tiré du site ecosocialist Vancouver | [Photo du haut : « Versez une petite larme pour nous. Puis reprenez le combat. » Photo : Roger Lemoyne/Reuters]
Écoutez, on comprend. À côté de Trump, Carney semble si affable, réfléchi et calme – une bouée de sauvetage de stabilité dans un nouveau monde instable.
Beaucoup au Canada partageaient encore récemment ce point de vue. En effet, il y a à peine plus d’un an, des centaines, voire des milliers de militants pour le climat ont rejoint le Parti libéral du Canada pour aider à faire élire Carney comme successeur de Justin Trudeau. Quelques mois plus tard, des centaines de milliers d’électeurs préoccupés par le climat ont voté en faveur de Carney au poste de premier ministre.
Malheureusement, cependant, une réalité bien différente se dessine. À mesure que les différents volets de la stratégie climatique du Canada sont démantelés, de plus en plus de ces électeurs inquiets pour le climat ressentent un profond remords, désorientés par le décalage entre la personne qu’ils pensaient soutenir et un plan climatique désormais en ruines.
Carney ne parle presque plus de la crise climatique, contribuant ainsi à la quasi-disparition du sujet des conversations courantes et renforçant le sentiment d’isolement de la majorité silencieuse des personnes préoccupées par le climat (une dynamique inquiétante sur laquelle The Guardian a déjà écrit). Mais la rupture va bien au-delà du silence radio de Carney.
Le démantèlement du plan climatique du Canada
Parmi ses premières mesures en tant que Premier ministre, Carney – qui, dans sa vie antérieure, ne jurait que par les solutions fondées sur le marché – a supprimé le prix du carbone pour les consommateurs au Canada.
La nouvelle Stratégie de compétitivité climatique de Carney adopte une approche « fondée sur la stimulation des investissements, et non sur les interdictions ». Conformément à cette orientation, son gouvernement s’est attelé à abroger ou à affaiblir pratiquement tous les mandats climatiques mis en place par son prédécesseur. Les réglementations sur le méthane ont été affaiblies et reportées. Le Règlement sur l’électricité propre du Canada (initialement conçu pour rendre notre réseau entièrement exempt de combustibles fossiles d’ici 2035) a été considérablement repoussé (à 2050) et a rouvert la porte à de nouvelles centrales électriques au gaz.
Un plafond prévu pour les émissions du secteur pétrolier et gazier (sur lequel le mouvement pour le climat a passé des années à mener des consultations) a désormais été supprimé. La législation anti-greenwashing a été signalée pour être abrogée. Et les obligations relatives aux véhicules à zéro émission (ZEV) ont été considérablement retardées et affaiblies, contribuant à une chute spectaculaire des ventes de véhicules électriques au Canada.
Carney s’est également engagé à fond dans le soutien aux nouvelles infrastructures liées aux combustibles fossiles. Le premier ministre est résolu à déréglementer l’environnement, en exemptant de certaines lois environnementales les projets jugés « essentiels à la construction de la nation ». De grands projets de nouvelles installations de GNL et de gazoducs ont été accélérés et seront probablement subventionnés par le gouvernement fédéral (le GNL a déjà bénéficié de nouveaux crédits d’impôt).
Il a doublé les crédits d’impôt pour les projets de capture et de stockage du carbone, et a désormais étendu la subvention à la « récupération assistée du pétrole » – ce qui signifie que le crédit est désormais accessible aux projets qui utilisent le carbone capturé pour extraire encore plus de pétrole par fracturation hydraulique.
Et un nouveau « fonds souverain » fédéral a été annoncé, qui utilisera probablement l’argent public pour subventionner de nouveaux projets d’infrastructures liés aux combustibles fossiles (en gros, l’exact opposé du fonds norvégien, qui a fait ses preuves).
Tout cela en refusant catégoriquement d’envisager un impôt sur les bénéfices exceptionnels des compagnies pétrolières et gazières qui, dans le sillage de la guerre en Iran, s’apprêtent à engranger des profits records aux dépens de la majorité de la population.
Au début du mois, tous les sentiments refoulés de chagrin et de trahison ont éclaté au grand jour lorsque Carney et la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, ont annoncé un nouvel accord énergétique visant à ouvrir davantage la voie à un énième pipeline de bitume et, plus précisément, à permettre à l’Alberta – qui abrite la plus grande source d’émissions du Canada, les sables bitumineux – d’affaiblir considérablement son prix du carbone industriel. Le Réseau Action Climat Canada a qualifié cet accord de « coup de massue porté à l’un des derniers piliers du plan climatique canadien. »
Alors que le prix du carbone industriel au Canada devait atteindre 170 dollars la tonne d’ici 2030, en vertu de cette dernière capitulation, le prix en Alberta n’atteindra désormais que 130 dollars d’ici 2040, réduisant cet outil climatique à une quasi-insignifiance. Lorsque Carney a supprimé le prix du carbone pour les consommateurs immédiatement après son accession au poste de premier ministre, il avait promis de renforcer le prix du carbone industriel (et plus déterminant). Il a choisi de faire le contraire.
Même pour le très posé Canadian Climate Institute, qui fait habituellement preuve d’une patience exaspérante face au gradualisme du gouvernement fédéral, c’était un pas de trop, déclarant que le nouvel accord entre le gouvernement fédéral et l’Alberta « rend l’engagement du Canada d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 définitivement hors de portée ».
Rationaliser l’inexplicable
Certains restent disposés à laisser passer tout cela à notre premier ministre, arguant qu’il doit faire face à un mouvement séparatiste de taille en Alberta. Ce mouvement soutenu par Trump reste minoritaire, représentant environ un quart des Albertains, mais ses partisans se font entendre. Les défenseurs de Carney affirment que toutes les concessions susmentionnées sont nécessaires pour apaiser l’Alberta et « plaider en faveur d’un Canada uni ».
Mais les antécédents de ce raisonnement renforcent tous les risques habituels liés à l’apaisement. C’est cette même logique qui a justifié la décision de l’ancien premier ministre de dépenser 34 milliards de dollars pour construire l’extension du pipeline Trans Mountain afin de transporter davantage de bitume de l’Alberta vers la côte Pacifique, sans qu’aucune récompense politique n’en découle.
Certes, certains continuent de penser que Carney se livre à une partie d’échecs en quatre dimensions d’une grande finesse, déconcertant le secteur pétrolier et ses soutiens politiques tout en préparant le terrain pour une grande transition, sans les absurdités théâtrales de Trudeau.
Mais un an après, nous abandonnons cette idée. Il n’existe aucun scénario dans lequel ces changements de politique n’augmenteraient pas à la fois les émissions nationales du Canada et, plus encore, la pollution carbone en aval ailleurs, par l’expansion des exportations de pétrole et de gaz.
Désolé d’être porteur de mauvaises nouvelles. Versez une petite larme pour nous. Puis reprenons le combat. Le mouvement climatique canadien retrouve ses repères. Il n’y a aucune garantie que ces nouveaux projets liés aux combustibles fossiles au Canada trouveront les investisseurs et les acheteurs dont ils ont besoin pour se concrétiser. De nombreuses nations autochtones affirment qu’elles feront tout leur possible pour en bloquer la réalisation. Et tandis que le Canada s’accroche peut-être aux combustibles fossiles, une grande partie du monde passe à autre chose.
Seth Klein est un écrivain et militant canadien pour le climat, auteur du livre A Good War : Mobilizing Canada for the Climate Emergency, et ancien chef d’équipe de la Climate Emergency Unit. Vous pouvez consulter sa newsletter ici.
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