Édition du 24 mai 2022

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Logement

Annonce d'un nouveau programme d'habitation abordable Québec : Le FRAPRU craint pour l'avenir d'AccèsLogis et dénonce l'ouverture au privé

MONTRÉAL, le 3 févr. 2022 - Le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) réagit avec scepticisme au nouveau Programme d’habitation abordable Québec (PHAQ) présenté, ce matin, par la ministre de l’Habitation, Andrée Laforest et publié hier dans la Gazette officielle du Québec. Les détails dévoilés jusqu’à maintenant sur ce programme, d’abord annoncé lors de la mise à jour économique et financière du 25 novembre dernier, indiquent un virage majeur dans l’aide gouvernementale au logement, et ce sans qu’aucune consultation réelle n’ait été menée. Elle confirme la volonté de privatisation de l’aide au logement, alors que celle-ci avait été dénoncée avec véhémence par plusieurs organisations des 4 coins de la province.

La porte-parole du FRAPRU, Véronique Laflamme, trouve le discours du gouvernement ambigu : « Même si la ministre Andrée Laforest a affirmé en conférence de presse qu’elle ne fermait pas la porte à la poursuite d’AccèsLogis, le seul programme voué spécifiquement au développement du logement social et communautaire, le décret publié hier dans la Gazette officielle en parle au passé, utilisant le terme de « prédécesseur ». La ministre n’a surtout pris aucun engagement clair à ce sujet, ce qu’elle doit faire sans plus tarder. Il serait inacceptable qu’un programme qui a fait ses preuves au cours des 25 dernières années pour répondre adéquatement à une variété de besoins soit remplacé par un autre dont l’objectif clairement énoncé est d’appuyer la construction de projets de logements par le secteur privé. »

Le FRAPRU s’inquiète que le programme soit lancé sans même que le gouvernement n’ait encore défini ce qu’il entend par « logement abordable », en termes de cibles de loyers et de pourcentage du revenu pouvant être consacré au logement. Elle émet aussi des doutes sur la pérennité de la dite abordabilité qui n’est assurée (s’il y a des contrôles suffisants) que pour une période de 15 à 35 ans, contrairement aux logements sociaux réalisés dans AccèsLogis. De plus, des promoteurs privés pourraient mettre fin à leurs engagements avec le gouvernement après 5 ans, sans que la subvention qui leur a été accordée doive même être remboursée au grand complet, alors que les ménages locataires habitant les logements concernés, eux, seraient laissés en plan.

Le FRAPRU note que le nouveau programme sépare complètement l’aide dite « à la pierre » de l’aide à la personne, donnant peu de certitude sur l’aide apportée aux ménages à faible revenu à qui il prétend pourtant être également destiné. Bien que la ministre ait dit en conférence de presse que des unités de supplément au loyer pourraient être utilisées en complément du programme, elle n’a donné aucun détail sur le nombre qui serait disponible. Il rappelle que près de 40 000 ménages à faible revenu attendent souvent pendant des années pour avoir accès à un HLM et que près de 200 000 ménages locataires, dont le revenu médian est de moins de 20 000 $ par année, consacrent plus de la moitié de leurs revenus pour se loger au Québec. Il ajoute qu’AccèsLogis prévoit pour sa part que 50 % à 100 % des ménages locataires peuvent bénéficier d’un supplément au loyer s’ils sont à faible revenu.

Bien qu’il soit axé sur le privé, le programme pourra financer le développement de coopératives et autres formes de logements sans but lucratif et prévoit des modalités de financement améliorées par rapport à AccèsLogis, ce qui aurait très bien pu être fait directement dans ce dernier programme. Il ne prévoit cependant aucun objectif chiffré pour la réalisation de logements sociaux et communautaires. « On marginalise le logement social dans ce qui pourrait devenir le seul programme québécois d’aide à la réalisation de logements, on le met en concurrence avec le privé, sans aucune assurance qu’il pourra répondre aux besoins », dénonce Véronique Laflamme. « Prétendre que c’est du pareil au même, c’est oublier la mission des coops, des OSBL et des offices d’habitation, qui est de loger les gens, avec des loyers les moins chers possibles, tout en préservant un patrimoine qui demeurera collectif dans le temps ; alors que celui des promoteurs, c’est de vendre et d’encaisser ses profits, le plus vite possible », ajoute -t-elle.

« L’urgence, ce n’est pas de mettre sur pied un programme à la va-vite, mais d’indexer et d’améliorer AccèsLogis comme on nous le promet depuis 5 ans. Ça permettrait à court terme de débloquer non seulement 6500 logements qui sont toujours bloqués dans la machine, mais de mettre aussi en branle 10 000 autres qui sont dans les cartons des groupes de ressources techniques et qui n’attendent qu’une programmation pour démarrer », précise la porte-parole du regroupement.

Pour sa part, le FRAPRU maintient donc le cap et demande à Québec de lever toute ambiguïté, en annonçant dès maintenant la poursuite du programme AccèsLogis. Il le presse surtout de financer un grand chantier de 50 000 logements sociaux en 5 ans, comme il l’a défendu dans son mémoire pré budgétaire. Une série de mobilisations régionales qui débuteront par une manifestation à Montréal sont prévues à partir du 12 février, pour soutenir ces revendications et pour dénoncer la privatisation de l’aide gouvernementale aux ménages mal-logés.

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