Édition du 27 septembre 2022

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Israël - Palestine

Colonisation, nettoyage ethnique et continuité historique

« Ceux (les palestiniens) qui voudront partir de Judée-Samarie nous les laisserons partir. Ceux qui ne voudront pas partir de Judée-Samarie vivront comme des chiens. » Moshe Dayan. Chef d’état major israélien.

« Toute la terre que nous prendrons sera à nous. Ce que nous ne prendrons pas sera à eux (les palestiniens). » Ariel Sharon. Premier ministre d’Israël.

Ces deux hommes ont prononcé ces paroles à 30 ans d’intervalle. Benjamin Netanyahou aurait pu répéter ces paroles cette semaine devant son conseil des ministres vingt ans après Sharon. Il y a bien continuité historique dans le développement de la politique sioniste de nettoyage ethnique et d’apartheid au pays du « peuple élu », cette terre que Yahvé aurait promise à « son » peuple et d’où sont exclus les goyim.

Samedi le 17 avril 2010 le premier ministre Benjamin Netanyahou a officiellement Informé le président américain Barak Obama qu’il rejetait toute requête l’intimant de cesser la construction de nouveaux logements à Jérusalem-Est. [1] Le mois précédent, dans un discours devant l’AIPAC, le fer de lance du lobby israélien à Washington, « bibi » avait déjà réitéré la mythologie mystique sur laquelle s’appuie les prétentions religieuses « juives » sur la terre de Palestine en déclarant : « Le peuple juif construisait déjà Jérusalem il y a 3.000 ans et il continue à le faire aujourd’hui. Jérusalem n’est pas une colonie. C’est notre capitale. ». Et Netanyahou d’ajouter : « Tous les gouvernements israéliens ont construit dans les "quartiers juifs" de la partie orientale de la ville sainte depuis sa conquête et son annexion en 1967. » [2]

Le premier ministre israélien a tout à fait raison, tous les gouvernements israéliens que ce soit ceux dit de « gauche » comme ceux d’extrême droite ont poursuivi l’occupation, la colonisation, l’exploitation des ressources, le nettoyage ethnique et la politique d’apartheid en Palestine occupée. Il y a bien continuité historique dans le développement du projet sioniste en Palestine.

Les positions sionistes défendues par Netanyahou et son gouvernement n’étant pas nouvelles, elles ne peuvent surprendre le gouvernement américain. Qu’est-ce donc qui a changé au sein de la sainte alliance (USA-Israël) pour que les deux acolytes en soient venus à s’admonester sur la place publique ?

À cette question, deux réponses plausibles.

La première hypothèse ; le président américain aimerait bien contrebalancer ses déboires internationaux en Irak, en Iran et en Afghanistan et laisser une image positive de son règne par la « résolution » du conflit israélien. Mais le puissant gouvernement de Tel-Aviv, soutenu par l’omnipotent lobby israélien à Washington, ne souhaite pas résoudre ce conflit avant d’avoir accaparer toute la terre de Palestine, du Jourdain à la Méditerranée, et cet attelage est en mesure de tenir la dragée haute au velléitaire président des États-Unis d’Amérique.

La seconde hypothèse ; le président américain aimerait bien contrebalancer ses déboires internationaux et renforcer la position américaine dans cette région du monde par un remodelage de ses alliances ou l’Iran et la Turquie notamment joueront un rôle beaucoup plus important. Pour cela, il est requis de « régler » le conflit israélien en assurant la création d’un État pour palestiniens sur le reste des 18 % de terre de la Palestine du mandat Britannique occupée mais pas encore nettoyée (ethniquement) ni colonisée. D’ailleurs, cette seconde solution est dans l’intérêt bien compris des sionistes israéliens qui se voient de plus en plus isolés sur la scène internationale en tant qu’État paria que les peuples du monde identifient de plus en plus comme une dangereuse source de guerre [3] C’est ce qu’ont compris les amis des sionistes (Bernard-Henri Lévy et Cohn Bendit). Pour assurer la survie de l’État ethnique et raciste pour « juif » seulement il faut créer une réserve pour palestiniens seulement, l’État bantoustan de Palestine.

D’aucun diront qu’a l’évidence la rebuffade que vient d’encaisser le président Obama à propos de la colonisation démontre que seule la première hypothèse tient la route. Il n’en n’est rien. De tout temps les gouvernements israéliens ont rechignés à rendre les territoires spoliés. Il en fut ainsi lors de l’invasion franco-britannico-israélienne du canal de Suez en 1957. Pourtant, quand Eisenhower leur intima l’ordre de déguerpir, ils se retirèrent en trainant les pieds. De même, après la guerre des six jours, en 1967, Les américains exigèrent le retrait du Sinaï afin de protéger l’accès au canal de Suez et ils l’obtinrent des israéliens. Aujourd’hui, les américains refusent qu’Israël attaque l’Iran et Israël n’attaquera pas l’Iran même si « bibi » rugit et psalmodie.

Mais alors comment comprendre la désobéissance du cabinet israélien et son rejet de l’ultimatum américain au sujet de la colonisation, condition de la reprise des « négociations de paix » ? La tactique sioniste a toujours été la même. Gagner du temps, poursuivre la colonisation, s’accaparer de la plus grande superficie de terre possible, construire, spolier et placer tout le monde devant le fait accomplit, irrémédiable, irréversible, croit-il. « Toute la terre dont vous vous emparerez sera à nous. Ce que vous ne prendrez pas sera à eux (les palestiniens) » disait Sharon. Netanyahou applique la politique de Sharon. « Ceux qui voudront partir de Judée-Samarie, nous les laisserons partir. Ceux qui resteront vivront comme des chiens » disait Dayan, effectivement les palestiniens vivent comme des chiens en Palestine occupée.

Netanyahou espère gagner du temps, poursuivre la colonisation pour à la fin se rendre à la table de négociation visant à conclure un traité de « paix » et créer l’État bantoustan palestinien sur ce qui restera alors des 18 % de la terre palestinienne pas encore colonisée. La portion congrue. L’espérance du gouvernement israélien rebelle c’est que ce reste des 18 % sera aussi petit que possible à défaut de n’être rien du tout. Mais pour que ce reste ne soit plus rien du tout il faudrait extrader les cinq millions de palestiniens qui habitent toujours leur terre de Palestine expropriée et nous voyons mal comment un tel transfert pourrait être se faire quand on connaît la résilience du peuple Palestinien.

Les collaborateurs palestiniens de l’occupant israélien sont tout à fait prêt à gérer quelques villes emmurées qu’ils appelleront pompeusement l’État palestinien comme ils ont auparavant qualifié d’Autorité palestinienne, une superstructure de gestion des terres et d’un peuple sous occupation. Ils espèrent, sans résister, mais en pleurnichant auprès du président Obama que les sionistes leur laisseront quelques villes exsangues à gérer pour le compte de la puissance coloniale.

Dommage pour eux comme pour les sionistes, ainsi que pour l’autorité américaine, mais le peuple Palestinien et son leadership résistant ne l’entendent pas de cette façon et il y a fort à parier que le problème palestinien ne trouvera pas sa solution au cours des prochaines négociations de Washington car il y a continuité historique dans la résilience de ce peuple valeureux.


ANNEXE
Israël rejette officiellement la demande des Américains pour une suspension des constructions à Jérusalem-Est Agence France Presse. Jeudi le 23 avril 2010.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a officiellement rejeté la requête du président américain Barack Obama pour une suspension de toutes les constructions à Jérusalem-Est, a-t-on appris auprès de son entourage.
On précise de même source que Netanyahou a transmis sa réponse à Obama pendant le week-end. Cette position n’est pas nouvelle de la part des Israéliens et il s’agit d’un obstacle important à une reprise des pourparlers entre l’État hébreu et les Palestiniens.
L’émissaire américain pour le Proche-Orient George Mitchell arrive jeudi dans la journée en Israël. Les Palestiniens souhaitent faire de Jérusalem-Est la capitale d’un futur État, tandis que l’État hébreu tient la ville pour sa capitale éternelle et indivisible.

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