Édition du 16 avril 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

C’est aussi pire qu’on l’imagine. Donc, nous devons être très habiles à dire « non » au « trumpisme »

Dimanche dernier, avant le jour de l’élection, les medias et les élites politiques imaginaient toujours que Mme Clinton allait devenir la 45ième Présidente des États-Unis. On a demandé à l’ex président de la Chambre des représentants, Newt Gingrich, ce qui allait arriver au candidat républicain qu’il soutenait. Il a répondu que Donald Trump allait gagner.

John Nichols, The Nation, 9 novembre 2016,
Traduction Alexandra Cyr

Il n’a pas fait un portrait rose pour l’avenir, où dominerait la paix, la prospérité et l’unité nationale. Au contraire, il voyait plus de division.
Beaucoup plus de division.

L’animateur de l’émission Meet the Press, (sur CBS), lui a demandé : « Et le 9 novembre ? Comment allons-nous nous comporter le 9 novembre en tant que pays ? Parce que ce fut une élection violente. Et je vais utiliser vos propres mots. Voici ce que vous avez dit en janvier 2001 après une élection présidentielle très controversée : « La plupart des Américains-es ne se sont pas sentis-es éloignés-es de leur compatriotes. La peur ne les habitait pas devant la victoire du parti opposé. Pas comme en Bosnie, en Irlande du nord ou au Rwanda. La rivalité pour le pouvoir aux États-Unis est un grand débat dans la population et les gens peuvent travailler ensemble le lendemain de l’élection ». C’était la situation américaine en 2001. Croyez-vous que ce sera encore le cas en janvier 2017 » ?

(Réponse de M. Gingrich) : « Non. Je pense que nous avons tragiquement atteint un moment où….Si D. Trump est élu ce sera comme à Madison Wiskonsin avec Scott Walkeri. L’opposition des syndicats de fonctionnaires sera si hostile, si directe et immédiate que la lutte pour le contrôle du pays fera rage. Je pense que nous entrons dans une longue et difficile séquence de quelques années, peut-être de quelques décennies ou plus. À cause de l’ampleur et de la profondeur de l’offense que certains-es d’entre nous ressentons devant la malhonnêteté, la corruption et le manque total de franchise de l’équipe Clinton. Je comprends que de leur côté ils défendent les syndicats ; ils doivent les défendre. Mais cela mène à la situation de Madison Wisconsin….si D. Trump est élu ».

M. Todd a réagi en lançant un « WOW », en réfléchissant brièvement sur le tableau qui venait d’être dépeint et a laissé N. Gingrich partir.

Nous n’en sommes plus là. Il faut prendre Donald Trump et Newt Gingrich au sérieux.
L’équipe Trump est au pouvoir.

Pour le moment.

Le « populiste multimillionnaire » a gagné la Présidence, soutenu par les électeurs-trices de race blanche de la classe ouvrière. Ce sont des personnes si avides de changement qu’elles ont donné leurs voix à un oligarque. Mme Clinton a concédé sa défaite après une des campagnes électorales les plus âpres depuis 1800. D. Trump a gagné le collège électoral même s’il perd le vote populaire.

Le Président républicain va se retrouver dans la situation où S. Walker et plusieurs autres gouverneurs-es républicains-es se sont retrouvés-es après le balayage électoral de 2010 : le « tryptique ». Les Républicains-es contrôlaient l’exécutif, les deux Chambres et la branche législative (dans leur État respectif).

Donald Trump a dit tellement de choses différentes au cours des 17 mois qu’ont duré cette campagne présidentielle. Il a parlé de construire des murs, de bannir les Musulmans-es, de renier le traité sur le nucléaire avec l’Iran, d’abandonner les ententes sur le climat, et d’en finir avec le Partenariat Trans-Pacifique. Il est facile d’imaginer qu’il pourra mener le pays vers des directions particulièrement difficiles.
Mais, en même temps, ces objectifs insensés lui ont permis de se rendre là où il arrive. Nous en savons déjà assez à son sujet et au sujet du Parti qu’il dirige maintenant.

Il ne faut pas se tromper. Donald Trump dirige maintenant le Parti républicain. Ce parti a, au cours des dernières années, développé une stratégie vers le pouvoir. Quand il ne contrôle pas l’exécutif, il empêche le Président démocrate d’agir. Quand la situation est contraire, il s’agrippe et agit. Et vite.

Bien que des conservateurs du Parti aient gagné avec leur slogan « Jamais Trump » parce qu’il était considéré impur, le candidat Trump a accepté la nomination à la candidature de ce Parti socialement et économiquement conservateur. Son programme est exposé sur une plateforme que l’organisation People for the American Way’s, « Right-Wing Watch » reconnait comme une version extrême du programme antérieur du Parti : « le rêve de l’extrême droite, une compilation de regrets, d’attitudes et de politiques pour répondre à quelque revendication que ce soit venant à la fois de la droite religieuses, du Tea Party, des entreprises et de l’aile néo conservatrice du Parti ».

N. Gingrich a raison de noter que la plateforme sur laquelle D. Trump a été élu, met en lumière un programme agressif contre les travailleurs-euses. Il est aussi pire que ceux que S. Walker et les autres membres de la « classe 2010 » du Parti républicain ont fait adopter durant les premiers mois après leur prise du pouvoir. Le nouveau Président a critiqué les lois en faveur de l’augmentation du salaire minimum et soutenu celles dites du « droit de travailler ». Il n’y a que les imbéciles pour douter que son vice-président, le Gouverneur de l’Indiana, Mike Pence, connu pour son opposition féroce au monde ouvrier, hésiterait un seul instant à appliquer son programme tout aussi vite que ne l’a fait Scott Walker. Il le ferait ne serait-ce que pour assurer son statut dans la définition des politiques internes au pays. Il ne faut pas douter non plus qu’il mettra en œuvre tous les autres étranges et extrêmes engagements qu’il a pris au cours de ce qu’il a qualifié dans son discours de victoire, d’« affreuse » et dure campagne. D. Trump va s’entourer d’alliés-es expérimentés-es et talentueux-euses comme le Président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, le leader de la majorité au Sénat, Mitch McConnell et bien sûr de son vice-président, M. Pence.

Cela veut dire que la réponse progressiste à l’élection de D. Trump doit être l’opposition, une opposition préparée. Les militants-es de Democracy for America disent être en train de « faire tout en leur pouvoir pour obstruer , différer et empêcher les attaques qui viendraient de la nouvelle administration, contre les gens de couleur, les femmes et les familles ouvrières Mais il faut avoir une opposition informée avec des connaissances. Les protestations en feront partie ; des protestations aussi importantes et passionnées que celles qui ont été menées à Madison contre S. Walker, à Columbus contre J. Kasich et à Occupy Wall Street. Mais elles ne suffiront pas. Les Démocrates au Sénat ont encore le pouvoir d’obstruction et ils doivent servir dès le départ et en ne s’excusant pas. Mais il leur faut comprendre pourquoi ils le feraient. Il ne s’agit pas de partisannerie, il s’agit de solidarité avec la population qui ne peut se permettre de subir Trump et le « trumpisme ».

Il faut nous engager dans la solidarité avec les réfugiés-es somalis-es que Trump a attaqué à la fin de sa campagne dans sa tournée vers Minneapolis ; avec les musulmans-es de Dearborn où les femmes sont horrifiées que les États-Unis aient élu cet homme brutal et violent à la Présidence ; avec les ruraux américains qui ont vu Trump comme leur seul espoir ; avec les travailleurs-euses déplacés-es de toutes races, classes et croyances qui ont cru à ses promesses vides de meilleures ententes commerciales, d’un travail qui a du sens et d’un avenir pour les communautés oubliées, laissées de côté.

Tous ceux et toutes celles qui se sont opposés-es au candidat Trump doivent maintenant entrer dans cette solidarité pour le bien commun qui a été renié par les Républicains-es comme par trop de membres de l’élite démocrate. D. Trump a capitalisé sur la bien réelle frustration (de la population) pour s’installer comme candidat républicain en rupture de ban puis comme Président. Sa réponse a été trop souvent xénophobe, raciste et réactionnaire. Mais sa réaction erronée ne rend pas les inégalités sociales et économiques de notre époque acceptables.
Ceux et celles qui s’opposent à D. Trump doivent adhérer aux critiques du Sénateur du Vermont, B. Sanders et de celles du Massachusetts, E. Warren. Ce sont ces personnes qui doivent devenir les dirigeants-es du Parti démocrate. Il leur faut aussi adopter les programmes et politiques des leaders du Caucus progressiste du Congrès, comme le représentant du Minnesota Keith Ellison et celui du Wisconsin, Mark Pocan. Il faudra utiliser les stratégies « dedans-dehors » du Working Families Party (face au Parti démocrate), de National People’s Action, de 350.org, des « Dreamers », des militants-es de Black Lives Matters et de tous les groupes qui ont défié le statu quo politique de manière bien plus sincère que D. Trump ne l’a jamais fait et, qu’avec ses alliés-es républicains-es il ne fera jamais.

Ce soir, Our Revolution, mouvement issu de la campagne de B. Sanders, a publié un communiqué se lisant comme suit : « Ce soir, Donald Trump a été élu Président. Notre tâche est d’offrir une réelle vision alternative et de nous engager localement et nationalement à poursuivre le travail de la révolution politique dans notre nation divisée ».

Les faux pas de Trump seront vite arrivés. Il ne pourra pas remplir les promesses qu’il devrait remplir mais il remplira celles qui devraient être abandonnées. Les Américains-es vont finir par se rendre compte que cette élection est une erreur de jugement profonde tout comme les Britanniques ont vite pris conscience que le vote pour le « Brexit » en était une.

Donald Trump détient la majorité du collège électoral. Mais il n’est pas le choix de la majorité populaire qui a voté pour la Présidence. Le vote populaire devrait être celui qui élit les Présidents ; cette année, il favorise finalement Hillary Clinton. C’est là qu’il faut commencer. D. Trump a gagné la Présidence mais son mandat est faible. Le mandat fort est du côté de ceux et celles qui peuvent et doivent s’opposer non seulement au nouveau Président mais au canular cruel que représente le « Trumpisme ».

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