Édition du 24 novembre 2020

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États-Unis

Il faut se débarrasser de Trump, mais aussi de Mitch McConnell, leader de la majorité républicaine au sénat

Il ne suffit pas de mettre fin à la présidence Trump. Si les Démocrates veulent vraiment gouverner, il leur faut gagner la majorité au Sénat.

Aujourd’hui est le jour qui devrait être celui du début de la fin de la présidence si confuse de Donald John Trump. Mais le remplacer par Joe Biden est un but nettement insuffisant. Nous sommes à un moment historique et bien périlleux compte tenu de la façon qu’est menée cette 59ième élection présidentielle. C’est aussi le jour où Mitch McConnell pourrait perdre la main mise qu’il détient sur le Sénat américain.

John Nichols, The Nation, 3 novembre 2020
Traduction : Alexandra Cyr

En finir avec le « trumpisme » est vital pour l’avenir de notre pays, mais il faut aussi en finir avec le « McConnellisme ».

Comment le faire ? (Supposons) que les Démocrates battent D. Trump, mais que M. McConnell demeure le leader de la majorité au Sénat. J. Biden commencera son mandat comme un canard boiteux. Il sera arrivé là où il le veut depuis la moitié des années 1980, mais il n’aura pas le pouvoir de gouverner fermement comme l’exige la conjoncture critique du moment. Il faudra continuer à se battre contre la pandémie et ses retombées sur le chômage qu’elle fait toujours augmenter, se battre pour la fin de la violence policière et le racisme systémique et contre le développement de la crise climatique de plus en plus sévère d’heure en heure.

L’ancien président Obama a bien résumé cette situation lorsqu’il est intervenu dans la campagne en Géorgie lundi dernier. C’est le seul État où deux sièges de sénateur se décideront aujourd’hui. Il a déclaré : « Si (Joe Biden et Kamala Harris) veulent agir en faveur des changements dont nous avons besoin en ce moment : mettre la pandémie sous contrôle, rétablir l’économie, protéger nos soins de santé, protéger la planète, réformer le système judiciaire et donner aux jeunes leur chance, ils ont besoin d’un Sénat qui se préoccupe vraiment de ces enjeux. Donc, la Géorgie peut non seulement répondre au besoin de Joe et Kamala, mais être L’ÉTAT qui nous donne une meilleure chance parce vous enverrez au Sénat, deux Démocrates Jon Ossoff et le Rév. Raphael Warnock ».

B. Obama en connaît un bout sur la capacité d’un Sénat républicain à faire obstruction à un Président démocrate. Il rappelait à l’électorat, une réalité qu’on néglige trop souvent dans les médias qui privilégient toujours la branche exécutive, aux dépens de la législative.

La banalité fondamentale de la politique en ce moment de grande division, c’est d’imaginer que le leader de la majorité au Sénat, M. McConnell, pourrait accorder un pouce de pouvoir au probable Président Biden. Il s’agit là d’une terrible illusion. Non qu’il soit un obstructionniste absolu, mais, même s’il était personnellement enclin à négocier avec son ex-collègue sénatorial, il reste le leader du caucus républicain composé d’extrémistes de droite. Le moindre signe de coopération avec le nouveau Président démocrate déclencherait une révolte idéologique.

En ce jour d’élection et au cours de ceux qui suivront, je vais donc me concentrer sur la course présidentielle qui prend évidemment le devant de la scène et qui ne sera pas réglée avant que D. Trump et ses supporters ne décident de se retirer. Par contre, je vais garder un œil aiguisé sur les courses au Sénat qui vont définir l’ampleur et le caractère particulier de la prochaine présidence, qu’elle soit celle de Biden ou Trump. Si J. Biden devait l’emporter, ces courses pourraient aussi déterminer la composition de son cabinet. Plusieurs sénateurs.trices étant susceptibles d’y être nommés.es. Par exemple, B. Sanders, sénateur du Vermont, pourrait hériter du poste de secrétaire au travail, la sénatrice E. Warren du Massachusetts, de celui du trésor, Chris Coons, sénateur du Delaware ou Chris Murphy du Connecticut, pourraient devenir secrétaire d’État.

B. Sanders et E. Warren représentent des états dont les gouverneurs sont républicains. Advenant leur nomination, ils doivent désigner des remplaçants.es avant une élection partielle qui en élira de nouveaux. Face à un Sénat très divisé, les probabilités que le nouveau président les recrute pour son cabinet sont à peu près nulles. Pour que J. Biden (devenu Président) aille puiser au Sénat des membres de son administration, il faut absolument que M. McConnell ait considérablement perdu de pouvoir. Il existe bien des chemins pour y arriver.

Bien sûr, je vais avoir les yeux rivés sur la progression du vote en faveur ou non de la démocrate Amy McGrath qui tente de défaire M. McConnell et de le déloger du Sénat (pari perdu, n.d.t.). Cette année, ce n’est pas le seul moyen à notre portée.

Si les démocrates accèdent à la présidence et arrivent, à la fin du long décompte, au score de 50-50 au Sénat, ce sera une situation de division évidente. Dans ce cas de figure, Mme K. Harris, vice-présidente (après l’éventuelle victoire de J. Biden) devient la nouvelle présidente du Sénat et fera aboutir le vote en faveur des démocrates. Par contre, cette situation serait insuffisante pour ceux et celles qui réclament un changement de direction clair, ou n’importe quoi proche d’un New Deal. Le nouveau Sénat sera mis en place le 3 janvier 2021 et K. Harris ne sera en poste que le 21 janvier. De plus, le siège sénatorial qu’elle occupe en ce moment devra être comblé par une nomination du gouverneur démocrate de la Californie, Gavin Newsom.

Les démocrates sont donc à la recherche d’un gain net de quatre sièges pour établir leur majorité à 51 contre 49. Compte tenu que certains.es sénateurs.trices sont plus progressistes que leurs collègues, une plus grande majorité donnerait un peu plus de flexibilité à leur leader, Chuck Schumer, pour mener à bien des projets de loi fondamentaux, comme la réforme de la loi sur le travail.

Est-ce qu’ils y arriveront ? Examinons les chiffres. L’actuel caucus républicain compte 53 membres, celui des démocrates, 47, soit 45 Démocrates et deux indépendants : B. Sanders du Vermont et Angus King du Maine. Dans cette élection, il y a 33 sièges républicains en jeu et 12 démocrates.

Le sénateur démocrate de l’Alabama, Doug Jones, est considéré comme étant en danger de perdre son siège. (Battu. N.d.t.) Au Michigan, deux font face à des adversaires coriaces, soit Gary Peters (course très, très serrée. N.d.t.) et Tina Smith (élue n.d.t.).

Si D. Jones est battu en Alabama (ce qui est les cas. N.d.t.), les démocrates doivent gagner au moins quatre autres sièges (pour obtenir l’avance recherchée). Les analystes pensent que Mark Kelly, candidat en Arizona, pourrait battre la sénatrice républicaine sortante, Martha McSally. (Elle avait été désignée à ce siège après le décès de John McCain qui le détenait, n.d.t.) Au Colorado, le candidat démocrate John Hickenlooper, qui a participé aux primaires, est en bonne position pour battre son adversaire républicain, Cory Gardner. (Ces deux derniers candidats ont gagné. N.d.t.)

Six autres sièges pourraient s’ouvrir pour les Démocrates. Celui de la modérée Susan Collins au Maine pour lequel Sara Gideon se bat. Mme Collins n’a pas bénéficié de beaucoup de retombées positives de son statut de modérée depuis qu’elle a voté en faveur de l’entrée de Brett Kavanaugh à la Cour suprême. (Mme Collins a conservé son siège. N.d.t). Les chances seraient aussi en faveur des démocrates en Iowa, au Montana, en Caroline du Nord et du Sud et pour les deux candidats en Géorgie. Dans cet état, les candidats doivent non seulement gagner, mais dépasser absolument 50 % du vote exprimé. Dans le cas contraire, ils doivent faire face à un deuxième tour qui se tiendra le 5 janvier 2021, soit deux jours après l’entrée en fonction du nouveau Sénat. Ce qui signifie que sa configuration complète ne sera pas décidée avant les derniers moments du processus de transition (entre les deux administrations). Ce ne sera ni bon pour J. Biden ni pour le pays.

Si les candidats en Géorgie, Ossoff et Warnock, étaient élus aujourd’hui, (courses très serrées) le président élu Biden aurait vraisemblablement une position plus confortable et plus solide pour composer son administration. (Mercredi après-midi, ces deux courses ne sont pas conclues, elles sont toutes les deux très serrées. N.d.t.). C’est pour cette raison que B. Obama était en Géorgie lundi et déclarait que : « La Géorgie pourrait être L’ÉTAT. La Géorgie pourrait être l’endroit qui (fait la différence) ».

En cela, il a raison, mais ce pourrait aussi être les deux Carolines, le Montana ou l’Iowa et même le Kansas ou l’Alaska. Il s’agit moins de savoir où les sièges seront gagnés que d’atteindre le nombre suffisant de victoires pour expulser M. McConnell de la direction de la majorité.

il ne suffit pas d’en finir avec la présidence trump, il faut aussi se défaire de m. mcconnell.

Note de la traductrice : les résultats énoncés le sont à partir du site de NPR en après-midi du 4 novembre 2020. Dimanche 8, le Sénat est à égalité 48-48 et la course en Géorgie sera réglée par un 2ième tour pour les deux candidats démocrates comme pour J. Biden début janvier 2021.

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