Édition du 12 novembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Politique québécoise

Propositions prébudgétaires de l’Alliance sociale

Ce n'est qu'en occupant le terrain politique qu'un autre Québec sera possible !

Dans sa première conférence de presse de l’année, l’Alliance sociale présentait les revendications qu’elle met de l’avant durant les consultations prébudgétaires que le gouvernement Charest devrait bientôt tenir. La réponse du gouvernement Charest ne devait pas tarder. La journée même, le premier ministre a déclaré qu’il n’était pas question de se rendre aux demandes de l’Alliance sociale et que le budget s’inscrirait dans la perspective qu’il avait déjà esquissée.

Le gouvernement Charest veut en découdre

Pour reconstruire ses appuis, le premier ministre a décidé d’en découdre avec le mouvement syndical et les autres mouvements sociaux. Il va chercher à focaliser le débat public sur l’économie et les finances publiques et présenter les organisations syndicales comme irresponsables dans le contexte actuel de la crise. Il espère ainsi repousser à l’arrière-scène la demande d’enquête publique sur la corruption dans la construction et sur le financement des partis politiques.

Sa rhétorique est simple. Les politiques budgétaires du gouvernement sont incontournables. Il n’y a pas d’alternative. C’est la logique économique qui impose l’orientation adoptée. C’est pourquoi, il faut favoriser la privatisation en éducation et en santé, diminuer les prestations d’aide sociale, réduire le nombre des fonctionnaires, multiplier les taxes indirectes et diminuer les impôts des riches. Ces politiques d’austérité se font au nom de l’importance de la crise et la nécessité d’y faire face. Il n’est surtout pas question de rappeler qui sont les responsables de la crise. Il ne s’agit plus d’imposer la transparence et de nouvelles normes réglementaires aux banquiers et aux spéculateurs. Il faut faire rembourser par la grande masse des salarié-e-s les sommes dépensées pour sauver le capital financier et faciliter la relance.

Ces politiques néolibérales sont pour ce gouvernement non négociables. Elles représentent les intérêts du capital et de ses représentants. Le gouvernement Charest veut en finir définitivement avec le rôle de partenaires sociaux des syndicats que ces derniers jouaient dans le cadre du modèle québécois. Le seul rôle qu’on veut bien leur accorder reste celui d’accompagnateur des politiques néolibérales. Charest n’innove pas complètement à ce niveau. Car c’est bien à ce rôle que le premier ministre Bouchard avait su les réduire lors du sommet économique de 1996.

La dette publique au centre de la démagogie gouvernementale

Le gouvernement Charest nous ressort la démagogie qui attribue l’importance de la dette publique aux excès de dépenses sociales. En fait l’endettement public a sa source principale dans le bas niveau et la faible progressivité de la fiscalité directe des entreprises et dans l’évasion fiscale. Depuis des années, la dette est nourrie par le remboursement des impôts des entreprises. Puis les gouvernements sont forcés d’emprunter à ceux qu’ils refusent de taxer avant de les protéger de l’impôt. Avec les taux d’intérêt qui s’ajoutent, le capital financier passe deux fois à la caisse. C’est ainsi que le Canada a vu le taux moyen d’imposition des entreprises baisser de 13,6% de 2000 à 2010 (Michel Husson, La baisse tendancielle des impôts sur les sociétés, note Hussonet, no. 30, décembre 2010) . « En outre, cette année seulement, à compter de samedi le 1er janvier, le taux d’imposition des entreprises sera encore réduit de 18% à 16,5%, ce qui le placera bien en deçà des taux en vigueur aux États-Unis, au Royaume Uni et dans tous les pays pays du G7. Cela représente une perte de revenus pour Ottawa de 3,4 milliards de dollars en 2011-2012. (Hélène Buzetti, Le Devoir, 31 décembre 2010). Le gouvernement Charest n’est pas en reste, lui qui remettait dans un passé récent, le milliard de dollars reçus d’Ottawa en baisse d’impôt aux entreprises et aux plus riches au lieu d’investir cette somme en santé et en éducation. Il a d’ailleurs continuer à distribuer des milliards en manque à gagner au grand capital dans les années qui ont suivi.

Quand on identifie les fondements réels de la dette, la demande d’un moratoire, d’un audit public sur sa réalité et sa justification et même la simple répudiation de la dette doit être, pour le moins, l’objet d’un important débat public car on voit bien, que ce ne sont pas les coupures des dépenses sociales qui en viendront à bout car l’appétit du capital financier qui en est à l’origine le poussera à s’esquiver de futurs paiement avec la complicité des gouvernements en place.

Les propositions de l’Alliance sociale s’opposent à la logique néolibérale du gouvernement Charest

Les propositions de l’Alliance sociale vise à défendre des services publics de qualité. Elles cherchent à démontrer qu’on peut s’orienter vers l’équilibre budgétaire sans s’attaquer aux dépenses sociales. Les propositions de l’Alliance sociale visent particulièrement à améliorer les revenus de l’État : par la réduction de la sous-traitance, la réduction du prix des médicaments, l’instauration d’une nouvelle taxe sur les produits de luxe, l’instauration d’un nouveau palier d’imposition pour les contribuables gagnant plus de 127 000$, par une hausse du plan de lutte contre l’évasion fiscale, et la mise en place d’un impôt minimum de 1,5% du revenu net des entreprises.

Si on ajoute les revendications concernant le rejet de la hausse des frais de scolarité et l’abolition de la contribution santé et celle concernant une stratégie de développement économique et social favorisant la création d’emplois dans une perspective de développement durable, on se rend bien compte que ces demandes constituent un changement de cap budgétaire par rapport à ce que nous prépare le gouvernement Charest.

L’Alliance sociale cherche a élargir ses bases et promet des événements d’envergure contre le budget Bachand. En fait, il faudra davantage que des représentations auprès des député-e-s du parti au pouvoir, et même des mobilisations d’envergure pour bloquer les politiques antisociales du gouvernement Charest.

Quelle stratégie pour faire face aux attaques du gouvernement Charest ?

En fait, dans l’important combat qui s’engage, il sera nécessaire de dépasser une politique de pression et de représentation auprès du gouvernement.

Si l’Alliance sociale veut se porter à la défense d’un Québec plus solidaire et plus égalitaire, elle ne peut éviter de s’impliquer dans la lutte politique qui se développera dans les prochaines années. Cet engagement pourrait le faire autour de quatre axes :

a. appuyer l’ensemble des actions de blocage que le colère citoyenne peut inspirer dont les mobilisations autour du gaz de schiste ont démontré le potentiel. Et possiblement, appuyer activement la mobilisation de la jeunesse étudiante qui pourrait se développer contre la hausse des frais de scolarité.

b. confronter le Parti québécois et lui demander de soutenir au parlement comme dans les régions les revendications mises de l’avant par l’Alliance sociale.

c. intervenir dans la lutte politique électorale en soutenant Québec solidaire afin de pouvoir opposer sur ce terrain également la voix des travailleurs et des travailleuses, de la jeunesse et des milieux populaires face aux lobbys de la droite. Le mouvement syndical et les mouvements sociaux doivent participer à construire un parti qui saura remplacer les partis traditionnels et qui sera capable de défendre une véritable politique de gauche afin de mettre fin définitivement aux attaques du privé contre le secteur public.

d. Enfin, s’inscrire dans la construction d’une presse alternative (écrite et Internet) pour pouvoir défendre nos revendications et créer une brèche importante dans la domination sans partage des empires Gesca et PKP sur l’information au Québec. Déjà, on pourrait envisager qu’une partie des budgets de communication des grandes organisations syndicales servent d’abord à construire une presse autonome au lieu de payer des publicités publiées dans les journaux des empires médiatiques.

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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