, après qu’un missile a touché sa maison dans la ville de Tyr, illustre tragiquement cette situation.

Pendant 37 ans, elle a été une voix familière sur les ondes de la radio Sawt al Farah, relatant le quotidien de son pays. Sa station lui a fait ses adieux en tant que professionnelle dévouée, « martyre » d’une attaque qui n’a fait aucune distinction entre combattants et civils. À ses côtés, une autre journaliste, Suzanne Khalil, a également perdu la vie dans un attentat à la bombe à Kaifoun, tandis que le reporter Amin Shomer a été blessé à Saïda.

Le journalisme libanais paie ainsi un prix très élevé. Avec la mort de Dayekh, le nombre de journalistes tués dans le conflit actuel s’élève à au moins six, parmi lesquels Mohammed Sherri, Hussain Hamood, Ali Shoaib, Fatima Ftouni et Mohamad Ftouni. Chacun d’eux représente un récit interrompu, une perspective qui ne pourra plus jamais témoigner de ce qui se passe.

Israël attaque la population civile au Liban

Mais la liste des victimes ne s’arrête pas aux médias. Il y a aussi le Dr Nadim Shamseddine, tué avec sa femme et ses trois enfants lorsqu’une attaque a détruit leur maison à Kaifoun, où il exerçait également.

Il y a Rana Hessaiki Mlaheb, assassinée alors qu’elle achetait des médicaments pour les personnes déplacées. Il y a Ola Attar, qui a perdu la vie à Beyrouth, laissant deux enfants orphelins, après avoir déjà perdu son mari des années auparavant lors de l’explosion du port. Il y a aussi les jeunes Talin Ahmed Hamzi et Yasmin Hussein Allam, étudiants dont la vie a été brutalement interrompue.

Dans ce paysage dévasté, la poésie de Kershet prend un sens nouveau. Ses textes, dont certains lecteurs avaient du mal à saisir la cohérence, semblent désormais refléter fidèlement l’expérience d’un pays incapable de se reconstruire. Des fragments de douleur, des images éparses, des émotions sans continuité.

« La fille arrivera seule / Elle n’aura rien d’autre que son nom », écrivait-elle. Cette fille pourrait être n’importe laquelle de celles qui survivent aujourd’hui parmi les décombres.

L’utilisation de symboles innocents – une lune, une larme, une poupée – dans son œuvre résonne avec force au cœur de cette guerre, où les objets du quotidien demeurent les seuls témoins après les bombardements. À l’instar de ce sac rose et de ces chaussures qui subsistent parmi les ruines d’autres tragédies récentes, un rappel qu’à chaque statistique se cache une vie.

L’offensive s’est intensifiée malgré l’annonce d’un cessez-le-feu temporaire dans la région. Tandis que les discours officiels évoquent des objectifs militaires, la réalité révèle un massacre de civils. Plus de 300 morts au total lors des dernières attaques, selon diverses sources, confirment une escalade qui frappe sans distinction.

Une question demeure, qui traverse aussi bien la poésie que la réalité : comment reconstruire une histoire lorsqu’elle est réduite à des fragments ?

Au Liban aujourd’hui, chaque nom – journaliste, poète, médecin ou étudiant – est une pièce d’une histoire plus vaste que le monde ne peut plus ignorer. Car dans le tumulte de la guerre, ce ne sont pas seulement les bâtiments qui disparaissent, mais aussi les voix qui tentaient de raconter cette histoire.

Publication originale : https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/04/10/libano-voces-de-la-cultura-son-silenciadas-por-ataques-de-israel/

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Pascal Maillard

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