Édition du 22 septembre 2020

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Asie/Proche-Orient

Avec plus de 10 000 arrestations, que va faire Hong Kong de tous/toutes ses dissident.es ?

Le nombre d’arrestations liées aux manifestations de 2019/2020 a maintenant dépassé les 10 000, un chiffre stupéfiant à tous points de vue. En outre, les arrestations et les poursuites liées aux manifestations de 2014 sont toujours en cours, ce qui augmente considérablement le nombre total de poursuites liées à des questions politiques.

Tiré de Europe solidaire sans frontière.

Au cours des 15 derniers mois, le nombre d’arrestations a dépassé le double de celles effectuées à Hong Kong lors des émeutes de la Révolution culturelle (1966-1967).

Pourtant, à l’époque, 51 personnes étaient mortes, le nombre de blessé.es était important, et la crainte d’un effondrement complet de l’ordre établi était très réelle.

Il convient de noter que ces chiffres d’arrestations ont été fournis par la police. Jusqu’à présent, des poursuites ont été engagées dans environ 20 % des cas.

Hong Kong est en train de se hisser rapidement en tête du classement mondial des arrestations politiques par habitant.e

Ce qui est étonnant dans le nombre d’arrestations, c’est sa comparaison avec les données disponibles concernant le nombre de prisonnier.es politiques sur le continent chinois.

Une base de données compilée par la Commission-Chine du Congrès des États-Unis a estimé que sur l’ensemble de la période 1981-2018, il y a eu 9 116 cas de prisonnier.es politiques sur le continent. Cette commission estime que ce chiffre est probablement sous-estimé.

Bien que cette comparaison avec la situation soit bouleversante, il ne s’agit pas d’une comparaison entre des données similaires car les chiffres du continent concernent les personnes qui ont été emprisonnées, alors que les chiffres de Hong Kong concernent les arrestations effectuées.

Sur le continent, toute personne arrêtée pour des raisons politiques sera automatiquement reconnue coupable et emprisonnée. Ce n’est pas le cas à Hong Kong, bien que le nombre de condamnations pour manifestation augmente rapidement.

Malgré cette mise en garde essentielle, la comparaison est pour le moins surprenante. D’autant plus que Hong Kong n’est pas encore descendue au niveau d’une dictature à part entière.

Ces signaux sont cependant de mauvais augure, car la police a manifestement eu carte blanche pour arrêter plus ou moins qui elle voulait.

Cet acharnement à procéder à des arrestations est parfois grotesque, comme dans le cas de l’inculpation d’un chauffeur de bus pour possession d’une clé à molette comme arme offensive (bien que des reconsidérations aient maintenant commencé à voir le jour), ou dans les cas précédents de classement de pointeurs laser dans la même catégorie.

Le fait d’avoir plaqué au sol une écolière de 12 ans alors qu’elle faisait des courses près du lieu d’une manifestation combine farce et graves préoccupations quant à savoir si un quelconque niveau de retenue lie encore les forces de police.

La police s’est également autorisée à ne donner des informations aux « médias de confiance » que lorsque cela l’arrangeait, et a décidé unilatéralement que les reporters étaient des cibles légitimes d’arrestation et d’agression lorsqu’ils couvraient des manifestations.

Et ce n’est pas tout. Un magistrat visé par le camp pro-Pékin pour sa clémence présumée à l’égard des manifestant.es a été démis de ses fonctions et cantonné à un rôle administratif.

J’allais écrire que Hong Kong est en train d’acquérir rapidement tous les attributs d’un État policier, mais, malheureusement, ce n’est pas le cas car ses attributs actuel décrivent à peine où nous en sommes aujourd’hui.

Que se passera-t-il lorsque les prisons se rempliront de prisonnier.es politiques ?

La conséquence de tout cela est intéressante et inquiétante à bien des égards, mais une question en particulier mérite d’être examinée : que se passera-t-il lorsque les prisons se rempliront de prisonnier.es politiques ?

Une première considération évidente est de savoir s’il y aura suffisamment de place pour ce qui ressemble à un flot de prisonnier.es se dirigeant vers l’incarcération.

Beaucoup d’entre eux/elles y seront pour de très longues périodes, car les peines sont traditionnellement sévères à Hong Kong, et elles le sont de plus en plus à mesure que le ministère de la justice fait pression pour que les peines de prison soient de plus en plus longues.

Deuxièmement, qu’arrivera-t-il à tous ces gens une fois qu’ils/elles seront à l’intérieur ?

Une évidence est amplement prouvée par l’histoire, notamment l’expérience des communistes emprisonné.es avant la révolution chinoise. La leçon à en tirer est que la concentration d’un très grand nombre de dissident.es en prison transforme les prisons en écoles de rébellion.

Nelson Mandela a souvent dit qu’il en avait appris plus en prison que partout ailleurs sur la résistance à un régime oppressif.
Une grande partie de ce que Mandela y a appris a jeté les bases de son extraordinaire succès en tant que dirigeant national qui, lorsqu’il est sorti, était aussi désireux de réconciliation que de voir le changement en Afrique du Sud.

Il reste à savoir si les prisons de Hong Kong donneront naissance à un autre Mandela.

En attendant, il n’y a aucune raison d’écarter l’idée que la nouvelle génération de prisonnier.e.s politiques puisse être le ferment d’une révolution.

Il ne fait guère de doute qu’il sera tout simplement impossible d’enfermer le nombre de dissident.es que les autorités souhaitent voir derrière les barreaux sans que l’atmosphère dans les prisons ne change.
La seule chose que les prisonnier.es ont en abondance est le temps et la possibilité de réfléchir, même dans les circonstances les plus difficiles.

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