Les contributions du groupe Roche aux partis politiques
Les chiffres de Québec solidaire démontrent que le Parti libéral et, dans une moindre mesure, le Parti québécois sont les partis qui ont reçu le plus d’argent de Roche entre 2000 et 2011 (282 820$ et 81 160$ respectivement).
« L’exemple de Roche montre que le copinage avec les firmes de génie est bien ancré dans la culture des vieux partis et que ce n’est pas encore fini. On aura beau changer les lois, diminuer radicalement le montant maximum pouvant être donné à un parti politique, faire des commissions d’enquête, tant que la vieille mentalité subsistera, la collusion entre des partis politiques et des milieux d’affaires continuera de gangrener notre démocratie », analyse Amir Khadir, député de Québec solidaire.
Alors qu’en 2002 la contribution de l’entreprise Roche au PLQ est équivalente à celle au PQ (11 800$ / 10 400$), elle augmente formidablement dès l’arrivée au pouvoir des troupes de Jean Charest. Le financement culmine à 51 040 $ en 2008, année où le Parti libéral redevient majoritaire à l’Assemblée nationale.
Par ailleurs, c’est pendant qu’il est au pouvoir et durant les années électorales que le Parti québécois, reçoit le plus de Roche. En 2001, 2002 et 2003, la contribution se maintient au-dessus de 10 000$. On enregistre une hausse importante en 2007 et 2008 alors que les Québécois et Québécoises sont appelés deux fois aux urnes.
Il faut noter que le montant des contributions a chuté radicalement en 2010 et 2011. L’abaissement de la limite des dons ainsi que la réprobation publique face à des pratiques douteuses expliquent cette diminution.
« Le stratagème de financement illégal semble en recul, mais comme le passé est garant de l’avenir, je crains que ce ne soit que temporaire et que d’autres méthodes soient inventées pour contourner l’esprit du projet de René Lévesque de soustraire la politique à l’influence des milieux affairistes », s’est inquiétée Françoise David, présidente de Québec solidaire.
Rappelons qu’en septembre 2010, Québec solidaire a rendu public un premier rapport sur Roche en affirmant que seul un système organisé au sein de la firme pouvait expliquer autant de contributions politiques. À l’époque, Roche avait catégoriquement nié avoir de telles pratiques.
Québec solidaire avait par la suite remis à l’escouade Marteau ce rapport et ceux concernant les firmes Axor, CIMA+, SNC-Lavalin et BPR.
L’ancien démarcheur de Roche, Gilles Cloutier a confirmé l’existence du stratagème dans une entrevue à Radio-Canada. Il a révélé qu’il a personnellement trouvé des centaines de prête-noms pour que Roche puisse contourner la loi électorale et contribuer aux caisses du Parti québécois et du Parti libéral.
La guerre à la corruption plutôt qu’aux étudiants
« Le gouvernement a mobilisé les forces policières et judiciaires et les administrations universitaires pour mener une véritable guerre contre les étudiants-es afin de chercher quelques centaines de millions de droits universitaires. Il irait chercher bien davantage en consacrant ses énergies à faire le ménage dans sa cour, en faisant la guerre à la corruption », a suggéré Mme David.
Pour sa part, Amir Khadir constate que le gouvernement agit avec rapidité depuis neuf semaines pour réprimer les étudiants-es et les faire arrêter. En revanche, il lui a fallu plus de deux ans pour accepter une Commission d’enquête. « À part Roche, aucun des dirigeants des autres firmes de génie ou entreprises de construction qui font de toute évidence du financement politique n’a été inculpé. Aucun responsable du financement du parti libéral n’a été inquiété par la justice. C’est deux poids, deux mesures ! » dénonce-t-il.



