Édition du 9 décembre 2025

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le Monde

​Mettre fin à la barbarie

Qui veut la paix prépare la guerre… un pari risqué

En 2024, 129 000 personnes ont trouvé la mort dans 61 conflits armés : c’est le nombre le plus élevé depuis 1946. Dans leurs ripostes à l’attentat du 11 septembre, plus de 7000 soldats américains sont morts. Moins visibles, annuellement 8000 vétérans se sont suicidés dans les années qui suivirent les guerres d’Irak et d’Afghanistan, selon Jacques Baud (1).

En juin 2025, conformément aux exigences de l’OTAN, le gouvernement de Mark Carney s’engage à hausser les dépenses militaires canadiennes à 5 % du PIB d’ici 2035 (Le Devoir), «  un cout annuel de 150 milliards de dollars  » : plus de 3000 $ par citoyen, par année ! Le raisonnement est simple, pour nous assurer la paix, on doit développer notre industrie militaire. Mais pour se développer, elle a besoin d’ennemis.

Déjà en 1998, le New York Time nous apprenait que les six plus grandes entreprises militaires américaines avaient investi 51 millions de dollars en lobbying demandant l’élargissement de l’OTAN aux anciennes républiques soviétiques, un nouveau marché qui pourrait s’avérer très lucratif…

Selon SIPRI, les dépenses militaires mondiales atteignaient 2 718 milliards de dollars en 2024, une hausse pour la dixième année consécutive. Pour la Russie, c’est 149 milliards de dollars, 314 milliards pour la Chine et 997 milliards (soit 66 % des dépenses totales de l’OTAN et 37 % des dépenses militaires mondiales) pour les États-Unis.

Si chaque pays continue d’augmenter ses dépenses militaires, comment peut-on faire reculer la guerre ? L’histoire ne nous apprend-elle pas que la loi du plus fort n’est pas forcément la meilleure ?

Dans combien de pays les États-Unis sont-ils intervenus pour protéger leurs intérêts : en Iran en 1953 (pétrole), au Guatemala en 1954 (United Fruit Company), au Vietnam en 1955, au Pakistan en 1958, à Cuba en 1961 (sucre, nickel), au Brésil en 1964 (bauxite), au Chili en 1973 (cuivre), en Argentine en 1975, au Salvador en 1980, au Panama en 1989 (United Fruit Company, canal), en Irak en 2003 (pétrole)… tel que nous le rapportait Claude Julien, alors directeur du journal Le Monde diplomatique dans son livre L’empire américain.

En mars 2024, le magazine américain Foreign Affairs nous révélait que Zelensky et Poutine s’étaient entendus en 2022 pour mettre fin à la guerre : « The Talks That Could Have Ended the War in Ukraine ». L’Ukraine renonçait à joindre l’OTAN, refusait la présence de troupes étrangères sur son territoire en échange de quoi, non seulement la Russie reconnaissait les frontières de l’Ukraine et Poutine s’engageait même à faciliter l’accès de l’Ukraine à l’Union européenne. Mais « le 9 avril, le premier ministre britannique, Boris Johnson, se rendit à Kyiv pour indiquer à Zelensky que l’Occident n’approuvait pas cette entente . L’Allemagne, la France et l’Italie ont fini par se ranger derrière Washington et Londres. Le président ukrainien a fait de même » (2).

Quel pouvoir a le Conseil de sécurité de l’ONU ?

L’ONU, où siègent 193 pays (32 à l’OTAN), a comme objectifs le maintien de la paix et la sécurité internationale. Le Conseil de sécurité des Nations Unies est l’organe habilité à autoriser le recours à la force. Mais toute décision de ce Conseil de sécurité peut être paralysée par le droit de véto que détiennent ses cinq membres permanents : la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Russie. «  La paix mondiale, selon Eduardo Galeano, est entre les mains des cinq puissances qui profitent le plus du commerce de la guerre » (Sens dessus dessous, Lux, 2023). Depuis la chute du mur de Berlin, la Russie a utilisé ce droit de véto 10 fois et les États-Unis 70 fois (3).

En octobre dernier, l’Assemblée générale des Nations Unies adoptait une résolution réclamant la levée du blocus que les États-Unis imposent à Cuba depuis plus de 60 ans. Appuyée par 127 membres, la résolution ne fut rejetée que par 7 autres membres, dont les États-Unis, Israël et l’Ukraine…

Pour mettre fin à la barbarie

Si on demandait aux habitants de la Terre de choisir entre les deux propositions suivantes : a) que chaque pays investisse davantage dans ses dépenses militaires ; b) que soit confié à un nouveau Conseil de sécurité des Nations Unies (quinze pays élus, sans droit de véto) la tâche te trancher dans les différends opposant l’un ou l’autre de ses 193 membres. Laquelle recueillerait le plus d’adhésions ? Et si c’était le deuxième choix, quelles seraient les chances que nos gouvernements dits démocratiques l’endossent ?

Nul ne peut se faire justice à soi-même. Pourquoi ce qui est inacceptable entre deux individus pourrait-il l’être entre deux États ?

Peut-on rêver à la paix dans une société capitaliste où les puissants tirent profit des guerres qu’ils génèrent ? « Le capitalisme est dans son principe un état de guerre permanente, une lutte perpétuelle qui ne peut jamais avoir de fin », écrivait l’économiste Bernard Maris.

Étrange humanité

Un mort, c’est une catastrophe ; cent-mille, une statistique ! (4)

Aucune injonction éthique ne semble plus indiscutable que le « tu ne tueras point ». Et aucune n’a été, et ne reste, aussi constamment, cyniquement et officiellement violée. (5)

Jean-Yves Proulx

Notes

1.Jacques Baud, Terrorisme : Mensonges politiques et stratégies fatales de l’Occident, Éditions du Rocher, Monaco, 2016, p. 152

2.Benjamin Medea & Swanson David, L’OTAN. Une alliance au service de la guerre, Lux, Montréal, 2025, p. 52

3.Wikipédia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Droit_de_veto_au_Conseil_de_s%C3%A9curit%C3%A9_des_Nations_unies)

4.Kurt Tucholsky (1890-1935), écrivain, critique et journaliste allemand, défenseur de la démocratie sous la République de Weimar

5.Cornelius Castoriadis, La Montée de l’insignifiance, Les carrefours du labyrinthe, Seuil 2007

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