Édition du 18 juin 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Liberté d’expression

5000 illégaux et illégales ?

Le 15 mars dernier, malgré les avertissements du SPVM envers les étudiant-es à ne pas participer, malgré les fermetures de stations de métro, malgré les arrestations préventives, malgré l’énième tentative de dépeindre la manifestation comme une insurrection terroriste, bref, malgré le climat de terreur qu’a tenté de créer le SPVM, quatre à cinq mille personnes se sont déplacées pour la seizième manifestation contre la brutalité policière. Cette foule record laisse d’ailleurs penser qu’une majorité en étaient à leur premier 15 mars. De plus, la manifestation a grandement gagné en nombre pendant sa courte marche, plusieurs passant-es se joignant à la cause.

Bien qu’encore une fois l’appel fut entendu par très peu de gens, la manifestation a officiellement été déclarée illégale moins de 30 minutes après son départ. La raison ? On a évoqué à la fois la prise de la rue Sherbrooke et des projectiles lancés sur les policiers. Pourtant, la prise de la rue Sherbrooke par une manifestation est une habitude de la plupart des manifestations et on se demande bien en quoi quelques roches lancées justifient la charge de l’antiémeute sur toute une foule.

Pendant les événements, les flash bombs et autres arsenaux ont été utilisés à tort et à travers. Le SPVM souhaitait manifestement démontrer qu’il ne se gênerait pas pour utiliser ses nouveaux gadgets, aussi dangereux soit-ils. On nous avait dit qu’il s’agissait de bombes qui n’explosent pas, mais on voyait pourtant des éclats, l’un d’eux blessant d’ailleurs un autre manifestant, heureusement plus chanceux que Francis Grenier. On nous avait aussi dit que ces bombes étaient lancées dans les airs, mais des photos le démentent.

Le SPVM nous fera croire que les plus de 200 arrestations sont celles d’individus criminels. Les arrestations de masse et arbitraires démontrent clairement le contraire. Le SPVM ne cherche pas avant tout à arrêter les fautifs-ves ou à éviter les débordements. Le SPVM cherche visiblement à maintenir la peur. C’est leur arme la plus précieuse. Leurs fusils, dont l’utilisation est souvent mise en doute, servent bien plus à apeurer les citoyens qu’à arrêter le crime organisé. Leurs autres armes technologiques (flash bombs, gaz, poivre et autres) ne sont que des outils pour apeurer des foules plus grandes. D’autant plus que cette peur est légitimée par une justice complice, des médias sensationnalistes et un gouvernement incapable du moindre reproche.

Il est évidemment déplorable que l’excuse de la mauvaise rue empruntée ou de quelques projectiles lancés soit utilisée par le SPVM pour charger les cinq mille manifestant-es dans son ensemble. Par contre, notre réflexion ne devrait pas s’attarder sur les techniques policières à adopter, ce n’est pas le coeur du problème. Notre réflexion doit bien plus reposer sur ce que nous pouvons faire face à cette peur. Nous ne devons pas nous diviser quant à un graffiti, une vitrine cassée ou signe de peace. Notre réflexion doit d’abord reposer sur notre solidarité. Jamais une manifestation d’ampleur ne peut être homogène, nous ne sommes pas un groupe paramilitaire. Il faut assumer nos différences et diriger nos énergies dans la cause qui nous fait descendre dans la rue. Car la peur que crée la police sert avant tout à nous empêcher tous et toutes de manifester nos opinions.


François Marcil, candidat à la maîtrise en histoire, UQÀM

Vanessa Gauthier-Vela, candidate à la maîtrise en science politique, UQÀM

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