Édition du 12 mai 2026

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Canada

Alors qu’Israël envisage des exécutions, le Canada s’en prend à la solidarité avec la Palestine

Les mesures prises par Ottawa sur son territoire contredisent ses critiques à l’égard de la loi israélienne sur la peine de mort. Fin mars, le gouvernement fédéral a pris des mesures pour [dissoudre->Un drapeau arborant le logo de Samidoun lors d’une manifestation de solidarité avec la Palestine à São Paulo, au Brésil, le 15 février 2025.

8 avril 2026 | tiré de Canadian dimension | Photo : Un drapeau arborant le logo de Samidoun lors d’une manifestation de solidarité avec la Palestine à São Paulo, au Brésil, le 15 février 2025. Photo gracieusement fournie par Samidoun Network/X.

Samidoun, le Réseau de solidarité avec les prisonniers palestiniens, un groupe international d’organisateurs et de militants depuis longtemps visés par une campagne de criminalisation menée par le lobby israélien au Canada. Cette décision fait suite aux modifications introduites dans le budget fédéral de 2025, qui accordent à Ottawa le pouvoir explicite de dissoudre les organisations désignées comme « entités terroristes ».

Cette décision marque une escalade significative de la répression étatique contre la solidarité avec la Palestine, qui coïncide avec l’intensification de la répression des Palestiniens par Israël lui-même.

Samidoun a été fondé en 2011 pour soutenir la grève de la faim des prisonniers palestiniens. La grève de 22 jours, qui s’est déroulée d’octobre à novembre de cette année-là, appelait à la fin des pratiques israéliennes d’isolement cellulaire, du refus de livres et de journaux aux prisonniers politiques, et de l’enchaînement des prisonniers lors des visites familiales. Elle exigeait également la libération d’Ahmad Saadat, secrétaire général du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), de l’isolement.

Depuis lors, Samidoun s’efforce de sensibiliser le public à la situation des prisonniers politiques palestiniens et aux conditions auxquelles ils sont confrontés dans le système pénal d’apartheid israélien.

À travers Israël et les territoires occupés, le gouvernement israélien détient environ 10 000 Palestiniens dans son réseau de prisons notoirement brutal. Les prisonniers sont régulièrement victimes de torture, de privation de nourriture et d’abus. Des milliers d’entre eux sont détenus sans inculpation ni procès. Des centaines de ces détenus sont des enfants — en fait, Israël est le seul pays au monde à juger des enfants devant des tribunaux militaires. Defense for Children Palestine note qu’« environ 500 à 700 enfants palestiniens sont détenus et poursuivis chaque année par le système judiciaire militaire israélien — certains n’ont que 12 ans ».

Dans le contexte de la répression menée par l’État canadien contre la solidarité avec la Palestine en 2023–2024, le lobby de l’apartheid a intensifié sa campagne visant à criminaliser Samidoun. Cet effort de longue date repose sur l’allégation non prouvée selon laquelle Khaled Barakat, époux de la fondatrice de Samidoun, Charlotte Kates, serait associé au FPLP, une organisation de résistance armée que le gouvernement canadien a inscrite sur la liste des groupes « terroristes » depuis 2003.

En octobre 2024, les lobbyistes de l’apartheid ont obtenu ce qu’ils voulaient. Ottawa a annoncé que Samidoun avait été inscrit sur la liste des « entités terroristes » en vertu du Code criminel. Cette annonce a été faite en coordination avec le gouvernement américain, qui, le même jour, a désigné Samidoun comme « terroriste mondial spécialement désigné » par décret.

Le mois suivant, la police de Vancouver a mené une descente militarisée au domicile de Kates, qui avait déjà été arrêté pour avoir salué les opérations militaires du Hamas contre les forces d’occupation israéliennes. La descente a mobilisé un véhicule blindé et des agents lourdement armés. Le voisin de Kates a qualifié l’opération d’« exagérée », ajoutant : « Je ne pense pas qu’il soit approprié d’utiliser autant de force. »

Mais cette démonstration de force était le but recherché. Le raid a servi de tactique d’intimidation, envoyant un message effrayant à l’ensemble du mouvement de solidarité avec la Palestine au Canada.

Une telle fureur politique et une telle répression policière pour une prétendue association avec un groupe palestinien révèlent un double standard flagrant dans la vie politique canadienne. On pourrait se demander pourquoi des liens supposés avec une organisation politique palestinienne provoquent une telle indignation, alors que plus de 200 vétérans canadiens des Forces de défense israéliennes (FDI) — une armée qui a rasé Gaza et qui est actuellement engagée dans de brutales guerres d’agression contre le Liban et l’Iran — sont apparemment accueillis chez eux à bras ouverts.

À tous égards, les FDI sont bien plus violentes et destructrices que n’importe quel groupe palestinien. Pourtant, malgré un prétendu embargo sur les armes, le Canada continue d’expédier des armes à Israël via les États-Unis, et le gouvernement libéral a récemment rejeté un projet de loi visant à mettre fin à ces transferts.

En effet, la liste des « terroristes » du Canada elle-même semble largement destinée à délégitimer la lutte armée palestinienne contre l’apartheid et l’occupation israéliens. Cela se reflète dans son accent disproportionné sur les organisations palestiniennes. La liste a été créée en 2001, et en 2022, « plus de 10 % de la liste des organisations terroristes du Canada [était] composée d’organisations dont le siège se trouve sur un territoire occupé de longue date [la Palestine], représentant un dixième de pour cent de la population mondiale ».

Alors que les armes canadiennes alimentaient l’assaut d’Israël sur Gaza, le ministre Dominic LeBlanc a affirmé que les militants de solidarité de Samidoun constituaient une « menace pour la sécurité nationale du Canada ». Sa déclaration concernant la désignation du groupe disait :

L’extrémisme violent, les actes de terrorisme ou le financement du terrorisme n’ont pas leur place dans la société canadienne ni à l’étranger. L’inscription de Samidoun sur la liste des entités terroristes en vertu du Code criminel envoie un message fort indiquant que le Canada ne tolérera pas ce type d’activité et fera tout ce qui est en son pouvoir pour contrer la menace persistante qui pèse sur la sécurité nationale du Canada et sur l’ensemble de la population canadienne.

La manière dont un réseau de solidarité visant à sensibiliser le public à la cause des prisonniers politiques palestiniens constitue exactement une telle « menace » reste inexpliquée.

Le 30 mars de cette année, trois jours après que la base de données du gouvernement fédéral eut répertorié Samidoun comme « dissoute pour non-conformité », le parlement israélien a adopté un projet de loi ethno-nationaliste sur la peine de mort imposant l’exécution par pendaison aux Palestiniens reconnus coupables d’avoir tué des Israéliens dans le cadre d’actes « terroristes ». La même peine ne s’appliquera pas aux Israéliens juifs qui tuent des Palestiniens.

Lorsque le projet de loi a été adopté, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir — un ethno-nationaliste intransigeant et l’une des figures les plus puissantes d’Israël — a célébré l’événement à la Knesset avec une bouteille de champagne. Il s’était auparavant filmé devant une potence tout en menaçant de mort les « terroristes ». Au cours des mois qui ont précédé le vote, Ben-Gvir et d’autres parlementaires ont porté des insignes en forme de nœud coulant à leur revers pour promouvoir l’exécution massive de Palestiniens.

Le gouvernement canadien a critiqué ce projet de loi raciste prévoyant la peine de mort par pendaison. La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a souligné qu’il « vise systématiquement les Palestiniens » et « s’ajoute à une liste croissante de mesures qui encouragent la violence illégale des colons tout en déshumanisant le peuple palestinien ».

Ces paroles sonnent creux. La même semaine, le Canada a dissous de force un important réseau de soutien aux prisonniers politiques palestiniens. Cette mesure s’inscrivait dans le cadre d’une campagne menée depuis des années visant à saper la solidarité avec la Palestine au Canada par le biais de la censure, de la perte d’emploi, de campagnes de dénigrement, d’intimidations étatiques et non étatiques, de la criminalisation ciblée et de violences policières manifestes.

Les critiques du Canada à l’égard de certains aspects grotesques de la politique israélienne n’ont guère de sens alors que le gouvernement soutient fondamentalement un système de dépossession et de domination ethno-supremaciste qui dure depuis des décennies. Ce soutien se manifeste par des transferts d’armes, un appui diplomatique et la répression de la solidarité avec la Palestine sur son propre territoire.

La criminalisation de Samidoun a démantelé un réseau clé de solidarité avec les prisonniers palestiniens au moment même où cette solidarité est la plus nécessaire.

Ottawa peut exprimer autant qu’elle le souhaite ses objections face aux horreurs du projet de loi israélien sur les exécutions. Cela ne change rien au fait que le Canada est profondément impliqué dans les conditions qui ont rendu une telle loi possible.

Owen Schalk est l’auteur de Targeting Libya : How Canada went from building public works to bombing an oil-rich country and creating chaos for its citizens, une exploration du rôle crucial mais méconnu du Canada dans l’histoire de la Libye, désormais disponible chez Lorimer Books.

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