Édition du 18 février 2020

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Asie/Proche-Orient

Des citoyens israéliens mettent leur nez dans la guerre sale du gouvernement contre le mouvement BDS

Un groupe de citoyens israéliens cherche à obtenir des informations sur les activités secrètes de leur gouvernement contre le mouvement pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS) dirigé par les Palestiniens.

Dans le même temps, l’ambassade d’Israël à Londres a mis en garde dans un câble qui a fait l’objet d’une fuite que certaines des tactiques d’Israël contre le mouvement BDS pouvaient violer les lois du Royaume-Uni.

L’avocat Eitay Mack et les militants pour la défense des droits humains Sahar Vardi, Ofer Neiman, Rachel Giora et Kobi Snitz, ont déposé des demandes en vertu de la loi israélienne sur la liberté de l’information, à la fois au ministère des Affaires étrangères et au ministère des Affaires stratégiques.

Ils demandent au gouvernement de révéler son soutien financier à des organisations, des individus, des journalistes ou blogueurs à l’étranger qui aident Israël dans sa lutte contre ce que ce dernier appelle la « délégitimation ».

Le ministère des Affaires stratégiques, dirigé par le likoudnik Gilad Erdan, a pris les devants, se préparant à lutter contre le mouvement BDS pourtant non-violent comme s’il s’agissait d’un défi militaire.

Armé d’un budget de 45 millions de dollars pour cette année, le ministère est engagé dans ce qu’un analyste israélien vétéran appelle des « black ops » [opérations secrètes].

Cela peut inclure des campagnes de diffamation, de harcèlement et de menaces sur la vie des militants, ainsi que des atteintes et des violations de leur vie privée, selon l’analyste.

« Nous voulons que la plupart des travaux du ministère [des Affaires stratégiques] soient classifiés, » a récemment déclaré son directeur général Sima Vaknin-Gil au comité sur la transparence du parlement israélien, la Knesset.

Plus tôt ce mois-ci, le ministère de Gilad Erdan et l’Association des présidents d’universités d’Israël ont conclu un arrangement « secret » pour faire pression sur l’Université californienne de Berckeley, afin de faire annuler un cours sur la Palestine.

Le cours a été suspendu, mais rétabli plus tard après un tollé des étudiants, des professeurs et des défenseurs de la liberté académique.

« Le secret gardé par les deux ministères est inapproprié, compte tenu notamment de la position du gouvernement israélien sur les organisations de défense des droits humains soutenues financièrement par des pays étrangers, » ont déclaré les citoyens israéliens dans un communiqué de presse.

Plus tôt cette année Israël a adopté une loi dite de transparence obligeant les organisations de défense des droits humains à révéler leurs financements par des gouvernements étrangers. Les critiques disent que la loi vise à stigmatiser ces organisations et à rendre illégitime la critique du bilan israélien dans ce domaine.

En vertu du droit à l’information, les ministères israéliens ont 120 jours pour répondre. S’ils rejettent les demandes, les citoyens qui cherchent à obtenir des informations peuvent déposer un recours en justice.

Une volonté d’instrumentaliser les organisations juives

La demande d’information survient alors qu’une fuite publiée dans le journal Haaretz, jette plus de lumière sur les initiatives gardées secrètes contre le BDS.

Le câble de l’ambassade d’Israël à Londres au ministère israélien des Affaires étrangères se plaint des activités du ministère des Affaires stratégiques d’Erdan.

Il accuse le ministère « d’exploiter » des organisations juives britanniques dans le dos de l’ambassade, d’une manière qui pourrait les amener à violer la loi britannique.

Le contexte est une guerre d’influence entre les deux ministères sur qui devrait obtenir plus d’argent et d’autorité pour mener la lutte contre le BDS.

Le ministère des Affaires étrangères a jusqu’à présent été le perdant de cette bataille bureaucratique.

Comme le rapporte Haaretz, le câble révèle que l’ambassade a rencontré les responsables d’Erdan lors de sa visite à Londres il y a deux semaines « pour coordonner les activités contre le mouvement local du BDS. »

Les fonctionnaires de l’ambassade ont souligné qu’ils voulaient se coordonner avec le ministère d’ Erdan, car seul le ministère des Affaires étrangères peut travailler directement avec des personnes ou des organisations étrangères.

Haaretz affirme que les fonctionnaires d’Erdan ont convenu « de ne pas jouer un rôle d’ambassade ».

« Derrière notre dos »

Mais quelques jours plus tard, selon Haaretz, Asher Friedman, responsable au ministère des Affaires stratégiques, « a demandé à un dignitaire de la communauté juive de Grande-Bretagne d’utiliser ses contacts pour contrecarrer une campagne anti-Israël par les Palestiniens. »

« Des tentatives d’agir dans notre dos se sont déjà produites avant et se produisent à nouveau, mais ‘exploiter‘ des organisations juives directement à partir de Jérusalem, sans coordination et sans consultation, est susceptible d’être dangereux », est-il dit dans le câble de l’ambassade.

« Une telle manière d’opérer pourrait rencontrer l’opposition des organisations elles-mêmes, compte tenu de leur statut juridique. La Grande-Bretagne n’est pas les USA », ajoute le câble.

Il a également averti que de tels comportements « pourraient être considérés comme une activité politique, ou même une activité sur le sol britannique pour le compte d’un gouvernement étranger », cite encore Haaretz.

La fuite semble confirmer que le gouvernement israélien considère de plus en plus les organisations et communautés juives à l’étranger comme de simples extensions de son appareil de propagande étatique.

Il est peu probable que cela réussisse à étouffer la critique des violations israéliennes des droits humains des Palestiniens, mais cela pose un danger pour les juifs qui ne souhaitent pas être identifiés avec un gouvernement étranger qui par ailleurs est de plus en plus considéré comme un paria.

Il est à noter que, comme le rapporte Haaretz, c’est ele dignitaire juif britannique lui-même qui a « immédiatement fait part de ses objections à l’ambassade, à la fois oralement et par écrit, ainsi qu’aux responsables d’autres organisations juives britanniques ».

Merci à Chronique de Palestine
Source : https://electronicintifada.net/blogs/ali-abunimah/israelis-seek-uncover-governments-secret-war-against-bds

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